Les voix des femmes au Sommet. Les femmes ont porté haut et fort leurs revendication, mais ont-elles été entendues ?"

Genre en Action était à Dakar du 25 au 30 novembre aux côtés des organisations de la société civile pour porter la voix des femmes au XVè Sommet de la Francophonie. Le thème était : "Femmes et jeunes en Francophonie : vecteurs de paix, acteurs de développement."

Le XVè Sommet de la Francophonie a eu pour thème : "Femmes et jeunes en Francophonie : vecteurs de paix, acteurs de développement."

Ce thème a été l’occasion pour le tout nouveau Réseau Francophone Égalité Femme-Homme (RF-EFH), créé par l’OIF fin 2013, d’organiser des panels de discussion sur les enjeux de genre. Ces panels ont eu lieu en parallèle du Sommet, tout comme le Forum international des Femmes, un événement spécial organisé par les organisations africaines.

Les femmes ont porté haut et fort leurs revendications

Dans le contexte de l’Agenda Post-2015, il est primordial que les ODD prennent en compte les inégalités de genre pour définir les nouvelles politiques internationales de développement. Deux thématiques ont été débattues de façon prioritaire :
- La transversalité du genre
 Les organisations de femmes et féministes revendiquent que le genre soit intégré de façon transversale dans tous les ODD (Objectifs de Développement Durable), une évidence toujours pas concrétisée. Elles mettent également l’accent sur l’importance d’appréhender la mondialisation et tous les enjeux liés, comme le changement climatique, de façon différenciée selon le sexe pour mettre en œuvre de réelles politiques d’égalité. Comment agir équitablement si la réalité n’est ni reconnue ni documentée ?
- La redevabilité des Etats
Non seulement les Etats doivent honorer leurs engagements pris lors des conventions internationales, comme le plan d’action de Pékin qui fête ses 20 ans cette année (Beijing+20), mais ils doivent aussi veiller à l’application concrète des mesures d’égalité. En effet, le problème, trop souvent, réside non dans l’adoption des lois, mais dans leur application et respect. Comment exiger la redevabilité des Etats ?

Mais ont-elle été entendues ?

Ne faut-il pas s’étonner du peu d’impact que l’intitulé du Sommet « Femmes et jeunes : vecteurs de paix et de développement » semble avoir eu sur le déroulement et les déclarations issues du Sommet, malgré tous les efforts de la société civile ?

Lorsqu’on lit aujourd’hui la déclaration du Sommet de la Francophonie, il est difficile de croire que les questions d’égalité femmes-hommes ont été si largement débattues pendant une semaine.

Nous avons peine à croire que nous avons participé à tous ces efforts de plaidoyer et de mise en commun de positionnements et d’expériences lorsque la seule mention faite aux femmes dans la déclaration se limite à la question classique des « femmes et du développement » et que la seule déclaration spéciale parle de santé maternelle…

En termes conceptuels, on peut déplorer que les « femmes » et « les jeunes » aient été traitées comme deux thématiques distinctes (comme si les questions de genre ne concernaient pas les jeunes, et que les jeunes n’étaient pas, en partie, des femmes). Cette désarticulation se retrouve dans les déclarations issues du Sommet.

Nous pouvons également légitimement nous poser la question, à l’instar de nombres d’associations rencontrées sur place, des moyens donnés à la société civile pour organiser ces rencontres (les bénévoles associatives sont en grande partie venues à leur frais) mais aussi de l’articulation entre la société civile et les « institutions ». En effet, plusieurs réunions et panels se sont tenus en marge du Sommet sur le thème des ODD et de l’égalité femmes-hommes, organisés par des « groupes différents », dans des lieux différents, parfois en même temps. De quoi cela est-il le signe ? N’aurait-il pas été plus porteur de se rassembler dans une unité de lieu, de temps et d’enjeu ?

Sur le site officiel du Sommet, aucune page ne mentionne les activités du Réseau de l’OIF pour l’Egalité femmes-hommes. Les personnes qui visitaient le Village sans connaître le thème du Sommet, mis à part des posters géants sur les droits des femmes, avaient peu d’indices pour le deviner. Le manque de visibilité et de participation des organisations de la société civile aux prises de décisions, et l’intégration des enjeux de genre sont restés un problème, à Dakar comme dans d’autres Sommets Internationaux.

Doit-on alors s’étonner de la marginalisation, du « classicisme » et de la frilosité des questions "de femmes" contenues dans les déclarations officielles des dirigeants ? Les déclarations préparées par la société civile suffiront-elles à faire contre-pouvoir, à mobiliser les énergies politiques et les moyens nécessaires à l’éradication des inégalités et des violences qu’elles connaissent et contre lesquelles elles s’élèvent ?

Ceci dit… ne boudons pas notre plaisir ! Le Sommet s’est achevé sur la première nomination d’une femme, Michaëlle Jean, à la tête de l’OIF depuis sa création en 1970. Un signe que les associations féministes et féminines, bien déterminées à faire entendre leur voix, ne vont pas laisser passer !

Par : Marlène Menoux et Claudy Vouhé, coordinatrice et présidente de Genre en Action


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