"Les femmes, une population vulnérable et clé pour le développement"

A l’occasion de Journée internationale de la femme, Jean Michel Mignot, de la Cellule d’appui environnemental et social de l’Agence Française de Développement, fait un point sur la prise en compte de la problématique du genre dans les projets financés par l’AFD.

Les femmes, une population vulnérable et clé pour le développement ?

C’est un lieu commun de rappeler que les femmes constituent la population la plus vulnérable. De multiples études montrent que dans les situations d’insécurité alimentaire, les femmes sont les premières à en pâtir. Le taux d’éviction des filles de l’ensemble du système éducatif est très supérieur à celui des garçons. Le temps de travail des femmes est souvent largement supérieur à celui des hommes ; la double journée est un phénomène répandu. Les femmes entrepreneurs ont beaucoup plus de difficulté à accéder au crédit que leurs homologues masculins. Phénomène quasi-universel, les femmes sont très sous-représentées et en position de faiblesse dans les instances ou cercles dirigeants. D’autres études moins connues et plus militantes montrent que les budgets négligent ou oublient souvent les besoins des femmes. .

Il est tout aussi unanimement reconnu qu’une augmentation des revenus des femmes profite immédiatement à l’accroissement du bien-être de leur famille toute entière. L’augmentation de la durée de la scolarisation des filles permet à leurs futurs enfants d’être mieux soignés et mieux éduqués.

Dès que les femmes disposent d’un surplus économique, elles en réinvestissent une partie dans la santé et l’éducation.

Que peut-on dire de la prise en compte du genre dans l’action de l’AFD aujourd’hui ?

Pour le suivi de ces projets, l’AFD s’est doté d’indicateurs « sexo-spécifiques » dans le domaine de la santé, de l’éducation et de la microfinance. En plus de ce suivi institutionnalisé, les équipes projets en charge de la microfinance et de l’eau et l’assainissement considèrent que l’implication des femmes est une priorité pour la réussite des projets financés.

Par exemple, chacun sait que les femmes sont des actrices indispensables à une bonne gestion des bornes-fontaines et autres dispositifs de distribution.

En dehors de nos partenariats avec les ONG et de la santé mère-enfant, l’AFD finance très exceptionnellement des projets où la promotion ou la protection de la femme est le cœur de la problématique ; par contre, la prévention ou la diminution des discriminations sont des préoccupations pour chaque projet

Quels obstacles rencontrent les initiateurs d’une prise en compte du genre dans les projets ?

La difficulté, la complexité ou l’obligation de rapidité d’une négociation peut conduire l’ensemble des parties prenantes à éluder la question du genre. Cette problématique vient s’ajouter à tous les paramètres d’un projet et peut paraître plus complexe à traiter que les autres conditions financières, techniques ou éthiques. Surtout que, généralement,, l’ensemble des négociateurs a une maîtrise limitée de ces questions.

Il ne faut pas nier parfois l’existence d’un désintérêt, conscient ou inconscient, des contreparties (maîtres d’ouvrages) de l’AFD à prendre en compte la question du genre..

Cependant, ce type d’obstacle se rencontre également pour la prise en compte d’autres facteurs : l’environnement, le handicap, les populations autochtones, les conditions de travail et les autres discriminations.

En revanche, dans notre partenariat avec les ONG, l’attention portée à cette question est très présente puisque les procédures exigent que les ONG qui proposent un projet exposent la méthodologie qui leur permettra de les combattre ou expliquent pourquoi elles ne vont pas les considérer.

Pouvez-vous nous parler de certains projets qui vous ont particulièrement marqués ?

Pour les secteurs de la microfinance et de l’eau et de l’assainissement, les exemples sont pléthores. Dans d’autres domaines, on peut citer la réhabilitation des pistes rurales au Kenya. Dès la conception du projet, l’emploi des femmes dans les travaux de réhabilitation des pistes était une exigence commune à l’ensemble des acteurs. Les entrepreneurs chargés des différents tronçons ont pu accéder à des formations adaptées. Le taux d’emploi féminin devait constituer une part des rapports d’avancement. Autre exemple, l’accompagnement de la réserve naturelle de Limpopo, au Mozambique, montre clairement l’importance des femmes pour la réussite d’un projet. Les femmes sont des utilisatrices importantes du milieu naturel où elles collectent de nombreuses ressources sauvages et sont très impliquées dans les travaux agricoles. Leur participation et leur compréhension aux mesures de préservations sont essentielles. L’assistance technique et le personnel de la réserve ont développé un large panel d’activités destinées aux femmes dont certaines génère des revenus.

Cette volonté de s’occuper des problématiques liées à la femme est-elle cadrée par un organisme certificateur ?

Aujourd’hui, la seule réelle certification connue internationalement et généraliste comportant des dimensions genre est la norme SA8000. Elle s’inspire très directement des traités internationaux gérés par les Nations-Unies et des conventions de l’Organisation Internationale du Travail. Cette norme permet d’obtenir un certificat à l’issue d’audits indépendants très structurés. Il existe d’autres certifications plus sectorielles dans le textile et les plantations industrielles. Les performances standards de la SFI, le Safeguard de la Banque Mondiale et autres politiques des bailleurs multi et bilatéraux ne donnent pas lieu à des certifications. Ils existent enfin des engagements volontaires prenant en compte la question genre comme la nouvelle norme ISO 26000, les principes de l’Equateur, le Global Compact signé par l’AFD... La prise en compte de la question genre et de la lutte contre les discriminations constitue une part inévitable de toute politique de responsabilité sociale et environnementale digne de ce nom.

Quelles sont les perspectives d’élargissement de ces pratiques pour les autres projets financés par l’AFD ?

Les équipes projets auraient besoin d’éléments de discours et de plaidoyer pour convaincre leur contrepartie de l’importance de ces questions pour l’amélioration générale des conditions de vie.

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Source : AFD

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