Libre : la loi du genre

Dans un contexte de communication libérale, comment donner les moyens aux groupes de femmes porteuses d’alternatives économiques, sociales, culturelles et politiques de rendre visibles leurs pratiques, expériences, savoir-faire ? Comment rompre avec les inégalités hommes-femmes ? En quoi les Tics peuvent-elles armer les résistances ? Comment articuler les concepts et philosophies genre et logiciels libres ? En quoi le libre répond-il aux besoins du genre ? En quoi le genre répond-il aux besoins du libre ? C’est simple…

Nous vivons une époque sous l’emprise du développement impressionnant des techniques et technologies de communication dont les répercussions s’étendent aux sphères sociale, économique, politique et culturelle, avec des implications sérieuses sur l’avenir même de la vie démocratique. On constate une hyper-concentration des ressources qui renforce la tendance à la formation de monopoles et oligopoles privés dans le secteur de la communication. Ce constat n’est pas très éloigné du fait que le développement technologique est mis en oeuvre essentiellement comme partie intégrante du processus de mondialisation.

Aussi, l’information et la communication constituent un secteur économique en tant que tel (à haut taux de profit), dont les produits doivent être valorisés comme des marchandises, ayant tendance à annuler toute notion de service public, avec lequel la communication a toujours été associée.

Le rôle des médias

A l’heure des concentrations démesurées, des canaux sans contenus et de la sous-information, il est opportun de constater que les médias sont plutôt à l’état d’essai, de tentative, de concept non abouti, de début. Afin d’y voir plus clair, commençons par prendre le terme média au singulier. Un média est censé être au centre, un moyen de communication, un lien entre émetteur et récepteur. Il semblerait aujourd’hui que c’est un fil vertical, tendu, à sens unique, du haut vers le bas et privatisé... Et ces fils, ou tuyaux, sont à remplir, et le plus rapidement possible ! Où donc est passé l’espace temps, celui qui permet d’élaborer sa pensée, d’affiner sa réflexion, de s’exprimer librement... Où la loi du marché place-t-elle le lecteur, l’auditeur, le téléspectateur, nommés comme tels, c’est-à-dire au masculin par les détenteurs du pouvoir informationnel ?

Plus de place désormais à l’imaginaire, à l’innovation, à l’expression et à l’échange. Toutes choses qui méritent qu’on prenne le temps. En l’état actuel du secteur, difficile d’envisager une presse où le "consommateur" ne soit pas passif. On se retrouve ainsi avec des informations sur mesure - chez certains diffuseurs, les chaînes ou émissions sont créées à partir de la mise de départ, à savoir, si Reebook investit, alors on crée une émission de basket -. Dans les pays du Sud, la situation est bien plus grave. En Afrique ou dans les pays émergents comme le Brésil, le pire de la télévision est déversé dans les canaux des chaînes publiques ou privées : des modèles et références du Nord, qui ont encore moins à voir avec les réalités vécues par les femmes et les hommes du crû. Pire encore, concernant les journaux d’actualités, on est confrontés à des informations qui n’en sont pas, parce que tronquées, choisies et saucissonnées.

Pour de nouveaux modèles

Ce sont principalement des hommes, qui font des choix, ou plutôt les imposent à leur cible, des individu-es qu’ils considèrent consommant-es et non pensant-es. Les chiffres témoignent. Dans son rapport sur la question des femmes et des médias publié en 1995 pour l’Unesco, Margaret Gallaguer est formelle : les femmes sont "visibles, mais vulnérables". Que ce soit en tant qu’actrice (journaliste), ou en tant que sujet, les femmes sont quasiment inexistantes. Il faut dire que le casting dans les rédactions en chef est sévère. Des hommes décident des sujets à traiter, des femmes font les reportages et pas pour n’importe quelle rubrique. Elles sont pratiquement exclues des domaines concernant l’économie, le sport et la politique.

De nombreuses études sur le sujet, et notamment les travaux de l’Association des femmes journalistes sur la presse généraliste, en attestent. Depuis leur formation jusqu’à leur exercice sur le marché du travail, les femmes journalistes sont confrontées à de réelles barrières éditoriales et de travail, édictées par leurs rédactions en chef. Phénomène peu connu, ce sont massivement des femmes qui se retrouvent reporters de guerre ou de terrain, situation précaire au possible, qui rend extrêmement difficile toute promotion « interne ». Par ailleurs, les sujets proposés, quels qu’ils soient, ne doivent en aucun cas présenter une dimension de genre. Par contre, les sujets sur les femmes, en tant que victimes ou stars du sport ou du show business sont les bienvenus.

Aussi, « les revues féminines restent un fief d’images dévalorisantes ». Toute tentative de traitement de l’actualité avec une perspective de genre est sujette à caution, voire soumise à des pressions universalistes, quand ce n’est pas justement rejetée au rang de presse spécialisée. Par exemple, il est désormais courant que le sujet-même du féminisme fasse l’objet d’un magazine ou d’une émission-débat à part entière.

Mais, c’est le plus souvent pour mieux se gausser de ce « mouvement d’arrière-garde ». Ou alors, on s’entretient avec une féministe-alibi sur des sujets comme la cosmétique, l’amour… en cherchant un « contrepoint » comme si, d’emblée c’était antinomique. Ou bien encore, les émissions ou dossiers « sérieux » sur la guerre, les enjeux géopolitiques de telle ou telle partie du monde, se retrouvent bondées de signatures masculines et quand bien même il y en aurait une féminine, elle doit emprunter les codes de dialogue masculins, c’est-à-dire universalistes et surtout pas différenciés selon les sexes.
Les logiques d’exclusion sont donc doubles : au niveau de la place faite aux femmes dans la profession à proprement parlé et au niveau de l’information traitée, où la vision « masculine » est prédominante,

Or, la prolifération et la diversité des sources, entre autres des réseaux sur Internet et plus seulement des agences qui pré-mâchent et trient (AFP, Reuters, BBC…) - devraient permettre l’apparition de nouveaux modèles de traitement de l’information. Un élargissement du champ d’investigation, la mise en place d’un media enfin transversal et interactif où le "push", ce qu’on connaît aujourd’hui, laisserait la place au "pull", c’est-à-dire les contenus endogènes portés par la société civile. Une nouvelle voie, pour éventuellement faire émerger des contenus, qui prennent en compte les rapports sociaux de sexe et le contexte planétaire de domination masculine.

Pour le droit à communiquer

Il a été établi comme un constat universel que la vitalité de la démocratie dépend de la participation citoyenne, ce qui suppose que les différents groupes qui composent la société soient dûment informés et capables d’exprimer leurs points de vue particuliers afin de contribuer à la formation des consensus sociaux. Cette aspiration a été à plusieurs reprises niée entre autres raisons à cause de l’absence de démocratie dans les systèmes de communication. Par exemple, de nombreuses études ont montré que l’apparition du public sur les plateaux de télévision, bien loin de lui donner la parole, le place dans le rôle du complice de ce qui se produit sous ses yeux sans son agrément.

Autre exemple, l’apparition des Sms ou textos sur les téléphones mobiles, servent certes à se communiquer de petits messages entre ami-es, mais répond surtout à deux objectifs : diffuser de la publicité sans le consentement du récepteur et alimenter/faire payer les les tuyaux (10 fois le prix de ce qu’ils coûtent), en y faisant circuler des 0 et 1, ce qui les rentabilise financièrement mais aussi en termes de marché, par la captation des données individuelles pour utilisation marketing ultérieure.

Cette situation exige que la société civile intègre, dans son ordre du jour, le Droit à la Communication et, en même temps, se pose le défi de promouvoir des initiatives dont le but est de s’approprier les outils de communication et de développer des médias citoyens, libres et gratuits. En particulier, les organisations de femmes et/ou mixtes qui abordent le genre, doivent saisir l’opportunité offerte par les Technologies de l’information et de la communication (Tics) pour faire émerger des analyses et pratiques spécifiques.

Une information autrement

A partir de l’analyse de ces tendances de la communication « dominante », et en portant une attention particulière à la place et au rôle des femmes, victimes d’une double marginalisation (en tant qu’actrice et également sujet de la vie sociale, économique, culturelle et politique), et à celui des initiatives alternatives, presque totalement invisibles, il semble opportun de mettre en place des outils media totalement indépendants où l’information serait non seulement au service des citoyen-nes mais surtout émanant d’eux. Une information qui revendique diversité, solidarité, égalité, horizontalité et transversalité.

Il est aujourd’hui indispensable de concevoir l’information autrement en portant une attention particulière aux contenus endogènes. Cela signifie concrètement que tous les acteurs de la société civile, femmes et hommes, doivent non seulement être en mesure de diffuser leurs propres contenus mais également que la forme qu’ils utilisent pour communiquer soit considérée comme un modèle à part entière, complémentaire des traitements professionnels (journalistiques) classiques. Cette stratégie permet ainsi d’aborder des sujets non traités dans les médias traditionnels, de donner une dimension sans frontières à la circulation de l’information, de porter des contenus spécifiques suivant les régions du monde, de créer un réseau d’échanges et de savoir-faire. Et parmi eux - voire avant tout - mettre en exergue le genre, et notamment, les rapports sociaux entre les femmes et les hommes, l’entrave que les inégalités de genre représentent pour le développement des personnes et des sociétés, les alternatives portées par les femmes, autant de prismes qui permettent d’évacuer le sensationalisme ou le fait divers pour rendre une place de choix à une véritable analyse sociale, politique et économique des sujets comme les violences, le nationalisme, l’intégrisme, le militarisme, la paix…

Des contenus d’utilité générale

De plus, dans le cadre de la valorisation de contenus au service du public, il est impératif de rester vigilant en matière de contrôle de la diffusion en créant ou maintenant des réseaux de diffusion propres mais aussi en investissant les centres de décision où se contrôle la diffusion, qu’elle soit TV, radio ou presse écrite.

Il s’agit de concevoir l’information autrement, selon les principes suivants :
-  l’accès à l’information est un droit fondamental,
-  l’information n’est pas une marchandise, elle doit être gratuite,
-  le lecteur, auditeur, téléspectateur n’est pas un consommateur,
-  les contenus doivent être endogènes.
Dans ce cadre, il semble justifié de prêter attention à un nouveau mode de traitement éditorial en quatre axes :
-  aborder des sujets non traités dans les médias traditionnels,
-  proposer un traitement multimédia (radio, presse papier, presse électronique, TV) transversal, horizontal,
-  concevoir des outils média nomades, sans frontières, déplaçables,
-  mettre ces outils entre les mains des porteurs de contenu, en rompant avec le corporatisme professionnel
-  mettre en œuvre des relais, d’un support à l’autre.

Ces nouveaux modes de traitements permettent d’envisager une information en étoile, où chaque acteur-trice de la société civile est en connexion directe avec les autres. Ainsi, chaque interlocuteur peut apporter ses contenus, et faire échos à ceux des autres en les complétant et en les mettant en valeur. Cette structure permet la mise en lumière au niveau international d’une richesse collective. Et l’échange de savoir-faire et d’expériences, la mutualisation des moyens au service d’un contenu, la confrontation des situations individuelles, collectives ou régionales, et surtout leur publication et leur diffusion, font disparaître les cloisons géographiques, économiques et politiques.

Pour réaliser concrètement ces outils média, il s’agit de créer un réseau de modèles et de bâtir ces outils sur un modèle économique différent, qui en assure la pérennité, en :
-  s’appuyant sur les concepts de l’économie solidaire (co-financement en amont par l’Etat et les acteurs-trices de la société civile),
-  en impliquant les territoires (élus locaux, responsables régionaux...),
-  en gardant le contrôle de la diffusion,
-  en utilisant les TIC, comme une technologie peu chère,
-  en impulsant des politiques d’accès au réseau internet,
-  en utilisant la philosophie des logiciels libres.

Le genre, un catalyseur

Ces outils de service public doivent correspondre, et non pas seulement répondre, au bien commun. Ils doivent partir des besoins des populations, au risque sinon de rester sans intérêts, et créer des espaces publics de discussion où le récepteur-trice, l’émetteur-trice, prescripteur-trice se rencontrent ou se confondent afin de mettre en lumière ces besoins. Ici, le genre retrouve toute sa pertinence puisque femmes et hommes, selon leurs origines sociales, religieuses, ethniques, générationnelles, leur orientation sexuelle, etc., vont pouvoir enfin exprimer des besoins et intérêts différents. Dans un premier temps, il s’agit de faire émerger des besoins pratiques pour les femmes comme pour les hommes, tout en gardant le statu quo de la division sexuelle du travail, puis de leur faire opérer une transformation en faisant naître des besoins/intérêts stratégiques qui vont fondamentalement changer ce rapport de genre vers plus d’équité.

Le libre, avenir du genre

Les femmes représentent globalement 80% des pauvres et 67% des analphabètes. Elles sont aussi pour la plupart victimes d’une triple discrimination : elles sont femmes, elles travaillent pour leur grande majorité dans des secteurs de l’économie non comptabilisés au niveau national (solidaire ou informelle) et sont, dans leur très grande majorité, marginalisées dans leur environnement social, géographique ou politique. Elles sont aussi très souvent porteuses de modèles économiques, sociaux et politiques radicalement différents du système le plus visible : inégalitaire, discriminant, à haute plus-value financière.

Pourtant, ce paradoxe reste invisible. Pourquoi  ? Que ce soit concernant les femmes immigrées dans les cités dites difficiles en France, les femmes noires dont le diplôme n’est pas reconnu au Québec ou les pêcheuses sénégalaises de la périphérie de Dakar, qui pour la plupart sont analphabètes, rendre publiques les pratiques qu’elles mettent en œuvre et les analyses des disparités et inégalités hommes/femmes, corrompt les usages universalistes, remet en cause les rapports sociaux de genre comme les rapports de domination hérités du patriarcat mais aussi du colonialisme et de l’impérialisme, brave un interdit de taille - l’accès des femmes à la place publique - et devient ainsi un enjeu majeur.

L’utilisation des logiciels libres s’impose alors comme une évidence.

En effet, le terme « libre » ici fait référence à la liberté, et non au prix (d’où une source de confusion chez les Anglosaxon-nes). Il y a plus de vingt ans maintenant, Richard M. Stallman, reconnu « père » du concept, crée la Free Software Foundation afin de lancer le dit « Projet GNU ». Son ambition : permettre à tou-tes d’utiliser des logiciels de toutes les façons qui sont utiles socialement, rendre possibles la copie et la modification, le plus simplement possible. Il définit précisément quatre types de liberté pour l’utilisateur-trice du logiciel :
« - la liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages (liberté 0).
- la liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins (liberté 1). Pour ceci l’accès au code source (open source) est une condition requise.
- la liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin, (liberté 2).
- la liberté d’améliorer le programme et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté (liberté 3). Pour ceci l’accès au code source est une condition requise. »
Bien sûr, ces préceptes semblent très informatiques, mais ils se sont depuis transformés en outils utilisés par le plus grand nombre pour rompre avec toutes les formes de fractures : sociales, ethniques, de sexe... Par ailleurs, le GNU est devenu une base légale intitulée GNU/GPL, General Public Licence, ce qui autorise une appropriation sans entrave (pour en savoir plus : http://www.gnu.org/philosophy/philosophy.fr.html).

Un bien commun

Aussi, cette philosophie permet de développer des projets transcontinentaux de création de médias endogènes, basé sur les Tics, afin de valoriser les alternatives économiques, sociales, politiques et culturelles portées par les femmes dans le monde et d’analyser les disparités de genre à l’échelle mondiale.

En effet, les logiciels libres sont, la plupart du temps, gratuits. Aucune dépense n’est nécessaire, aucun "vol" n’est possible, aucune infraction à la loi sur la propriété intellectuelle ne peut exister parce qu’aucun système de brevetabilité ne peut fonctionner. Leur création est un bien commun. Ils permettent des adaptations locales, en particulier dans le domaine de la langue. Il suffit qu’il y ait une demande - qui peut être soutenue financièrement ou pas par un organisme - pour que les logiciels soient traduits en une langue, un langage, un dialecte. La possibilité de permettre à des groupes très restreints, très retirés ou isolés, et en particulier les femmes, l’accès à l’information et à la publication est alors unique.

De plus, il existe une autre manière de voir les relations chez les développeurs de logiciels libres. Certains sont donc collaboratifs, participatifs, simples, en constante évolution afin de répondre à ces critères et satisfaire la demande, en progression nette. Ce qu’aucun logiciel propriétaire n’est en mesure de faire, de par la philosophie de profit sous-jacente qui les meut. Il existe des logiciels libres qui permettent de publier tout contenu sans aucune connaissance ou contrainte informatique ou technique.

Ainsi, il existe des logiciels de traitement de texte, de présentation assistée par ordinateur, des tableurs, de traitement image, son… et de publication sur le Web, de lecture/écriture de mails, de navigation sur le Web. Ils ne demandent aucun investissement financier. Pour les utiliser, il suffit d’avoir ou d’installer sur son ordinateur un système d’exploitation qui les supporte, ce qui est évidemment le cas de Linux, lui-même libre, mais de bien d’autres. Ensuite, il suffit de les télécharger sur le Web, pour en avoir la disponbilité hors ligne. La dépendance technique à Microsoft se retrouve alors réduite à quelques faibles expressions : le milieu de l’entreprise, le milieu des Ongs ou tout autre organisme de la société civile qui « sous-traite » sa gestion informatique et… les serveurs internet, qui selon leur propriétaire, ne permettent pas d’installer par exemple des logiciels de publication Web en libre.

Mais que ce soit pour les acteurs de la société civile ou les serveurs internet, des solutions non propriétaires existent déjà et sont disponibles pour le grand public. Ensuite, comme les quatre lois édictées par Stallman, l’accès aux manuels d’utilisation desdits logiciels fait partie intégrante de la liberté que ces logiciels autorisent. Tout comme la documentation, la formation peut être permanente. Il existe des listes électroniques d’utilisateur-trices, ou de développeur-ses, selon les niveaux, qui permettent non seulement d’être informé-e des nouveautés, des améliorations mais d’y participer ! Et même si la connexion internet n’est pas indispensable mais nécessaire, des passerelles entre utilisateur-trices sont prévues pour tou-tes ceux et celles qui n’ont pas accès au réseau. Très concrètement, si quelqu’un-e télécharge un traitement de texte via la Web, il/elle peut le recopier sur support électronique pour le transmettre à un-e voisin-e, qui va à son tour s’en servir pour publier un document, qu’il/elle va imprimer ou qu’il/elle va retranscrire par voie orale… Tout est donc prévu, dans cette « communauté » pour accompagner le changement.

Décupler les effets colatéraux vers l’égalité

Ces logiciels libres présentent donc le double avantage de démystifier les outils et de développer les accès, et donc la prolifération de contenus, sans restriction et sans entrave, à faible coût, en toute sécurité, dans toutes les langues, ce qui rompt les barrières géographiques mais aussi culturelles, sociales et d’éducation. La mise en commun des savoirs, des innovations, des trouvailles, des réussites, des bonnes pratiques, devient ainsi un parti pris, un moyen de « se comprendre » sans imposer de modèle. En particulier, les contenus sur les rapports et problématiques de genre trouvent toute leur place. Participative, cette philosophie permet aux personnes concernées d’échanger expériences, savoir-faire mais aussi obstacles rencontrés et freins structurels afin d’élaborer des solutions et stratégies communes.

Collaborative, elle décuple les effets levier, crée des dynamiques nouvelles, encourage la multiplication, la diversité, la complémentarité et la réplicabilité. Interactive, elle permet une réactivité sans limite et accélère les processus d’élaboration et de changement. Conçue en totale complémentarité avec le Net, elle assure une visibilité internationale. On a vu ainsi, depuis moins de cinq ans, se développer des sites web, se créer des modes de communication oraux (par exemple, pour les diasporas et en particulier les Iraniennes) - espèce de « chambre » virtuelle où les internautes convergent à heure fixe et à périodicité régulière pour discuter -, se croiser des points de vue par des opérations de syndication de contenus (mise en liens de façon automatisée), se décupler des savoir-faire comme la recherche et le traitement iconographique, se diffuser des entretiens sous forme sonore…

Par ailleurs, tous les contenus ainsi créés et réunis permettent un reconditionnement ou repackaging sous des formes plus classiques : support papier, radio, télévision, voire mises en scène, ce qui décuple les moyens de diffusion et autorise des stratégies de dépassement des médias traditionnels. Alors, quelles raisons reste-t-il pour se réfugier dans la confidentialité ? Qu’attendent les groupes de femmes, ceux travaillant sur le genre et les féministes pour s’approprier ces outils ? La convergence des intentions et des stratégies d’expression entre le « libre » et les différents mouvements pour l’égalité homme/femme n’est plus à démontrer. Reste à passer à l’acte.

Joëlle Palmieri - Les Pénélopes - mai 2004

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