Les jeunes filles victime de l’esclavage moderne : le phenomène mpunda en RDC

Cet article a été proposé par Mme Mireille IDIAMASHI TSHIBANDA, éducatrice sociale en RDC. Elle aborde ici la question du placement des jeunes filles dans les familles d’accueil, et l’impact que cela a sur leur développement et leur autonomisation. Elle propose ici des pistes d’actions concrètes pour venir à bout des violences dont souffrent ces esclaves modernes.

En son temps, Emile Durkheim disait déjà que les causes déterminantes d’un fait social doivent être cherchées dans les faits sociaux présidents. Mais paradoxalement aujourd’hui, nous attendons la participation efficiente de la femme dans l’édification d’un monde meilleur lorsque sa souche, la jeune fille continue à être privée de son éducation, droit fondamental et pivot de son autonomisation.

Comme les économistes modernes, l’ONGDFA prône que la connaissance est le moteur le plus puisant du développement. Mais 3 ans après un projet d’encadrement de femmes désœuvrées, force est de constater que 70% des femmes ciblées se retrouvent vulnérables, privées d’instruction suite à l’exploitation antérieure dans les familles d’accueil.

Plus préférées que les garçons, les jeunes filles quittent le toit parental au nom de la fameuse solidarité africaine, à cause de l’indulgence religieuse ou sous couvert de liens amicaux (pauvreté, décès des parents). Ce transfert se faisant sans contrôle gouvernemental, bon nombre de filles se retrouvent exploitées, prisonnières retenues au sein des familles d’accueil, traitées comme des bêtes de somme, à l’instar du cheval d’où nous tirons le nom de ce phénomène à Lingala.

Après plusieurs services au sein d’une ou plusieurs familles, sans aucune préparation à une prochaine autonomisation, les jeunes filles se retrouvent dans des situations de dépendance éternelle. Elles sont parfois taxées de sorcellerie, expulsées sans préavis, et elles deviennent alors les victimes de la prostitution, du VIH/SIDA, des MST, de la maternité précoce, etc.

En 2008, l’ONG a sonné l’alarme par le biais de la radio onusienne OKAPI, le journal NZELA YA LOBI de la CTB, la chaîne de télévision CF, et a contacté quelques autorités politico-administratives. Cela n’a été qu’une goutte d’eau dans la mer : que faire pour arrêter ce phénomène et fermer les portes de prisons modernes qui ne disent pas leurs noms ?

Cette situation illustre une problématique à plusieurs volets :

- 1/ Il est urgent que les gouvernements, les organismes internationaux, les fondations, les organisations de la société civile, etc. puissent mettre de côté les procédures administratives qui ralentissent le traitement des urgences ;
- 2/ Il est impératif de doter les parents des moyens financiers nécessaires leur permettant de protéger leurs enfants ;
- 3/ Il est nécessaire d’organiser des séminaires obligatoires sur les droits des enfants à l’intention des parents et tuteurs (employant des méthodes de communication appropriées) ;
- 4/ Il est primordial d’établir des attestations de prise en charge officielles, qui suivent et retracent le parcours des jeunes filles placées ;
- 5/ Il est essentiel de créer des tribunes et des cadres permettant de délier les langues de ces victimes silencieuses.
- 6/ Sans lésiner sur les moyens financiers ou logistiques, des spécialistes (psychiatres, sociologues, psychologues, médecins, éducateurs sociaux, etc.) doivent être recrutés afin de soutenir et d’accompagner la réinsertion et le renforcement des capacités des victimes.

La mise en place de ces cadres d’encadrement et la protection de ces jeunes filles seront garantes d’une prise en compte plus globale des injustices dont souffrent les femmes.

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Pour en savoir plus :

Mme. Mireille IDIAMASHI TSHIBANDA
Educatrice Sociale
Présidente de la Femme Accomplie (ONGD)
Membre du réseau Sida Afrique
fullwomancenter chez yahoo.fr

Elle est éducatrice sociale de formation (centre africain des éducateur sociaux - CAFES). Elle a initié le centre socio éducatrice FEMME ACCOMPLIE pour l’encadrement de la jeune fille et la femme désœuvrée, ainsi que PVV dans l’alphabétisation et l’apprentissage des langues autours d’une formation professionnelle esthétique et couture.

Lire aussi :

Petites Bonnes d’Abidjan, Sociologie des filles en service domestique

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