Mettre fin à la violence sexuelle en RDC

Insoutenable horreur au quotidien pour les femmes en zone de guerre en RDC. Récits et diaporamas ...

Documents préparés à l’occasion du forum d’AWID organisé à Bangkok en octobre 2005.

Mme Annie Matundu-Mbambi : Femme Congolaise en Action ( Grande Bretagne)
Melle Modi Ntambwe : Femmes et Solutions pour Tous ( Belgique)
Mme Mulegwa Kinja : Réseau des Femmes pour le Droit de l’Homme et la Paix
( Suisse)
Mme Marie Mossi Mota : Réseau Action Femme ( RDC)

Le contexte de guerre qui a caractérisé la RDC pendant plusieurs années a entraîne avec lui son cortège de violences de toutes sortes dont les principales victimes sont les femmes et les jeunes filles.

Depuis les années 90, la RDC vit des moments difficiles allant à des arrestations arbitraires, à des conflits ethniques sur fonds de frustrations économiques, manipulées à des fins politiciennes et aux deux guerres successives 1996 et 1998, qui ont plongé le pays et ses habitants dans une situation indescriptible.

Un phénomène étonnant dans cette guerre sauvage aura été le viol des jeunes filles et des femmes. Dans la région du Nord de la RDC, les femmes sont devenues des cibles des hommes en uniforme et des inciviques et dans cette région l’impunité est érigée en règle d’or.

Le viol, comme vous les avez tous, est la dégradation la plus grave et la plus intimement ressentie par une femme.
Etant donné que les violeurs sont souvent des hommes en uniforme qui se sentent au-dessus de la loi, la femme violée se gardera bien de dénoncer cet acte.

Depuis 1996, plus d’un million des femmes ont été victimes des violences sexuelles et cela constitue des répercussions néfastes sur la santé reproductive des femmes car 80% des ces femmes violées sont contaminées par le VIH/SIDA.

Les conséquences des violences sexuelles ont entraîné des préjudices sur tous les plans.
Sur les plans émotif par exemple,quelques cas ont été dénombrés tels que : des dépressions, un faible estime en soi, de stress, des avortements non volontaires, la mortalité infantile, les infections sexuellement transmissibles, etc.… Ces violences sexuelles ont aussi emmené d’autres conséquences négatives. Sur le plan économique par exemple, le phénomène de Kwashiorkor, longtemps éradiqué, refait surface. Les femmes préfèrent se croître à la maison à la place d’aller accomplir leur devoir quotidien de nourrisse, par peur d’entre violée.

Après le mot d’introduction, des diaporamas cliquez ici pour le diaporama 1 et cliquez ici pour le diaporama 2concernant les viols des femmes et les atrocités subies par les personnes vivant à L’Est de la R.D.C. ont été projetés. Attention, contenu du diaporama très explicite. Un documentaire sans commentaire car les images parlent d’elles-mêmes Après ce documentaire, le récit sous forme d’un témoignage de la femme appelée ’Destinée’ a été lu par Melle Modi, la deuxième intervenante.
Vu la sensibilité de ce témoignage Melle Modi a préféré tourner le dos à la salle pour éviter les regards- croisés des participantes. Voici ce témoignage in texto :

Souffrance de Femme

J’ai laissé mon histoire à la génération future, je voudrais qu’un jour les femmes se souviennent de mon courage et qu’elles luttent pour que ce que j’ai vécu, aucune autre femme au monde ne puisse le vivre.’’Maman Destinée.’’

C’était un samedi matin, je me suis réveillée comme à la normale. Je suis allée prendre du bois derrière la maison et de là, j’ai entendu une voix en swahili qui m’a interpellée en disant " Femme ! Arrêtes- toi" je me suis arrêtée et j’ai vu un groupe de soldats habillés en tenue de combat, ils étaient plus d’une dizaine, ils ont commencé à avancer vers moi, j’ai commencé à trembler car au fond de moi, je me suis dit « Voilà aujourd’hui c’est mon tour. ». Saisi de peur, mon corps devenait lourd comme une pierre.
Ils m’ont demandé qui étaient dans la maison, j’ai répondu que toute ma famille était à l’intérieur de la maison. Celui qui avait l’air d’être le commandant m’a demandé d’aller avec eux à l’intérieur de la maison, et là, mon mari, mon beau-père, mon fils et mes deux filles s’y trouvaient.
Ils m’ont ordonné de me coucher par terre et exigé que mon fils me fasse l’amour, sinon j’allais être tuée. Mon beau-père, surpris et choqué par cette parole barbare, répondit Non, et on lui répliqua par un coup de crosse de fusil à la tête. Après, on l’obligea à son tour à coucher avec ma fille aînée bien aimée, il répliqua forcément Non ! et il a été abattu sur le champ !
A mon mari, il fut ordonné de coucher avec ma fille et il refusa, mon fils qui refusa aussi de coucher avec moi fut mis au coin du mur, alors leur commandant ordonna à tous les autres militaires de se mettre en file, mon mari fut couché par terre pour servir de matelas. Les 15 militaires passèrent sur moi à tour de rôle et je fus laissée pour morte une fois cette horreur terminée. A la fin, mon mari et mon fils furent tués l’un après l’autre et mes filles furent violées à leur tour.

Faible à mourir, le commandant ordonna que je sois transportée et partir avec eux. Nous sommes alors partis très loin dans la forêt où, j’ai servi de femme esclave et de bonne à tout faire.
Après un temps que je peux imaginer de 2 à 3 mois, j’ai réussi à m’enfuir avec un tissu en pagne pour cacher ma nudité qui ne me servait plus à rien car toute ma dignité de femme était déjà finie. Je me suis retrouvée dans un petit village près de l’Ituri après avoir bravé pluie, soleil, froid, serpents, moustiques, maux de têtes etc.… Je me suis retrouvée à Kinshasa où quelques jours après j’ai été prise en charge par l’hôpital Général de Kinshasa.

"Cette femme mourra sur son lit d’opération"

Quant à la troisième intervenante Mme Kinja, elle a fait le récit de violences sexuelles vécues par les femmes en RDC et de son expérience sur le terrain dans cette région de L’Est de la République Démocratique du Congo
Bien que son témoignage date de 2003, sa validité, ses implications sont toujours d’actualité et valable parce que la situation n’a pas changé jusqu’à nos jours.
Toutes les estimations venant des organisations différentes s’accorde à dire que qu’il y a au moins 4 millions des morts.
Les femmes paient un prix plus grand que les hommes dans cette guerre.Comme femme, elles sont violées, les filles et de fois même des enfants sont violes, et les mères des familles sont obligées de s’accoupler avec leurs garçons sous les yeux des agresseurs, les filles sont aussi forcées de s’accoupler avec leurs pères.

En tant qu’épouses beaucoup des femmes sont veuves et sans assistances et sans ressources. Etant que mère de familles, ses leurs enfants qui sont enrôlés de force dans les milices.
A l’Est de la République Démocratique du Congo, chaque famille est meurtrie : mort d’un père, d’un frère, d’une sœur, d’un cousin, d’une tante etc.…

Ces femmes, souffrent de quatre choses :
1 Traumatisme post- viol, qu’elles endurent encore jusqu’aujourd’hui et qui les empêchent de se reconstituer
2. Stigmate de ces viols est encore présent dans leur corps tout simplement les organes sexuels ont été mutilés.
3. Le rejet de ces femmes par la société, par exemple beaucoup des maris ont divorcés avec leurs femmes quand ils ont appris, quelles ont été violées.
4. Hantise de ces femmes d’avoir contracté les virus du sida, car ne l’oublions pas que le Sida est une arme de guerre qui est utilisé par les agresseurs.

Le plus dur pour Mme Kinja a été la rencontre avec les jeunes filles. Ces innocentes filles ont été violées et d’autres ont été amenées de force par les agresseurs comme esclaves sexuelles. Les agresseurs ont volés à ces jeunes filles deux choses : leurs innocences et leur enfance.

Mme Kinja a conclu son intervention, en rappelant qu’il est vrai que la Communauté Internationale s’est investie, que la fin de la guerre a été théoriquement proclamée, L’Est de la République Démocratique du Congo est toujours en proie à l’insécurité et à l’instabilité.
L’incursion de l’armée Rwandaise, les milices incontrôlés continuent de rependre l’instabilité et l’insécurité.

Quant à la quatrième intervenante Mme Marie ; elle a centré son intervention sur les stratégies du terrain avec ce mot :
Nous, alliant à ce que les collègues ont pu relever à la souffrance q’endure la femme Congolaise, par rapport à la situation de guerre que connaît la RDC depuis 1998, et comme les participantes ont eu à le suivre dans le documentaire, les plus exposés sont les femmes et les jeunes filles car les violences sexuelles faites à leur égard ont été utilisées comme une arme de guerre.

Vu cette situation, les organisations féminines qui se trouvent à l’Est de la RDC, là où il y a la guerre, s’étaient soulevées pour dire non aux violences sexuelles et aussi apporté une assistance aux victimes.
En 2002, il y a eu une séance de partage entre les organisations venant de BUKAVU, SUD KIVU et avec le Réseau Action Femme de KINSHASA pour étudier les voies et moyens qui pouvaient les aider à mener des actions en solidarités afin de mettre fin aux violences sexuelles faites aux Femmes en R.D.C. Ces organisations de Bukavu travaillent au sein de la coalition de lutte contre les violences sexuelles.

Quelques actions ont été menées telles que :

- Une action de plaidoyer pour le Réseau Action Femme à Kinshasa, siège des institutions pour une mobilisation de toutes en faveur de l’Assistance aux victimes.

- Une mission conjointe Gouvernement-Ong locales et Systèmes des Nations Unies a été organisé en Août 2003 dans les différentes provinces où il y a la guerre pour faire l’état de lieu des violences sexuelles. Il s’agit des provinces du Nord et Sud Kivu, Katanga, Maniema, Equateur et la Province Orientale ainsi que celle de Kinshasa. L’objet de la mission était de rencontrer les victimes enfin de connaître leurs besoins pour une meilleure prise en charge.

- Un atelier des Nations- Unies a été organisé à Kinshasa, pour la mise en commun des informations récoltées sur terrain enfin d’élaborer un Programme National d’Appui aux victimes des violences sexuelles.

- Une initiative conjointe de lutte contre les violences sexuelles est coordonnée par le Fonds des Nations Unies pour la Population ( UNFPA) a été présentée à toute la Communauté Nationale et Internationale.

- Le 8 Mars 2004, lors de la célébration de la Journée Internationale de la Femme, les pagnes ont été produits et vendus dont le 2% ont été reservés à l’assistance aux victimes. Au même mois, des descentes en Provinces ont été réalisées pour apporter cette assistance.

- La dernière Action menée a été l’Elaboration d’une Proposition de Projet de Loi de répressions des violences sexuelles qui est déjà déposé au Parlement de la R.D.C pour son adoption.

Cinq autres volets sont organisés dans le cadre de cette initiative où les acteurs locaux et Internationaux participent pour apporter leur assistance
Il s’agit du volet

- Psycho social,

- Médico sanitaire,

- Economique,

- Juridique

- Sécuritaire.

Actuellement, les victimes sont entrain d’être encadrées.
Mme Marie a remercié toutes les organisations qui appuient les victimes et les rescapes de la RDC, en particulier la Belgique, qui finance le projet cadre de l’initiative qui couvre 3 provinces à savoir la Province Orientale, Equateur et Maniema.

Après une série d’interventions venant des participantes sous formes de récits et de collaboration entre les autres organisations, la réunion s’est terminée par une idée d’organiser une Conférence Régionale Pour L’Afrique où les Femmes Africaines peuvent chercher des solutions pour mettre fin à la violence faite aux femmes.

Compte rendu de la séance du 30 octobre 2005, Forum AWID, Bangkok
Rapporteur : Mme ANNIE Matundu-Mbambi, Femme Congolaise en Action, email congofeme chez yahoo.co.uk

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