Ma fille ne vivra pas ça !!!

Cet article a été rédigé par Rolande DZ-K. Elle est la présidente de l’association pour la prévention des violences conjugales et familiales (APVCF), basée à Yaoundé, au Cameroun. L’APVCF, qui existe officiellement depuis avril 2010, mène des actions de sensibilisation pour une éducation de la jeunesse à la résolution non violente des conflits quels qu’ils soient.

Il y a quelques jours un monsieur « respectable, civilisé, beau, élégant, etc. » de la capitale Yaoundé déclarait dans une brigade de gendarmerie : « je reconnais avoir administré une bastonnade à ma femme… ». Et après cela, il a été gentiment raccompagné à sa voiture de luxe et est rentré tranquillement chez lui, où il coule des nuits paisibles… Pendant que la bastonnée a failli perdre sa vie, elle a dû être hospitalisée quelques jours, (elle a dû voir un traumatologue, un neurologue, un psychologue, un kinésithérapeute, etc.) et continue de courir les hôpitaux pour essayer de calmer ses traumatismes, ses douleurs qui ne s’arrêtent pas, pour soigner ses blessures. Ces dernières guériront peut-être un jour, mais les cicatrices seront là sur ses jambes et personne ne pourra les ignorer chaque fois qu’elle osera mettre une courte jupe. Les séquelles physiques, les traumatismes psychologiques sont là… Elle n’oubliera jamais Même sa fille de 2 ans à peine continue à dire : « papa botté pied mama, mama pleure ! ».

Combien sont-elles ? Combien de camerounaises se reconnaissent dans cette histoire ? Vous seriez stupéfaits du nombre : de la DG de société à la femme de ménage, en passant par la magistrate, la bayam sellam, et l’enseignante, très peu de femmes y échappent.

Et dire que ces dernières années, le thème des journées internationales de la femme a tourné autour de la violence faite aux femmes. En 2007, c’était : « Mettre fin à l’impunité des auteurs d’actes de violence à l’égard des femmes et des filles ». En 2009, c’était : « Femmes et hommes, ensemble pour mettre fin à la violence faite aux femmes et aux jeunes filles », etc.

Et dire que chaque année, nous commémorons le 25 novembre la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes !

Il est temps de faire résonner l’alarme sur ce sujet tabou de la violence domestique, dans une société où des milliers de femmes meurent aux mains non pas des bourreaux qui leur sont étrangers, mais de leurs propres maris et concubins. Ceci pendant que la société et la culture regardent complices et inertes, incapables de réagir.

Dans tous les commissariats et brigades de gendarmerie du pays, on peut lire sur des affiches :« NON A LA TORTURE ! » Même les plus grands braqueurs ne sont plus ni battus ni torturés (au nom des droits de l’homme) ; l’homme en tenue qui ose le faire risque ses galons ! Mais c’est curieux que lorsqu’une plainte est déposée pour coups et blessures, dès que l’accusée est présentée comme le mari de la plaignante, le traitement change : tout est mis en œuvre pour décourager cette dernière qui est désormais accusée de vouloir briser un foyer, de détruire la vie et l’éducation de ses enfants…bref de faire un grand gâchis. Où allons-nous ? On est où là ? C’est qui le coupable ?
Beaucoup en ont parlé, beaucoup ont écrit, certains ont chanté, d’autres ont prié… Il y a tant d’associations qui se battent pour cette cause si difficile : mais ça ne suffit toujours pas ! Il faut encore plus d’efforts ; si ailleurs les choses ont pu évoluer (du moins sur certains plans), pourquoi pas au Cameroun ? En Afrique ?

Fait encore plus curieux, la dame de notre histoire du début n’ose même pas révéler la vraie origine de ses blessures. Il n’y a que les médecins et les gendarmes qui sont dans le secret des dieux. A son lieu de service, elle a dû raconter qu’elle avait été agressée dans un taxi pour justifier son absence de plus d’un mois. En fait, la pauvre a honte de dire qu’elle a été sauvagement battue par son époux, son chéri, le père de ses enfants ; pourquoi ? Qui devrait avoir honte au juste ?

Femmes, hommes, osons rompre ce silence complice de ce qui nous arrive ou qui se passe autour de nous. La justice est pour nous aussi, mais elle ne viendra pas nous trouver dans nos cuisines ou dans nos bureaux. Même le proverbe nous dit : « Aide toi et le ciel t’aidera ».

Femme, homme, si tu refuses de te battre,
• C’est ta fille qui vivra le même calvaire ; moi je crie Nooooooooooon, Ma fille ne vivra pas ça !!!
• Ton garçon croira que c’est la norme autant que tu n’y auras pas réagi et te serais résigné-e et,
• Toi aussi, tu auras fabriqué un bourreau…

C’est maintenant la course à la montre, parlons-en, éduquons nos enfants au respect, au dialogue, à la tolérance, à la non-violence, etc. Courage ! Avec l’aide de Dieu nous y arriverons. Une chose est certaine : « L’Homme qui emploie la force brutale à la place de la raison est un CRETIN ». Et comme GANDHI l’a dit : « La non-violence est la loi de notre espèce tout comme la violence est la loi de l’animal ».

***
Cet article a été rédigé par Rolande DZ-K. Elle est la présidente de l’association pour la prévention des violences conjugales et familiales (APVCF), basée à Yaoundé, au Cameroun.

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3 Messages

  • Ma fille ne vivra pas ça !!! Le 10/01/12 à 18:55 , par Yvy

    Nice piece ! Beaucoups de courage ma chere Rolande

    • Ma fille ne vivra pas ça !!! Le 19/09/12 à 09:57 , par Kaboré

      Bonjour Rolande , je manifeste le meme cri de coeur que toi sur le problème des violences domestiques dont souffrent énormément les femmes en Afrique. En effet si les lois nationales ne sont pas vraiment appliquées , si les coupables ne sont pas dénoncés et condamnés et tant que perdurera le système d’éduction dans nos sociétés des millions de femmes continueront de souffrir en silence .Il faut un réel prise de conscience que l’homme et la femme ont les memes droits car ils sont tous humains.Donc il faut une révision des messages éducatifs qui montrent la subordination des femmes face à l’homme et une application éffective des textes nationaux et internationaux sur les droits humains. Continuons la lutte !!!!!

  • eMa fille ne vivra pas ça !!! Le 17/01/12 à 14:27 , par Eloracmia

    Ma chere Rolande, tu as gagné/et mérites ton droit d’être entendu.Le guide/conseiller le plus efficace est celui qui a déjà été où il veut inciter d’autres personnes à aller. Maintiens le bon travail, et la bonne cause !
    You have earned your right to be heard. The most effective guide/counselor is the one who has already been where he wants to lead others. Keep up the good work !

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