Mois de mars, « mois des femmes »…

Le mois de mars est, cette année comme les autres, riche en évènements et célébrations dédiées aux droits des femmes. Genre en Action était à Kinshasa au 2ème Forum mondial des femmes, à Montréal pour les 30 ans du Comité québécois femmes et développement, et à New York pour la CSW 58. Compte-rendu.

Le mois de mars est, cette année comme les autres, riche en évènements, célébrations et réunions dédiées à l’égalité de genre et aux droits des femmes. Des évènements institutionnels (Forum mondial des femmes à Kinshasa, Commission sur le Statut des femmes à New York) à ceux organisés par la société civile, quel est le bilan à la mi-mars ?

Nouvelles avancées, nouvelles réflexions, mais aussi nouveaux reculs et nouveaux enjeux ; où en sont les droits des femmes et l’égalité ?

Kinshasa : 2nd Forum Mondial des Femmes Francophones

Le mois de mars a commencé par la seconde édition du Forum Mondial des Femmes Francophones, organisé par le Ministère français de la Francophonie, la République Démocratique du Congo et l’Organisation Internationale de la Francophonie à Kinshasa, les 3 et 4 mars derniers.

Ce forum visait à rassembler les femmes francophones autour des enjeux actuels pour les droits des femmes et l’égalité, notamment en lien avec le rôle des femmes comme actrices du développement, à travers les thématiques de l’éducation, la paix et des pouvoirs.

L’évènement a-t-il été réellement à la hauteur de nos attentes, nous, membres de la société civile francophone ? Oui… et non.

Oui, parce qu’une occasion de se rencontrer est toujours bonne à prendre, et que ces espaces de rencontre permettent l’échange d’expériences et d’opinions, la naissance de nouvelles idées, l’émergence de nouveaux partenariats… Et parce que la déclaration finale du forum, qui sera remise aux Chefs d’Etats et de Gouvernements de la Francophonie avant le prochain Sommet de Dakar (novembre 2014), met l’accent sur l’importance d’un objectif dédié et de la transversalisation du genre dans l’agenda post-2015, et invite les Etats à « engager un travail de budgétisation sensible au genre » pour une meilleure traçabilité des mesures en faveur de l’égalité.

Non, parce que cette rencontre aurait pu (et dû) nous permettre de définir avec précision et avec plus de force nos enjeux, nos attentes, nos priorités et nos recommandations, et que cet objectif n’est qu’à moitié atteint. A notre grand regret, l’équilibre de parole entre les grandes figures politiques ou associées et la société civile n’a pas été réalisé, et le temps d’échanges entre les acteurs et actrices de la société civile ont été trop limités au profit de discours politiques déjà entendus. Pourquoi ne pas utiliser cet espace pour continuer à faire émerger les voix des « sans-voix » ? Une énième rencontre officielle est-elle nécessaire lorsque l’on pourrait rendre visibles réellement les enjeux rencontrés par les femmes francophones dans leurs pays, leurs contextes, leurs cultures ?

Montréal : bilan de 30 ans d’engagement du Québec pour l’égalité f/h dans le monde

A Montréal, les 6 et 7 mars, la Commission Québécoise Femmes et Développement (CQQFD) de l’Association Québécoise des Organismes de Coopération Internationale a organisé le colloque :« Coopérer pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans le monde : 30 ans de défis et de réalisations ».

Cet événement a rassemblé plus de 150 personnes, du Québec mais aussi d’ailleurs (Burkina Faso, France, Haïti, Indonésie, Maroc, Sénégal…), qui ont échangé et réfléchi ensemble sur les initiatives menées dans les pays en développement sur le thème des droits des femmes, mais aussi sur les actualités et enjeux au Québec et dans le monde pour les droits des femmes et l’égalité, face à la montée des conservatismes, et dans le cadre des processus internationaux en cours (agenda post-2015, ICPD+20…).

Danièle Magloire, féministe et militante en Haïti, a rappelé les enjeux du travail informel des femmes, du tourisme sexuel qui touche de plus en plus les jeunes femmes, et la nécessité que les mouvements féministes continuent à agir dans une dynamique proactive et optimiste.

Autre sujet clé, la diminution des financements destinés aux organisations et mouvements de femmes et de la société civile : « nous avons du plaisir à militer, mais il faut avoir conscience que ça coûte de l’argent et que nous avons besoin de fonds », rappelle Michèle Asselin, militante de la Marche Mondiale des Femmes.

La question de la nécessité de pouvoir mesurer les résultats des actions publiques et des projets mis en œuvre sur le terrain a également été abordée : un enjeu de l’agenda post-2015 est d’en faire un outil concret de mesure des avancées et progrès en faveur de l’égalité !

A New-York, la 58ème Commission sur le statut des femmes : un évènement clé dans la préparation de l’agenda post-2015

E ce moment à New-York, les enjeux émergent au lancement des négociations. La Côte d’Ivoire a annoncé engager un processus de budgétisation sensible au genre. Le Burkina Faso a rappelé la grande nécessité de passer « d’une vision politique et économique du social à une vision sociale du politique et de l’économique ». Le Mali a affirmé sa volonté d’assurer la participation des femmes dans la reconstruction du pays. La Suisse a invité ses semblables à transversaliser l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’agenda post-2015. La France a insisté sur l’urgence de garantir les droits sexuels et reproductifs des femmes, y compris le droit à l’avortement sûr et légal

En dépit d’avancées positives (le nouveau projet prend en compte les filles, l’accès à la terre et à l’héritage, reconnaît l’intersectionnalité des discriminations, mentionne les droits sexuels et reproductifs, et met l’accent sur les politiques macro-économiques et leur impact sur le genre ainsi que la reconnaissance du travail non rémunéré), ces premières révisions font ré-émerger plusieurs enjeux sur lesquels la mobilisation doit être renforcée pour les négociations. (voir le dossier AWID)

L’enjeu des moyens et des financements disponibles est bien présent : alors que la première version invitait les Etats à « augmenter significativement les ressources pour les organisations de femmes pour la promotion et l’avancement des droits des femmes », une coalition d’Etats (Russie, USA, Caraïbes) a réussi à limiter cet engagement à un « appui aux organisations de la société civile », sans considération de son augmentation ou non.

L’accès à l’avortement sûr, quant à lui, est conditionné par son autorisation par la loi nationale - alors que l’on connaît les conséquences des avortements clandestins -, sans tout simplement se prévaloir du droit des femmes à disposer de leur corps…

Enfin, la question du suivi de l’agenda post-2015 apparaît mais la société civile (observatoires, centres de recherche, associations…) n’y est pas du tout associée en dépit de son rôle évident de veille sur la mise en œuvre des engagements des Etats.

Autant d’enjeux toujours d’actualité aujourd’hui soulignent l’importance et l’urgence de renforcer la mobilisation en faveur d’une égalité entre les femmes et les hommes effective, de la promotion et la garantie des droits universels des femmes et de l’acquisition de nouveaux droits.

L’agenda post-2015 sera une étape clé pour entériner de nouveaux engagements et définir la place du genre dans les 15 prochaines années…

Les droits des femmes, ce n’est pas en mars qu’il faut en parler, c’est toute l’année !

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