Mutilations génitales féminines et droits humains en Afrique

On estime, à environ 115 millions, le nombre de femmes qui, dans le monde, ont subi des mutilations génitales au nom de traditions culturelles et religieuses. Comment les expliquer ? Comment les combattre ?

Généralement pratiquées sur des fillettes, les mutilations génitales féminines peuvent aussi être pratiquées sur des adultes. Elles se retrouvent surtout en Afrique, toutes ethnies et religions confondues, mais ont également lieu dans d’autres régions du monde, y compris en Europe. Ces pratiques entraînent des lésions qui affectent les capacités sexuelles et reproductives des femmes et elles portent atteinte à l’intégrité physique de leur corps.

Beaucoup de débats ont eu lieu autour de la terminologie utilisée lorsqu’il est question d’excision : mutilation génitale ou circoncision féminine ? Les résistances les plus fortes, portent sur le terme de « mutilation » qui est considéré comme une injure aux valeurs culturelles. Aujourd’hui, on récuse aussi le terme de circoncision féminine, concept qui rapproche la pratique de l’excision à celle de la circoncision masculine, pourtant très différente dans sa nature et dans sa signification. Il existe en fait trois types d’opérations :
-  La type I : la clitoridectomie
-  La Type II : l’excision
-  La Type II : l’infibulation

Mais comment s’explique cette pratique ? L’excision se justifie par un système de contrôle du corps, de la sexualité et de la fécondité des femmes, profondément ancré dans les mentalités. La domination masculine, présente dans tous les codes de famille coutumiers ou modernes africains, y compris dans le système matriarcal, s’exerce en effet à travers l’appropriation et le contrôle de la fécondité de la femme et, donc de son corps, durant sa période de fécondité. Les mutilations génitales féminines relèvent de ce contrôle.

Les débats sur les mutilations génitales féminines, pourtant initiés depuis près d’un quart de siècle, sont encore entachés de tabou, de répugnance, voire d’agacement, et la prise de décision légale reste longue à prendre. Il existe toujours des difficultés liées à la réticence des États, au poids des idéologies politiques, culturelles et religieuses, mais aussi à la pression des politiques d’ajustement structurel sur les dépenses de santé.

Pour lutter contre cette pratique, plusieurs stratégies « acceptables » pour les Etats ont été utilisées, comme par exemple associer l’excision à d’autres pratiques « néfastes » qui affectent la santé de la mère et de l’enfant, ou encore mettre en avant les risques encourus pour la santé des femmes. Dans certains cas, la médicalisation de l’acte a même été proposée.

Cependant, étant donné le peu d’Etats qui ont pris des mesure pénales efficaces, ces démarches n’ont pas permis de faire vraiment reculer la pratique.
Or, on ne peut plus, aujourd’hui, se contenter de laisser faire le temps pour changer les mentalités. Il devient plus qu’urgent de réussir à abolir les mutilations génitales féminines et à les pénaliser.

Evoquer les mutilations génitales féminines en termes de santé reproductive ou de valeurs culturelles et religieuses ne suffit pas. C’est en adoptant une approche de droits humains qu’il faut les condamner. L’abolition des mutilations génitales féminines relève en effet du droit à l’intégrité physique et morale. Il s’agit d’un droit humain fondamental.

Il faut apprendre aux femmes à refuser l’oppression au nom de la religion et de la culture. La loi est pour cela un outil essentiel. Il faut donc la mettre à la disposition des femmes. Mais il est aussi nécessaire que les africaines utilisent tout l’arsenal juridique déjà existant.

P.-S.

Cet article résume un texte de Fatou Sow, paru dans le numéro 5 de la revue Labrys, Etudes féministes, en janvier/ juillet 2004.

Pour lire le texte dans son intégralité, cliquez
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