Les sciences et les filles

Une campagne de l’Union Européenne lancée le 21 juin dernier provoque la polémique sur la toile. Souhaitant promouvoir la place des femmes dans les domaines scientifiques, la vidéo qui accompagne la campagne représente de manière caricaturale le quotidien des femmes scientifiques. Décryptage.


Par Wernaers Camille*
Science : it’s a girl thing !


D’abord rappelons que cette campagne est nécessaire. En effet, et ce n’est pas nouveau, les femmes sont sous-représentées dans les métiers scientifiques, en ne représentant qu’environ 30% des chercheurs en 2009. Les causes sont certainement multiples mais certains estiment qu’il ne faut pas sous-estimer le rôle de la représentation sociale, en se basant sur un test effectué sur des petites filles et des petits garçons. Lors du test, on demandait aux enfants de dessiner une même forme en présentant l’exercice soit comme un examen de géométrie, soit comme un examen de dessin. Les résultats furent surprenants. Si on présente l’exercice comme un test de géométrie, les garçons réussissent mieux, mais en présentant le même test comme étant du dessin, les filles réussissent mieux. Garçons comme filles ont donc déjà intégrés que la science, c’est pour les garçons, et l’artistique pour les filles.
Un autre constat : les femmes scientifiques n’échappent pas au phénomène du plafond de verre. Dans ce graphique par exemple, qui représente les scientifiques dans la population universitaire, on le voit clairement. :


En Belgique, elles sont presque 50% des étudiants et représentent encore pas mal des thésards avant de voir leur représentation baisser sensiblement, alors que c’est l’inverse pour les hommes.
Une campagne nécessaire donc pour casser le cliché d’une science réservée aux hommes. Mais pourquoi le faire en jouant sur d’autres clichés ?


Cliquez sur l’image pour regarder la video !
Rose, hauts-talons et taille mannequin. C’est donc cela qu’il faut quand on est une femme et qu’on veut se lancer dans une carrière scientifique ? A voir leur démarche, leurs petits pas de danse et leurs gloussements complices, on se sent soit sur un catwalk, soit en boîte, mais pas du tout dans un labo. Il faudrait rendre les sciences attrayantes et flashies pour intéresser les femmes. Nous ne pouvons donc pas nous intéresser à des sujets sérieux ?
Une mini et des talons, est-ce l’équipement réglementaire ? Il faut montrer de la cuisse. Ce clip s’adresse aux femmes ou aux hommes ? C’est vrai que nous, femmes, on aime toutes la mode et on se tuerait pour un petit pull en léopard. Est-il impossible d’imaginer une femme avec une blouse blanche ? Ou juste devant un microscope tiens, même si tout cela relève d’un autre cliché : celui du scientifique à lunettes. Un cliché qui n’est même pas épargné au seul homme du clip, mais qui est aussi le seul à se tenir devant un instrument scientifique. D’ailleurs, à voir son air sceptique quand il réajuste ses lunettes, lui non plus n’est pas convaincu.


Femmes, intéressez-vous aux sciences, vous y apprendrez à faire du maquillage et comme ça vous pourrez masquer vos boutons. Ou vos cernes. Fin bref, vous serez encore plus jolies quoi ! Et tant pis pour le SIDA ou le cancer du sein. C’est bien moins important qu’un nouveau fond de teint.
Oh tiens, on échappe même pas à la fausse surprise et à la bouche ouverte. Cool.
Les réactions de femmes scientifiques se sentant insultées par la campagne ne se sont pas faites attendre. Ici, celle de l’astronome Meghan Gray qui parle de son quotidien de scientifique en comparaison avec cette campagne.


Cliquez sur l’image pour regarder la video !
La campagne s’adresse spécifiquement aux jeunes femmes de 13 à 17 ans puisque c’est à cet âge que l’on choisit son futur métier. Cette vision bien caricaturale de ce qui intéresse nos adolescentes, on l’a doit à une boîte de marketing, Emakina, qui n’est pas étrangère au mauvais goût prononcé. En 2007, ils ont été condamné pour une campagne intitulée "Rent a wife" ("Louez une femme"). La vidéo a été retirée du site de l’UE suite au tollé général provoqué. Étonnant ?

* Wernaers Camille, étudiante en Master 2 en Journalisme à l’Université Libre de Bruxelles, nous présente dans son blog actuféministe des informations alternatives sur les questions du genre dans nos sociétés.

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