Les organisations pro-choix débâillonnées retrouvent leur voix

Les organisations de défense des droits des femmes à travers le monde, saluent la levée de la règle du bâillon mondial.

Par Kathambi Kinoti

La règle du bâillon mondial a marqué de son sceau la politique d’aide des États-Unis depuis 1984, et remonte donc à la période où Ronald Reagan était le président conservateur du pays. Cette politique – connue officiellement comme la Politique de Mexico parce que ses grandes lignes furent annoncées à l’occasion de la Conférence internationale des Nations unies sur la population qui s’est tenue à Mexico en 1984, fut aussitôt baptisée « global gag rule » (règle du bâillon mondial) en raison des interdits qu’elle faisait peser sur toute discussion ou délivrance d’information sur l’avortement. En vertu de cette politique, les organisations travaillant dans le domaine de la planification familiale hors des États-Unis, ne pouvaient plus recevoir de fonds du gouvernement américain si elles continuaient à promouvoir l’avortement.

La restriction s’est étendue aux organisations qui fournissaient des informations ou dirigeaient les femmes sur des services d’avortement, ou qui prenaient position dans les débats en faveur de l’avortement. La règle s’appliquait que l’avortement soit ou non légal dans les pays concernés et indépendamment du fait que les autres bailleurs de fonds des organisations supportent ou non le droit à la liberté de choix.

Il y a une semaine, le 23 janvier 2009, le nouveau président des États-Unis, Barack Obama, a révoqué la règle du bâillon mondial. Le démocrate Bill Clinton avait fait de même le 22 janvier 1993, avant que son successeur conservateur George W. Bush ne la remette en vigueur le 22 janvier 2001, dès le début de son premier mandat. Une journaliste commentait cette habitude qu’avaient les présidents nouvellement intronisés de prendre des mesures pour ou contre les politiques en place, et l’appelait le jeu de ping-pong idéologique. [1] Un président conservateur introduit une règle que le démocrate qui lui succède annule, puis vient un conservateur qui la restaure, le démocrate suivant la révoque, et ainsi de suite. Cette fois, il est d’espérer que les résultats de la levée de la règle parleront d’eux-mêmes, et que le mouvement de yoyo dans la politique de financement des États-Unis concernant les droits reproductifs, cessera.

Les conséquences du bâillon

La théorie qui sous-tend la politique conservatrice anti-choix soutient qu’en empêchant les informations et tout ce qui peut faciliter l’accès des femmes à l’avortement, le taux des interruptions volontaires de grossesses non désirées diminuerait. Les détracteurs de cette politique rétorquent que cela ne fait qu’obliger les femmes à recourir à l’avortement clandestin, souvent mortel. Ipas, une organisation travaillant dans le domaine des droits reproductifs estime que sous les mandats de George Bush, environ 500 000 femmes ont trouvé la mort en avortant dans de mauvaises conditions à cause de la règle du bâillon mondial.[2]

Non seulement cette politique a-t-elle augmenté l’incidence des avortements dangereux mais elle a également empêché l’accès à d’autres services nécessaires, tels que la fourniture de contraception qui aurait en premier lieu évité les grossesses non désirées. En raison de la réduction de leurs financements, plusieurs organisations de planification familiale se sont vues contraintes de fermer leurs cliniques ou centres de soins, signifiant que de nombreuses personnes n’ont plus eu accès à leurs prestations de contraception. Dans une étude réalisée en 2005, Pathfinder International indiquait qu’au Kenya – où le taux de croissance de la population est l’un des plus élevés du monde -, l’un des premiers fournisseurs de services en matière de santé génésique du pays, Marie Stopes, a refusé de se plier à la règle du bâillon mondial et par conséquent, a perdu ses financements. L’organisation a été obligé de fermer deux de ses cliniques, d’augmenter les prix de ses services et de procéder à de nombreux licenciements parmi le personnel de ses autres cliniques. L’association de planning familial du Kenya, frappée par la baisse des financements, a dû fermer la moitié de ses cliniques. [3]

La règle du bâillon a également porté atteinte au droit démocratique de libre expression, puisque les organisations recevant des financements du gouvernement américain ne pouvaient manifester leur opinion sur l’avortement et le droit de choisir.

Avec des budgets réduits, les organisations de planning familial n’ont pas pu continuer à fournir des contraceptifs pour éviter les grossesses non désirées mais en outre, puisque même les préservatifs devenaient comptés, ne pouvaient plus aider à pallier l’extension du VIH et du SIDA.

La règle du bâillon mondial a été si néfaste qu’en 2003, George W. Bush a dû y faire une exception pour les actions du PEPFAR - Plan d’urgence du gouvernement américain pour la lutte contre le VIH/SIDA. C’était la reconnaissance tacite que la contagion par VIH et le SIDA sont intimement liés aux droits sexuels et reproductifs, et que toute restriction touchant l’un des aspects porte préjudice aux autres facettes et à l’ensemble.

Et maintenant

La règle du bâillon mondial n’est donc plus, pour l’heure, en vigueur. Les avortements dans de bonnes conditions de sécurité devraient reprendre et les débats sur l’avortement s’ouvrir, jusqu’à ce que le prochain président des États-Unis, qu’il soit républicain ou même démocrate mais anti choix – la remette sur le devant de la scène. Les quatre années à venir vont être l’opportunité pour les activistes travaillant dans le domaine du VIH et du SIDA, des droits des femmes, et les praticiens de la santé, de faire valoir leur point de vue avec tant de force, que l’application ou non de la règle cessera d’être l’enjeu de cette partie de ping-pong entre conservateurs et démocrates aux États-Unis.


Notes en pied de page :

1. Goodman Ellen. ‘GOP dashes Obama’s attempt at a fresh approach to nation’s divisive abortion debate.’ Seattle Times, 30 janvier 2009.
2. Nataraj, Shalini. ‘Lifting of global gag rule celebrated worldwide.’ San Francisco Chronicle, 26 Janvier 2009.
3.‘Access Denied.’ Pathfinder International.

Dans la même rubrique :

Communauté

  • Devenir membre
  • Se connecter
  • Nos membres
  • Le genre se bouge
  • Publier un article

infoGENRE

S'abonner à la newsletter