Maroc : Haro sur la pédophilie

La plupart des enfants victimes d’abus sexuels ont moins de 10 ans et 80 % de ces abus sont le fait même des membres de la famille de la victime. C’est du moins ce qui ressort d’un rapport rendu public par la Coalition contre les abus sexuels sur les enfants (COCASSE).

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La plupart des enfants victimes d’abus sexuels ont moins de 10 ans et 80 % de ces abus sont le fait même des membres de la famille de la victime. C’est du moins ce qui ressort d’un rapport rendu public lundi par la Coalition contre les abus sexuels sur les enfants (COCASSE). Constatant que le phénomène est en « ascension », ce jeune réseau prône de nombreuses réformes dont une refonte du code pénal vers une sévérité accrue des peines incriminant de tels actes.

Nombreux cas illustrant le phénomène cités par le rapport : abus sur trois fillettes de 6 ans de la part du surveillant général d’une école privée à Temara, abus sur une autre âgée de 5 ans de la part d’un homme âgé de 25 ans à Mohammedia, abus sur une autre fillette de 7 ans de la part d’un homme âgé de 30 ans à Attaouia (Kelaa Sraghna), viol d’un enfant de 9 ans par un paysan de 22 ans dans un champ situé à la Commune Ouled Frej (El Jadida).

Autres cas plus dramatiques, comme celui de ces 12 enfants dont l’âge ne dépasse pas 8 ans, et qui ont été abusés par leur instituteur dans une école privée à Salé..., ou de ce handicapé âgé de moins de 8 ans qui a été violé par un homme de 37 ans à Rabat. Le phénomène est illustré également par ce père qui abuse « incestueusement » de sa fillette de 12 ans à Marrakech.
Le cas le plus poignant relevé par le rapport concerne une fillette de 5 ans qui a été non seulement violée par un homme à Kelaa Sraghna, mais tuée ensuite.

Le phénomène provient d’individus, mais aussi de réseaux de pédophilie dont plusieurs ont été démantelés par les autorités, et dont certains sont dirigés par des étrangers. À titre d’exemple, les deux français gestionnaires d’un restaurant-bar de Marrakech qui a fait une cinquantaine de victimes, ou les Saoudiens qui ont abusé d’une trentaine de jeunes filles dont deux mineures. Nombreux cas de tournage de films pornographiques où sont impliqués des mineurs (es) ont été également cités par le rapport.
Le phénomène est en « aggravation », prévient la COCASSE. Le nombre de plaintes qui lui ont été soumises est en effet passé de 20 en 2006 à 30 en 2007.

Selon lui, nombreux facteurs engendrent le phénomène : violations des droits socio-économiques, non sévérité de la loi incriminant les crimes d’abus sexuels sur les enfants, prostitution enfantine, absence d’un plan national pour l’enfance et défaut d’éducation sur la sexualité et sur les droits de l’homme en général.

Comment alors renverser la tendance ? La COCASSE propose une panoplie de mesures, d’ordre pénal et éducatif notamment, pour lutter contre l’exploitation sexuelle des enfants.

Cela passe d’abord par l’adoption d’une législation adaptée sur les droits d’enfants et la sensibilisation de magistrats, avocats et agents de police, la lutte contre les réseaux de pédophilie, et l’implication renforcée des médias, notamment audiovisuels dans le débat public et sensibilisation sur la question.

La COCASSE préconise également la mobilisation de l’opinion publique pour dénoncer tous les cas d’abus sexuels.
La promotion de la convention internationale sur les droits de l’enfant et toutes les législations protégeant les enfants contre toutes les formes de violence et abus, notamment sexuels.
« On ne doit pas observer le silence face à ce phénomène toujours en hausse ; il faut tirer la sonnette d’alarme », suggère Khalid Cherkaoui Semmouni, coordinateur de la CORCASSE, lors de la présentation du rapport.

Quant à Latéfa Fiad, présidente de l’association Oubour, membre du réseau, il faut « mettre en place une institution dédiée à la protection des enfants contre les abus sexuels et adopter des politiques publiques urgentes de lutte et la prise en charge des victimes ».
Quant à Aicha Samir, présidente de l’association Africa pour la lutte contre le racisme, le phénomène « n’a pas de frontière et il faut que la société civile se mobilise et élabore aussi un manuel éducatif sur l’éducation sexuelle des enfants ».

Mais l’arsenal juridique existant ne s’applique pas convenablement, déplore Najia Adib, présidente de l’Association « Ne touche pas à mon enfant » qui préconise la suppression des conditions atténuantes et l’aggravation des peines prononcées contre les acteurs de ces crimes.
La responsable associative revendique également la formation de juges spécialisés dans ces crimes et l’accélération des procédures pénales.
Créée le 11 novembre 2006, la COCASSE réunit une cinquantaine d’associations marocaines et étrangères. Ses objectifs portent, entre autres, sur trois axes principaux, à savoir le renforcement de la législation en matière des droits de l’enfant, notamment le droit pénal pour durcir les sanctions contre les pédophiles.

Il s’agit aussi d’inciter les parties gouvernementale, administrative et judiciaire à prendre les mesures nécessaires, adéquates et surtout sévères contre les coupables, et lancer une réflexion sur les moyens à mettre en place, éventuellement, une police spécialisée dans ce domaine.
De même, les membres de la coalition ambitionnent de sensibiliser l’opinion publique sur ce genre de crime, particulièrement au niveau des écoles et des familles.

Mustapha Znaidi

Source : http://www.aivi.org/modules.php?op=modload&name=Reviews&file=index&req=showcontent&id=1226

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