Ne pas baisser les bras malgré un viol qui l’a rendue séropositive

Un témoignage de Christine Sikiuyuwa, congolaise, violée et affectée par le VIH/sida. Elle vit avec le virus depuis 5 ans entre sa lutte pour réclamer plus d’engagement de l’Etat, son combat contre la stigmatisation, sa lutte après d’une organisation et le désir de vivre parmi ses enfants avec un travail décent.

Quand on veut savoir quel rêve Christine Sikiuyuwa nourrit pour son avenir, elle répond avec assurance qu’elle veut d’un foyer avec plusieurs enfants et d’un travail décent. Elle ajoute avec un peu de tristesse que le gouvernement congolais aurait dû prendre en charge médicalement les personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Elle vit avec le virus depuis près de cinq ans.
La prise en charge des PVVIH n’est pas adaptée aux réalités congolaises. Pour accéder aux antirétroviraux, il faut débourser actuellement près de 4500 francs congolais, l’équivalent de cinq dollars américains par mois, raconte Christine Sikiuyuwa. Autrefois, l’accès était gratuit, reconnaît-elle. Au début de 2010, les PVVIH et les partenaires engagés dans la lutte ont organisé une marche pour réclamer davantage d’accès pour les PVVIH aux traitements antirétroviraux. Cette marche a été rééditée en décembre dernier.
Christine Sikiuyuwa y a pris part. Dans le document soumis au gouvernement congolais, les manifestants réclament plus d’engagement de l’Etat. En effet, sur 364 590 Congolais recensés vivant avec le VIH et qui sont dans un état critique où l’infection nécessite le traitement aux antirétroviraux, seules 30 000 d’entre eux en bénéficient. Ce qui représente moins de 10%.
Pour cette jeune femme, le gouvernement doit réagir. La RDC, qui a signé le protocole de la SADC sur le Genre et le Développement, estime-t-elle, est appelée à avoir une stratégie sensible au genre pour assurer l’accès universel des traitements antirétroviraux aux femmes, hommes, garçons et filles et aussi pour prévenir de nouvelles infections.
Infectée au cours d’un viol à son domicile, Christine Sikiuyuwa a vécu la stigmatisation. « Après ce viol qui a eu lieu quand un groupe de voleurs est entré par effraction chez moi, j’étais perturbée et déstabilisée. On m’a conseillée de déménager. Je suis allée vivre chez une parente. Pendant la période où j’étais médicalement suivie, le médecin m’a fait faire un test de dépistage au VIH/SIDA. Mais il ne m’a pas divulgué les résultats. Comme je venais d’être violée, lui et deux de mes parentes à qui il en avait parlé, craignaient ma réaction. Mais dans la maison où je vivais, des dispositions ont été prises pour me mettre presque en quarantaine. Je devais rester seule dans une chambre et je n’avais même plus le droit de m’occuper de mon bébé. Car, j’allaitais quand j’ai été violée. Mon fils n’avait que trois mois quand cela m’est arrivée, » raconte-t-elle.
Elle a vécu cette stigmatisation jusqu’au jour où elle a décidé d’aller voir le médecin seule. Il lui a fait refaire un test qui s’est avéré positif. « C’était dur à accepter. Mais cela m’a permis de comprendre l’attitude de mes proches vis-à-vis de moi. Suite aux conseils de mon médecin, j’ai repris des forces et j’ai décidé de me reprendre en main, surtout que j’ai un fils qui a besoin de mon affection. Aujourd’hui, mon fils a six ans et demi et va à l’école. Il est ma joie de vivre. »
Christine Sikiuyuwa a décidé de s’engager dans la lutte contre le VIH/SIDA. En 2010, Amo Congo, une organisation qui lutte contre le VIH/SIDA en RDC lui a confié un programme de sensibilisation dans les hôtels, les bistrots, les terrasses de Kinshasa, la capitale de la RDC. « Avec mon équipe, nous avons sensibilisé les professionnels (elles) du sexe, distribué des préservatifs féminins et masculins. Nous l’avons fait chaque soir pendant près de six mois. Dans la journée, je vaquais à mes activités habituelles, à savoir l’accompagnement des cas sociaux avec des visites à domicile et du counselling auprès de nouveaux PVVIH. Ce volet est aussi important dans la mesure où les personnes infectées n’acceptent pas facilement le fait qu’elles peuvent vivre positivement leur séropositivité et espérer guérir car les recherches médicales se poursuivent. Quand nous les abordons, nous les amenons à s’accepter telles qu’elles sont et à les inciter à mener une vie positive. Quand les PVVIH se retrouvent, elles s’expriment librement et se confient plus facilement. »
A 35 ans, Christine Sikiuyuwa est toujours bien habillée. De plus, elle ne fait pas du tout son âge. Elle compte bien continuer ainsi : prendre soin d’elle pour que son rêve se réalise. « Je suis forte en affaires. Je compte relancer mes activités commerciales. Mais si une opportunité de travail permanent et décent se présente à moi, je ne refuserai pas. Je poursuivrai aussi mon engagement dans la lutte contre le VIH/SIDA. Mon témoignage, j’en suis convaincue, aidera beaucoup de personnes dans ce pays où les violences sexuelles sont devenues le fléau numéro Un envers les femmes », conclut-elle.
Cet article fait partie du service d’opinions de genderlinks
Anna Mayimona

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Source : l’observateur

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