Malalai Joya et le courage de la vérité

Le 21 mai 2007 dernier, la Chambre basse du Parlement afghan a expulsé la députée Malalai Joya pour les propos qu’elle avait tenus la veille à la télévision, en comparant l’assemblée des députés à un zoo et une étable mal tenus. S’appuyant sur l’obscur article 70 de la Constitution, la Chambre a voté une motion pour exclure la jeune députée jusqu’à la fin de son mandat qui se termine en principe en 2009.

par Carol Mann, chercheuse en sociologie

L’article en question interdit aux parlementaires de se critiquer mutuellement. Il n’a jamais été évoqué jusqu’ici, en dépit du fait que le Parlement afghan semble fonctionner uniquement à coup de récriminations, voire d’insultes et d’injures continuelles que les élus se lancent d’un coté et de l’autre de la Chambre. Il faudrait examiner les enjeux de cette exclusion, ce que n’ont fait ni notre gouvernement, ni l’opposition, ni des médias français jusqu’ici. Ce n’est pas anodin. L’interview télévisée, sans doute maladroit quant au choix des termes, constitue la goutte qui avait fait déborder le vase. Malalai Joya s’est illustrée dès ses débuts par une virulente opposition envers le gouvernement, ainsi qu’envers les autres députés de ce Parlement chancelant. Véritable pasionaria de la scène politique afghane, cette députée extrêmement populaire et aimée des Afghan-e-s est connue pour son franc-parler, sa façon de dire systématiquement tout haut ce que d’autres pensent tout bas, ce que j’ai pu constater partout en Afghanistan, tant chez les paysan-nes, les étudiant-e-s que chez les patriarches pachtounes à la barbe fleurie. Née en 1979, Malalai Joya a été élue en 2005, alors la plus jeune députée au parlement afghan. Elle représente sa ville natale de Farah, au cœur d’une des plus pauvres provinces d’Afghanistan, âpre et désertique, située près de la frontière iranienne. Elle a passé une partie de son enfance et sa jeunesse dans un camp de réfugiés pakistanais, puis en agglomération, où elle a pu bénéficier d’une scolarité et même de l’apprentissage de la langue anglaise. Rentrée à Farah, sous les Talibans, elle s’est occupée à la fois d’un dispensaire et de l’organisation de cours clandestins d’alphabétisation pour les femmes.

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