Mali : le nouveau Code de la famille accueilli par des violences

Le 3 août 2009, l’As­sem­blée na­tio­nale du Mali a adop­té un nou­veau "Code de la fa­mille" qui, pour une pre­mière dans l’his­toire de ce pays à forte ma­jo­ri­té mu­sul­mane, dé­vo­lue les mêmes droits suc­ces­so­raux à la femme qu’à l’homme. Une première qui fait de nombreux remous : des dirigeants et jeunes musulmans ont juré d’empêcher le code de devenir loi.

Le secrétaire général du Haut conseil islamique malien, Mohamed Kimbiri, a annoncé, lors d’une interview donné à IRIN, que le conseil ferait tout pour empêcher l’application de la loi. "Ce code est honteux, c’est une trahison [pour les musulmans]... Nous ne sommes pas contre l’esprit du code, mais nous voulons un code approprié pour le Mali, qui soit adapté à ses valeurs sociales. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que ce code ne soit pas promulgué ou adopté."

Depuis l’adoption de ce code, les protestations se font de plus en plus vives et mobilisent de plus en plus de centaines de leaders religieux et de chefs de villages, qui s’expriment "contre la promulgation d’une loi jugée scélérate et satanique".

Adop­té à une large ma­jo­ri­té de 117 voix, pour 5 contres et 4 abs­ten­tions, ce texte de loi est une avancée en terme de droit des femmes. Il inclue notamment :
- l’égalité de la fille et du gar­çon de­vant un hé­ri­tage, en cas d’ab­sence avé­rée de texte écrit ou de té­moins pou­vant at­tes­ter de vœux contraires du dé­funt ;
- un "droit com­mun ap­pli­cable à tous les Ma­liens" ;
- l’abolition des dé­vo­lu­tions suc­ces­so­rales qui se ré­glaient jusque-​là sur la base de la cou­tume ou du droit re­li­gieux, mu­sul­man no­tam­ment, selon le­quel la part suc­ces­so­rale de la femme (fille) est la moi­tié de celle de l’homme (gar­çon) ;
- l’instruction à la femme ma­lienne, non plus un "de­voir d’obéis­sance" comme le vou­lait jusque-​là le code civil, mais un simple "de­voir de res­pect" à l’homme ;
- l’évolution du vo­cable "obéis­sance", rem­pla­cé par "res­pect", es­ti­mé plus ap­pro­prié lors­qu’il s’agit de par­ler de rap­ports entre femme et homme.

Conçu dans un souci d’éga­li­té entre l’homme et la fa­mille, le nou­veau "Code de la fa­mille et des per­sonnes" du Mali est l’abou­tis­se­ment d’un long pro­ces­sus que les au­to­ri­tés ont en­ta­mé en 1998, mal­gré l’op­po­si­tion de cer­tains mi­lieux is­la­mistes.

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Dernière actualité :

Le président Amadou Toumani Touré du Mali a décidé de renvoyer en « deuxième lecture » aux députés un nouveau Code de la famille très controversé, mais que l’assemblée nationale avait déjà adopté et qui n’attendait que sa promulgation par le chef de l’Etat pour entrer en vigueur.

La décision prise, selon le président, « au nom de la paix, de la quiétude sociale » et de « l’unité nationale », a été annoncée par le chef de l’Etat lui-même dans un message diffusée par l’Office de Radio Télévision du Mali (ORTM, publique).

- Ouestaf.com - Nouveau code de la famille au Mali : le président renvoie le texte en « deuxième lecture »

- Jeune Afrique - Code de la famille : "La femme reste femme et l’homme reste homme"

- Afrik.com - Code de la famille : les femmes maliennes montent au créneau

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Pour consulter les articles :
Afrique Avenir - La femme et l’homme à égalité dans un nouveau Code de famille adopté au Mali
IRIN - Le nouveau code de la famille accueilli par des menaces de violence
Mali Jet - Vive protestations contre le nouveau code des personnes et de la famille : De l’ultimatum à la mise en garde

Pour en savoir plus :
- Mali : Révision du code de la famille : Quel sera le nouveau statut de la femme ?
- Femme, Islam et droit de la famille au Mali
- Code de la famille : le président Touré veut calmer le jeu

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