Les filles enfants soldats, doublement victimes et oubliées

Souvent violées, rejetées par leur famille, elles hésitent à se faire connaître.

Les filles enfants soldats, doublement victimes et oubliées
Souvent violées, rejetées par leur famille, elles hésitent à se faire connaître.

Par Christophe AYAD

LIBERATION : mardi 6 février 2007

Hier matin, Ishmaël Beach, un jeune Sierra-Léonais de 26 ans, a ému l’assistance du centre Kléber en racontant comment, à 12 ans, « prendre un fusil et tirer sur quelqu’un était devenu quelque chose d’aussi facile que de boire un verre d’eau » . Mais il y a pire qu’avoir été un jeune garçon, arraché à sa famille, parfois drogué, formé à tuer, à piller et à violer. Le pire, c’est d’avoir été une fille enfant soldat. Les filles sont en effet les grandes oubliées des programmes de démobilisation qui ont pu être mis en oeuvre, principalement en Afrique. Pourtant, elles représentent jusqu’à 40 % de certains groupes de jeunes combattants.

Rage et nausée.
Parfois combattantes, souvent esclaves sexuelles et systématiquement domestiques corvéables à merci, leur statut est plus difficile à cerner. Non seulement il leur est arrivé de tuer, mais elles ont été violées par leurs supérieurs, ont dû avorter ou élever un enfant non désiré et vite abandonné par le géniteur. China Keitetsi raconte tout cela avec la rage et la nausée, dans la Petite Fille à la kalachnikov (éd. Complexe, Libération du 28 août 2004).
« La honte et le déshonneur ressentis par les filles ayant été associées aux groupes armés sont les raisons majeures qui font que la majorité d’entre elles ne s’est pas présentée pour l’identification et la vérification qui leur auraient permis d’accéder aux services offerts par le programme national de réinsertion », a expliqué hier le ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC), Raymond Ramazani Baya, dans un message transmis à la conférence.

Bien souvent, les jeunes filles sont répudiées par leur communauté d’origine : « Comment faire accepter les enfants de l’ennemi ? C’est très difficile. C’est donc la même chose pour leurs mères. Elles sont salies à tout jamais », s’inquiète Kristin Barstad, du Comité international de la Croix-Rouge, citée par l’AFP. Résultat, les filles évitent tous les dispositifs de recensement. « Il y a une espèce de syndrome de Stockholm : les jeunes filles restent attachées aux géniteurs de leurs enfants parce qu’elles n’ont pas d’autre choix », résume ainsi le général Babacar Gaye, commandant des forces de la Mission de l’ONU en RDC, l’un des pays où le recrutement d’enfants soldats a été le plus important et où le viol s’est quasiment transformé en arme de guerre, tant il a été systématique.

« Logement privé ».
Lors de la conférence de Paris, nombre d’intervenants ont insisté sur la nécessité de mettre en place des programmes spécifiques pour les filles. Car « ce sont elles qui sont le plus maltraitées dans les groupes armés et les plus difficiles à réinsérer », souligne Liliane André, de la Fédération internationale de Terre des hommes. Les « principes de Paris », qui doivent être adoptés à l’issue de la conférence, insisteront sur le fait que les filles « n’appartiennent pas à la même catégorie d’enfants soldats que les garçons ». L’accent sera mis sur « les besoins spécifiques des filles », notamment « la présence d’un bout à l’autre du processus [de réinsertion] d’employées de sexe féminin », « un logement sûr et privé », la « prise en charge nutritionnelle et sanitaire des nourrissons » et « des moyens d’éducation » adaptés.

Source : Liste de diffusion ATTAC-Genre

Dans la même rubrique :

Communauté

  • Devenir membre
  • Se connecter
  • Nos membres
  • Le genre se bouge
  • Publier un article

infoGENRE

S'abonner à la newsletter