Les lois anti-avortement : une guerre silencieuse menée contre les femmes

Des appels en faveur de la révision des lois sur l’avortement à travers l’Afrique ont dominé les premiers jours d’une rencontre en Ethiopie la ’Consultation régionale sur l’avortement à risque en Afrique’.

SANTE-AFRIQUE : Les lois anti-avortement - une guerre silencieuse menée contre les femmes

Joyce Mulama

ADDIS ABEBA, 23 mars (IPS)

Cette conférence de quatre jours, qui prend fin ce jeudi (23 mars), a été organisée par l’Ipas et l’Institut Guttmacher, tous deux basés aux Etats-Unis. L’Ipas est une organisation non gouvernementale internationale qui cherche à réduire les décès et lésions liés à l’avortement, et à promouvoir les droits des femmes, relatifs à la sexualité et à la reproduction. L’Institut Guttmacher, un groupe à but non lucratif, conduit une recherche et une éducation sur la santé sexuelle et de la reproduction.

Plus de 140 chercheurs, des responsables clés au gouvernement et des professionnels de la santé venant de 16 pays africains, se sont réunis dans la capitale éthiopienne, Addis Abeba, pour prendre part à la consultation. Les discussions se focalisent sur la recherche sur l’interruption de grossesse, et comment les conclusions des enquêtes peuvent influencer la politique.

L’avortement est interdit dans la plupart des pays africains, excepté dans des cas où la vie de la mère est menacée - quelque chose qui devrait être confirmé par plus d’un médecin. Le résultat est que les femmes, qui tiennent désespérément à mettre fin à des grossesses non désirées, se tournent souvent vers des avorteurs clandestins, dont certains utilisent des techniques aussi rudimentaires que des cintres pour se débarrasser du fœtus. Ce faisant, les femmes pourraient se retrouver avec leurs utérus perforés, subir un important saignement, ou être victimes d’infections qui peuvent - à leur tour conduire à la mort. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 4,2 millions d’avortements à risque se produisent en Afrique chaque année, entraînant environ 30.000 décès.

’’Il y a une guerre silencieuse qui est menée contre les femmes, notamment dans le monde en développement, et contre leur droit à la santé de la reproduction — en particulier à un avortement sans risque. Cette guerre est alimentée par — des lois archaïques sur l’avortement’’, a déclaré Eunice Brookman-Amissah, vice-présidente de l’Ipas pour l’Afrique.

’’Nous devons nous demander si nous allons laisser de ’’vieilles lois tuer les femmes. Si nous avons une loi qui tue des gens, nous devons la réviser’’.

A l’opposé, l’Afrique du Sud - l’un des rares Etats africains à avoir légalisé l’avortement sur demande - a considérablement réduit le nombre de décès liés à l’interruption de grossesse.

’’Le nombre de femmes mourant des suites d’un avortement a baissé considérablement. Au début, avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, il y avait, chaque année, 425 décès dus à l’avortement. Maintenant, le nombre est inférieur à 20’’, a dit à IPS, Roland Edgar Mhlanga, chef du département d’obstétrique et de gynécologie à l’Université du KwaZulu-Natal en Afrique du Sud.

L’avortement sur demande est devenu légal en Afrique du Sud en 1997.

Des efforts pour assouplir les lois sur l’avortement ont été également faits récemment en Ethiopie, où l’avortement clandestin est la deuxième plus grande cause de décès parmi les femmes admises dans des hôpitaux - selon le ministre de la Santé, Tedros Adhanom.

’’Les articles se rapportant à l’avortement donnent plus de détails sur les conditions où les femmes peuvent avoir des services d’avortement sans risque en cas d’inceste, de viol, de graves déficiences fœtales - et là où la femme enceinte est physiquement et mentalement inapte à élever un enfant’’, a souligné Adhanom. Des directives sur la manière dont les nouvelles dispositions seront mises en œuvre doivent néanmoins être publiées par le gouvernement.

Toutefois, il a été noté que les modifications aux lois sur l’avortement n’ont pas en elles-mêmes mis un terme aux avortements clandestins.

’’Avoir les lois est une chose, et faire en sorte que les lois fassent effet pour tout le monde est autre chose. Les lois doivent également être en place pour s’assurer que les services sont disponibles pour les plus pauvres parmi les pauvres’’, a déclaré Mhlanga. L’importance de la fourniture de la contraception aux femmes pour empêcher des grossesses non désirées a été également mise en exergue.

Selon Adhanom, le faible niveau de l’usage de contraceptifs en Ethiopie (juste 14 pour cent de femmes mariées utilisaient cette méthode de planification familiale en 2005) avait montré la nécessité de faire en sorte que plus de travailleurs communautaires donnent l’information sur les contraceptifs, et les distribuent. Il faut 30.000 de ces travailleurs ; à ce jour, le gouvernement a réussi à former 9.000 travailleurs, qui ont visité un tiers des 15.000 villages du pays.

’’Nous pouvons observer une augmentation dans l’usage de contraceptifs dans les zones où a été constatée l’extension des agents de santé’’, a souligné Adhanom. Le Kenya voisin est également confronté à la nécessité d’avoir plus de personnel pour fournir des services de santé de la reproduction.

’’Notre plus grande contrainte a pour nom les ressources humaines. Nous n’avons pas assez d’agents de santé pour offrir ces services’’, a déclaré à IPS, à la conférence d’Addis Abeba, Enoch Kibinguchy, le vice-ministre de la Santé du Kenya.

’’Actuellement, nous ne recrutons pas parce qu’il y a un embargo sur le recrutement de nouveaux agents de santé, parce que la masse salariale est trop élevée’’. (FIN/2006)

Source : http://ipsnews.net/fr/_note.asp?idnews=3047

Voir aussi ’Les stratégies pour élargir l’accès à l’avortement sans risques’
et AFRIQUE : Avortement clandestin et VIH/SIDA en question.

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