Nouveau gouvernement de Côte d’Ivoire : les femmes se sont encore fait avoir

Depuis la fin de la crise postélectorale marquée par la capture de l’ex-président Laurent Gbagbo en avril 2011, la quasi-totalité des ivoirien-ne-s ont emprunté le chemin de la réconciliation et de la reconstruction. L’ensemble de la population attendait l’équipe de choc du président Alassane Ouattara pour son premier vrai gouvernement. L’article de M. Kouakou Kan, membre du Réseau Genre en Action, revient sur les inquiétudes liées à la participation des femmes dans la politique en Côte d’Ivoire.


Ce nouveau gouvernement annoncé pour l’après investiture n’a laissé que peu de temps aux spéculations. En effet, prévue pour la mi-juin, c’est finalement ce mercredi 1er juin 2011 que le secrétaire général de la présidence a rendu publique la liste des membres du Gouvernement du 1er Ministre Guillaume Soro. Ce gouvernement soulève plusieurs inquiétudes, notamment celle de la participation des femmes.

Des visages connus, reconnus, inconnus et méconnus.
Sans grande surprise, ce gouvernement élargi à 36 membres présente certains visages connus du grand public ivoiriens et d’autres inconnus ou méconnus des habitants. Il y a également ceux qui conservent leur poste et ceux qui ont tout simplement changé de poste. On assiste au retour d’anciennes personnalités, en effet on reconnait des noms et visages. Cependant, entre ministères d’Etat et postes clés du gouvernement, un genre ministre se faire rare, ou presqu’absent ; la gente féminine.

Les femmes peuvent toujours rêver !
Les gouvernements se succèdent et les femmes, elles restent presqu’invisibles. On est loin, bien loin même, des 30% de représentativité féminine prônés dans la plupart des accords et textes internationaux et autres conventions ratifiés par la Côte d’ivoire. C’est bien triste pour les femmes, qui quelque soit ce qu’elles sacrifient, ne sont toujours pas récompensées à la juste hauteur de leurs efforts. Nul ne peut douter du rôle déterminant des femmes de la Côte d’Ivoire dans la prise du pouvoir par Alassane Ouattara ; on se souvient justement de ces désormais célèbres huit femmes tuées à Abobo en mars 2011 qui ne réclamaient que le verdict des urnes des élections du 28 Novembre 2010.
Avec seulement 5 femmes sur 36 Ministres, soit 13,88% du point de vue de présence féminine dans ce nouveau gouvernement chargé de réconcilier et de reconstruire la Côte d’Ivoire, les femmes peuvent toujours rêver, car c’est la seule chose qu’on ne peut pas leur promettre. Atteindre 30% de représentativité féminine dans les instances de grandes décisions, un rêve pieux pour les femmes ? En tous les cas, c’est ce message que semblent leur transmettre les politiciens ivoiriens sans distinction.

Mixité n’est pas parité et parité n’est pas le genre.
Il ne suffit pas de confier des postes à des femmes dans un gouvernement pour que l’on parle de prise en compte du genre. A la lecture de la composition du gouvernement (aucune femme à un poste clé), on note également l’absence de femme ministre d’Etat, comme pour signifier que les femmes ne peuvent pas encore exercer certaines fonctions, même dans un gouvernement formé par un ancien dirigeant du FMI (Fonds Monétaire International).
Si les femmes sont dans le gouvernement, c’est sans doute pour répondre au slogan de la promotion du genre au regard des départements qui leur sont confiées. On observe toujours des fonctions stéréotypées des femmes à l’éducation nationale, à la promotion de la femme, ou encore à la santé et la salubrité publique. En bref, les femmes ne savent que faire cela. Un exemple pour illustrer ces propos : à l’Education nationale, si la ministre échoue, on la jugera trop juste dans un monde d’hommes, et à contrario, si elle s’en sort, on saluera le choix judicieux du président de la République.

Un gouvernement d’union déjà fragile.
Il revient aux femmes de dénoncer la fragilité de ce gouvernement, qui non seulement ne prend pas en compte les prescriptions de la société civile, à savoir une équipe de 25 membres, mais qui ressemble beaucoup plus à groupe élargi de récipiendaires après service rendu. On n’a pas vraiment misé sur la technocratie et la compétence comme annoncé. En tout état de cause, ce premier gouvernement Ouattara ne reflète d’aucune façon toutes les promesses faites lors de la campagne présidentielle et autres discours solennels. Ce gouvernement de large ouverture en nombre n’est qu’un écran de fumée qui cache la prochaine crise sociale en Côte d’Ivoire.
En attendant mieux, regardons le gouvernement au travail !

***

Auteur : Armand KOUAKOU KAN
Mail : arnesta07 chez yahoo.fr

A propos de l’auteur :
M. Kouakou Kan est économiste, diplômé d’Etudes Supérieures Spécialisées en Genre et Protection de la Femme.
Chargé de la Prospective et de la Planification Stratégique, à l’APROGED (Association Pour la Promotion du Genre et du Développement) depuis 2007.
Responsable de Millennia2015 Côte d’Ivoire ; Exercice Mondiale de prospective en vue de l’autonomisation de la femme.
Membre du Réseau Genre en Action.
Membre du CODESRIA (Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique).

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