Les femmes peuvent-elles compter sur Barack Obama ?

Beaucoup d’espoirs sont fondés sur le fait que le nouveau Président des Etats-Unis d’Amérique soit un ferme allié des féministes non seulement dans son pays mais aussi dans le monde entier. Par Kathambi Kinoti
Voir aussi l’article Les organisations pro-choix débâillonnées retrouvent leur voix

Un Président féministe ?

Sur la couverture d’un numéro spécial du magazine féministe Ms, Barack Obama ouvre sa chemise pour montrer un tee-shirt portant la formule suivante : « Voilà à quoi ressemble un féministe. » [1] L’éditrice du magazine, Eleanor Smeal, raconte qu’Obama a lancé la couleur dès le début de l’entrevue en affirmant « Je suis féministe. » [2] Nombreux sont ceux qui espèrent que la présidence d’Obama aura des effets positifs sur les droits des femmes, tant à l’échelle nationale qu’internationale.

Le président élu des Etats-Unis a présenté le programme le plus solide en matière de droits des femmes de l’histoire des Etats-Unis,[3] programme qui a reçu l’aval de quelques unes des principales organisations des droits des femmes du pays, telles que la National Organization for Women, la Feminist Majority Foundation, le National Congress of Black Women et Business and Professional Women USA.

Les dirigeantes des organisations ont accordé leur soutien sur la base des positions favorables aux droits des femmes d’Obama et de son colistier, le vice-président élu Joe Biden. Tous deux se sont montrés favorables au libre choix lors de différents votes effectués au Sénat. A l’occasion du 35ème anniversaire de l’arrêt Roe v. Wade, décision historique adoptée en 1973 par la Cour suprême des Etats-Unis reconnaissant les droits à l’avortement, Obama a publié une déclaration dans laquelle il disait : « Trente-cinq ans après l’arrêt de la Cour suprême sur l’affaire Roe v. Wade, il n’a jamais été aussi important de protéger le libre choix des femmes. » [4]

Ultérieurement, l’arrêt Roe v. Wade a éte remis en cause,[5] mais devrait être raffermi par l’arrivée d’Obama.
Obama a parrainé un projet de loi qui est à l’origine de la législation qui assure que les soins médicaux d’urgence apportés aux victimes de viol comprennent des mesures de contraception d’urgence ; [6] il a également soutenu la législation qui protège les droits des femmes à une rémunération égale pour un travail de valeur égale .[7] Biden a été le promoteur de la loi contre la violence faite aux femmes (Violence Against Women Act (VAWA)),[8] une loi fondamentale qui prévoit des mesures énergiques pour, entre autres, lutter contre la violence domestique.

Durant la campagne électorale, Obama a promis de continuer à protéger les femmes contre les discriminations salariales, de favoriser la sensibilisation quant au cancer du sein et cervical, d’accroître le soutien financier pour les victimes de la violence domestique et de soutenir davantage les femmes qui travaillent en augmentant le financement de garderies et garantissant le paiement des congés de maladie.

Espoirs d’un impact positif à l’étranger

La désignation par le Président élu de Hillary Clinton comme Secrétaire d’état donne aux femmes du monde entier une nouvelle raison d’être optimistes. Alliée de longue date des féministes, elle a réaffirmé son engagement à l’égard des droits des femmes durant la séance du Sénat consacrée à l’examen de sa nomination.
Les défenseurs des droits des femmes peuvent espérer que les expériences personnelles d’Obama et de Clinton du point de vue, respectivement, de la race et du genre, leur donneront une vision inclusive qui favorise les plus démunis. Clinton a souligné non seulement sa propre trajectoire en tant que défenseure des droits des femmes mais aussi celle d’Obama, y compris ses expériences personnelles. Elle a ensuite rendu hommage à Ann Dunham, la mère d’Obama, qu’elle a décrite comme pionnière de la micro finance en Indonésie et qui avait tenté, en 1995, de participer à la Conférence de Beijing des Nations Unies, souhait qu’elle n’a pu matérialiser en raison de la maladie qui entraîna son décès. A propos de l’héritage de Dunham en termes d’engagement d’Obama vis-à-vis du droit des femmes, Clinton a signalé au comité du Sénat :
« Le travail qu’elle a mené au service du développement international, la préoccupation dont elle a fait preuve à l’égard des femmes et des pauvres dans le monde ont été particulièrement importants pour son fils, notre président élu. Et je suis convaincue que cette expérience a enrichi ses points de vue et sa vision des choses. Ce sera pour nous un honneur de poursuivre l’action d’Ann Dunham dans les années à venir. »[9]

Elle a mis l’accent sur le fait que la politique extérieure des Etats-Unis serait orientée par la volonté d’aider les opprimés du monde entier, en précisant :
« Je suis particulièrement préoccupée par la détresse des femmes et des jeunes filles qui représentent la majorité des personnes touchées par la maladie, privées d’école, d’alimentation et de salaire. » [10]

Elle a également manifesté son intention de lutter, avec la nouvelle administration, contre le commerce sexuel international, basé sur la traite des femmes et des jeunes filles qu’elle a qualifiée d’esclavage. Les réponses apportées par Clinton aux questions posées lors de l’audience du Sénat indiquent que l’administration Obama va opter pour une approche tout à fait différente de la politique extérieure « à la hussarde » appliquée jusqu’ici. Elle a déclaré :
« Pour moi, le terme « consultation » n’est pas un slogan. C’est un engagement. Le président élu et moi-même considérons qu’il faut revenir au principe consacré des relations bipartites dans notre politique extérieure… Notre sécurité, notre dynamisme, ainsi que notre capacité d’être le fer de lance du monde actuel nous obligent à reconnaître l’évidence de notre interdépendance. » [11]
Deux des domaines dans lesquels la nouvelle administration des Etats-Unis va devoir faire la preuve de cet engagement sont la ratification de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), signée par l’ancien président Jimmy Carter en 1980, ainsi que l’adhésion aux normes convenues à l’échelle internationale pour la réduction des émissions de carbone et d’autres mesures de préservation de l’environnement. Le président élu, M. Obama, a déjà manifesté son intention de demander au Sénat des Etats-Unis de ratifier la CEDAW.[12]

Les défenseurs des droits des femmes peuvent donc espérer que l’administration mettra un terme à la « règle du bâillon mondial » (Global Gag Rule) selon laquelle les organisations qui pratiquent des avortements ou proposent l’avortement comme méthode de planification familiale ne peuvent recevoir de financement du gouvernement des États-Unis.

En attendant Superman ?

Le président élu, M. Obama, jouit d’une popularité sans précédent à l’échelle nationale et internationale et tous espèrent qu’il mettra cet avantage à profit pour promouvoir les droits humains, la démocratie et la bonne gouvernance. Certains analystes politiques se montrent toutefois sceptiques et considèrent que les choix faits par Obama pour former son cabinet ne reflètent pas un changement radical vis-à-vis du cabinet formé par Bush et que les priorités d’Obama en matière de politique étrangère ne sont pas radicalement différentes de celles de son prédécesseur.[13]
L’image présentée sur la couverture du magazine Ms. montre Obama se débarrassant de sa chemise et de sa cravate dans le plus pur style Superman pour montrer un tee-shirt disant « voilà à quoi ressemble un féministe ». Il s’agit d’une image qui symbolise les attentes de certains qui le voient comme une personne capable de sauver le monde et de produire un changement durable en un tour de main. Dans les faits, le changement réel ne se produit que très progressivement. Les défenseurs des droits des femmes ont gagné un puissant allié en la personne du prochain président des Etats-Unis. Une brèche a été ouverte et le moment est venu de redoubler d’efforts. Smeal écrit :
« … Nous ne donnons pas un chèque en blanc au président élu, Obama. Pour matérialiser nos rêves, nous devons prendre la parole et nous organiser, nous organiser et nous organiser encore. » [14]


[1] Voir
[2] Smeal, Eleanor ‘Vision of Change’, Ms. Magazine Online, hiver 2009.
[3] Ibid.
[4]Voir
[5] Voir AWID Resource Net Friday File numéro 265, 10 mars 2006.
[6] Ibid.
[7] Ibid.
[8] Ibid.
[9][‘Senate Confirmation Hearing : Hillary Clinton’ New York Times ,13 janvier 2009.
[10] Ibid.
[11] Ibid.
[12] Voir ‘Can a Women’s Rights Treaty Make Any Difference ?’ Human Rights Now. Amnesty International. 3 décembre 2008.
[13] Voir, Pambazuka News, 4 décembre 2008 et Campbell, Horace. ‘Obama and US Policy towards Africa.’
Pambazuka News, 15 janvier 2009. [14] Voir note 2.

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