Madagascar s’est doté d’un Plan d’Action National Genre et Développement

Beaucoup de pays peuvent envier Madagascar pour cette tentative d’adopter une stratégie nationale de l’intégration transversale du genre. Reste à suivre son application et à terme à évaluer son impact.

Plan d’Action National Genre et Développement (PANAGED)

RESUME EXECUTIF

En adoptant la Plate-forme d’action de Beijing lors de la 4ème Conférence Mondiale sur les Femmes en 1995, les gouvernements signataires ont accepté l’égalité des sexes et l’émancipation des femmes comme principes fondamentaux du développement humain et durable. Cet engagement a été réaffirmé dans la Déclaration du Millénaire (Nations unies, septembre 2000) qui reconnaît la nécessité de « promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, en tant que moyen efficace de combattre la pauvreté, la faim et la maladie et de promouvoir un développement réellement durable ». En effet, les inégalités liées au genre (c’est-à-dire aux rôles sociaux et économiques différenciés des hommes et des femmes) s’avèrent être totalement transversales à toute forme de pauvreté. Ainsi, ces inégalités doivent être ciblées par chaque intervention de lutte contre la pauvreté, et ceci non seulement sur un fondement éthique, mais également par principe d’efficacité.

Par conséquent, ces pays, dont Madagascar, se sont engagés à intégrer transversalement la dimension « genre » dans toutes leurs interventions de développement et à mettre en œuvre des politiques et programmes spécifiques pour la réduction des inégalités entre les femmes et les hommes. Cette stratégie à deux voies, appelée « mainstreaming », implique que les politiques et programmes soient analysés pour définir tout impact différencié sur les femmes et les hommes et qu’ils soient ajustés afin de garantir que les actions contribuent à la réalisation de l’objectif d’égalité entre les sexes.

Le présent Plan d’Action National Genre et Développement (PANAGED), dont l’exécution est prévue sur 5 ans (2004-2008), s’attache d’abord à intégrer transversalement la dimension « genre » dans toutes les interventions de développement. C’est l’objectif du « Programme principal d’intégration du genre dans les institutions, les programmes et projets de développement », qui comprend cinq composantes :

(i) la recherche-action, nécessaire pour une définition correcte des actions à mener ;
(ii) le plaidoyer, auprès des responsables des institutions et des programmes de développement, pour les convaincre de ce que l’intégration du genre n’est pas seulement une question d’éthique, mais aussi d’efficacité ;
(iii) le renforcement des capacités. Cette composante comprend :

- le renforcement des mécanismes chargés de la promotion du genre, c’est-à-dire, dans la configuration gouvernementale actuelle, le Ministère de la Population, à travers la Direction Générale de la Promotion du Genre, et au niveau provincial, les Commissariats généraux en charge des questions de population et de la promotion de la femme ;

- le renforcement des capacités (la formation) en genre, non seulement au sein de ces mécanismes, mais aussi auprès des autres acteurs du PANAGED (institutions et groupes bénéficiaires, partenaires) ;
(iv) la communication, y compris la conception, la production et la diffusion de supports de plaidoyer et de formation ;
(v) le suivi-évaluation qui se fera sur une base annuelle, mais qui prévoit également une évaluation à mi-parcours en 2005 et une évaluation finale en 2008. Le système de suivi-évaluation devra non seulement produire périodiquement des documents sur la réalisation des objectifs des 3 programmes qui composent le Plan d’Action, mais également contribuer à la mise en place de la collecte et de l’analyse de données désagrégées par genre auprès des services sectoriels (santé, éducation, mais surtout dans les secteurs qui n’ont pas l’habitude de désagréger les données par genre, tels que l’agriculture, l’industrie, la police, la justice, etc.).

Le Plan d’Action National Genre et Développement prévoit par ailleurs deux programmes spécifiques, destinés à redresser des situations d’inégalité flagrante constatées dans le cadre de l’élaboration de la Politique Nationale de Promotion de la Femme. Il s’agit de l’efficience économique des femmes et de leur condition juridique et sociale, deux secteurs qui ne sont que très partiellement couverts par l’action des ministères sectoriels, et que le PANAGED entend donc prendre en charge.

Le Programme spécifique A : « Amélioration de l’efficience économique des femmes » comprend 5 composantes :

(i) Accès des femmes rurales et suburbaines aux facteurs et moyens de production ; cette action se justifie par les difficultés rencontrées par certaines femmes, notamment les femmes chefs de ménage (veuves, divorcées ou séparées, mères célibataires) pour accéder à la propriété foncière et au crédit ;
(ii) Appui aux femmes du secteur informel, où exercent la majorité des femmes en milieu urbain et suburbain, malgré la précarité qui caractérise ce secteur ;
(iii) Accès des femmes au secteur formel ;
(iv) Allègement des tâches domestiques des femmes : il a été constaté, tant en milieu urbain qu’en milieu rural, que le temps consacré par les femmes à leurs devoirs domestiques (notamment soins des enfants et des personnes âgées et/ou malades, ménage, lessive, corvée d’eau, cuisine) soit limite le temps qu’elles peuvent consacrer aux travaux de production, soit leur impose des temps de travail beaucoup plus importants que ceux des hommes ;
(v) Insertion économique et sociale des jeunes filles déscolarisées : cette action vise à doter les jeunes filles qui ont quitté prématurément l’école des capacités qui leur permettront d’assumer leurs responsabilités futures de mères de famille, d’agents de développement et de citoyennes.

Le Programme spécifique B : « Amélioration de la condition juridique et sociale des femmes » comprend pour sa part 5 volets :

(i) Appui à l’application du droit pour tous : ce volet ambitionne de mieux faire connaître aux groupes cibles leurs droits et les recours possibles, et de mettre en place un observatoire des droits des femmes ;
(ii) Promotion du droit à l’information et à la formation : ce volet se propose de répondre aux besoins d’information et de formation des femmes et des jeunes filles, y compris par l’alphabétisation ;
(iii) Appui à l’élaboration de textes de réformes sociales et juridiques : ce volet a pour objectif l’amélioration du cadre de vie des femmes, et en particulier les femmes en situation difficile que sont les femmes chefs de ménage et les femmes en usine ;
(iv) Lutte contre la violence à l’encontre des femmes, y compris les violences domestiques. Cet important volet comprend 3 composantes :

-  Assistance aux victimes de violences

-  Renforcement des sanctions contre les responsables de violences

-  Création d’une dynamique sociale pour la lutte contre les violences
(v) Amélioration de la représentation des femmes dans les instances de décision : ce volet se justifie par la faible représentation des femmes dans l’ensemble de la vie publique, à l’exception du pouvoir judiciaire, et dans les sphères de décision du secteur privé. L’évolution de cette situation, que n’explique aucun décalage au niveau des qualifications, est tributaire d’un plaidoyer efficace et d’un renforcement des capacités des femmes en matière de leadership.

Le budget du PANAGED s’élève au total à 77.870 millions FMG, soit USD 11,12 millions sur cinq ans (2004-2008). Il se répartit comme suit :

-  45,5% au Programme principal d’intégration du genre dans les institutions, les programmes et projets de développement

-  25,45% au Programme spécifique A « Amélioration de l’efficience économique des femmes »

-  29% au Programme spécifique B « Amélioration de la condition juridique et sociale des femmes ».

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