Louise Arbour exhorte les pays des Grands Lacs à mettre fin à l’impunité des violeurs

Saluant le rôle des organisations non gouvernementales (ONG) qui travaillent essentiellement avec les victimes de ces violences (des "tortures" plus que des "atteintes à la dignité des victimes"), la Haute Commissaire a appelé à fournir un effort similaire pour traduire en justice les criminels.

New York, May 31 2007 3:00PM

La Haute Commissaire aux droits de l’Homme, Louise Arbour, a fait aujourd’hui rapport au Conseil de sécurité de sa mission de deux semaines en République démocratique du Congo (RDC) et au Burundi, soulignant la nécessité de poursuivre et de juger les criminels, notamment dans le cadre de violences sexuelles « épouvantables et quotidiennes ».
Les situations dans ces deux pays sont très différentes mais à toutes les étapes de son voyage, Louise Arbour a insisté sur la nécessité de lutter contre l’impunité et de doubler l’effort envers les victimes des exactions d’un effort équivalent pour en juger les responsables.

En RDC, comme au Burundi, Louise Arbour a souligné l’ampleur dramatique des violences sexuelles, « des violations des droits de l’homme quotidiennes dans l’Est du pays à une échelle épouvantable ».
A cet égard, elle a estimé que le « mixage », qui a vu de nombreux dirigeants de milices et leurs partisans être intégrés à l’armée régulière congolaise en échange d’une cessation des hostilités, avait juste permis de réduire des violations massives à une échelle à peine moindre.
« Si tel était le prix de la paix, il est énorme », a-t-elle déclaré, rappelant que ces soldats, pour lesquels les preuves de violations des droits de l’homme sont souvent nombreuses, se sont vus promus à un rang hiérarchique supérieur et finalement renforcés dans leurs pouvoirs par ce processus, poursuivant leurs pratiques de « prédateurs ».

Selon Louise Arbour, de nombreux criminels ont ainsi reçu dans ce processus une amnistie de facto.
« A court terme, on voit mal comment inverser cette tendance », a-t-elle reconnu, estimant toutefois que l’une des mesures qui pouvait être prise était de favoriser le brassage des soldats afin que des dirigeants de milices ne soient pas entourés de leurs anciens partisans.
La Haut Commissaire a rapporté que lors de visites à l’hôpital de Kisangani dans l’est de la RDC, elle avait pu constater l’atrocité des violences sexuelles à l’égard des femmes, qui ont souvent besoin de chirurgie réparatrice massive pour se remettre des dommages causés, en particulier à leurs organes reproducteurs.

Ce qui est requis est complètement hors de portée par rapport aux moyens dont disposent les hôpitaux dans le pays, a-t-elle expliqué, et même au niveau mondial, l’expertise requise est extrêmement dure à trouver.
Elle a évoqué des viols collectifs, des jeunes filles enceintes à 12 ans et contraintes d’accoucher par césarienne, estimant qu’il ne s’agissait pas d’ « attaque à leur dignité » mais bien de « torture ».
De plus, les femmes se retrouvent ostracisées, rejetées par leurs familles et moquées par leurs violeurs qui vivent en totale impunité, a souligné Louise Arbour.

Saluant le rôle des organisations non gouvernementales (ONG) qui travaillent essentiellement avec les victimes de ces violences, elle a appelé à fournir un effort similaire pour traduire en justice les criminels.
Non seulement les victimes doivent payer pour pouvoir porter plainte, mais en plus, en échange d’une petite somme d’argent ou d’un vote, les charges sont abandonnées, a-t-elle dénoncé, qualifiant de « totalement inadéquat » le système judiciaire et pénitentiaire dans le pays.

Au Burundi aussi, il existe un manque de volonté de poursuivre les criminels, a poursuivi Louise Arbour, déplorant une corruption à grande échelle et des ingérences répétées dans les procédures judiciaires.
Une initiative positive en RDC est celle de collecter toutes les informations existantes, de toutes sources, concernant les violations des droits de l’Homme qui ont eu lieu entre 1993 et 2003 dans le pays, c’est-à-dire pour la période qui précède la compétence de la Cour pénale internationale (CPI).
« Reste maintenant à trouver des fonds pour que les Congolais puissent mettre en place ce mécanisme », a dit la Haut Commissaire.

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