OUGANDA : L’abstinence se heurte à la réalité lorsque les femmes sont impuissantes

Des dizaines de milliers d’élèves ougandais se sont inscrits dans des clubs ’L’amour véritable attend’ qui présentent l’abstinence sexuelle comme le moyen d’arrêter la propagation du VIH/SIDA. Est-ce un moyen réaliste de combattre le SIDA ?

Evelyn Kiapi Matsamura

KAMPALA, 17 mai (IPS)

Chaque élève membre a pris ’’l’engagement vis-à-vis de Dieu, de moi-même, de ma famille, de mon pays, de mes amis, de mon futur conjoint et de mes futurs enfants, d’être sexuellement pur jusqu’au jour où je me donnerai seulement à mon partenaire de mariage dans une relation matrimoniale commode’’.

Les clubs, dans des écoles à l’intérieur et hors de la capitale ougandaise, Kampala, ont été lancés par ’Family Life Network’ (Réseau pour une vie familiale) : une organisation non gouvernementale (ONG) oecuménique du pays qui cherche à ’’rehausser la fibre morale de la société ougandaise à travers la famille’’. Ceux qui font le vœu reçoivent des ’’cartes d’engagement à l’abstinence’’.

Selon le directeur exécutif Stephen Langa, quelque 13.000 élèves du secondaire (âgés de 13 à 20 ans) se sont inscrits à Kampala seule en une année.

L’Ouganda faisait partie des points chauds du monde en matière de VIH/SIDA dans les années 1980 et 1990. Mais il a opéré un retournement de situation remarquable avec une stratégie dénommée ABC — ou abstinence, fidélité ou utilisation de condom.

De plus de 20 pour cent au début des années 90, la prévalence de VIH est tombée à cinq pour cent aujourd’hui, ce qui, selon des experts, était le résultat d’un soutien hardi du gouvernement à une politique sexuelle sans risque qui encourageait l’utilisation du condom.

Toutefois, la stratégie de marketing social du condom a changé considérablement l’année dernière — insistant sur l’abstinence sexuelle, avec des messages sur l’utilisation du condom adressés aux groupes à haut risque.

’’En tant que féministe, je crois fermement que le programme d’abstinence ne prend pas en considération la réalité dans le pays, qui est que la sexualité des femmes est contrôlée par les hommes’’, a déclaré Salome Nakaweesi Kimbugwe, coordonnatrice de ’Uganda Women’s Network’ (Réseau des femmes de l’Ouganda - UWONET).

’’Comment une femme s’abstiendra-t-elle si elle ne contrôle même pas son corps ? (Si) elle ne décide pas de quand, où, comment et avec qui avoir des relations sexuelles ?’’, a-t-elle demandé.

’’Les femmes en Ouganda n’ont pas encore pleins pouvoirs pour prendre des décisions concernant leur sexualité — pour être à même de refuser des rapports sexuels...Ici, les femmes ne sont pas autorisées à parler de sexe’’, a ajouté Kimbugwe, dans un entretien avec IPS.

Des pratiques culturelles renforcent également le patriarcat.

En Afrique centrale et orientale, il est obligatoire que les sengas (les tantes maternelles qui enseignent aux adolescentes les techniques sexuelles) préparent des filles âgées d’à peine 13 ans à rester toujours soumises.

Les femmes qui ont été interrogées par IPS ont exprimé leur impuissance.

’’S’abstenir d’avoir des rapports sexuels ?’’, a demandé, surprise, Ida Nakabugo, 23 ans, une habitante de Mengo, l’une des banlieues de Kampala. ’’Comment puis-je faire cela ? Mon mari me battrait et me chasserait de la maison’’.

Egalement mère de trois enfants, elle croit fermement que ’’tous les hommes trichent’’ dans le mariage, et exposent leurs épouses au virus du VIH.

’’Mais que pouvez-vous faire ? Il est votre mari. Ces (infections du VIH) font partie des risques que nous prenons dans le mariage. Ma plus grande inquiétude a rapport à mes enfants’’, se lamente-t-elle.

Adams Ochaya, un étudiant de troisième année à l’Université de Makerere, a fait remarquer : ’’Vous ne pouvez pas parler d’abstinence lorsque la pauvreté existe toujours. Les gens sont pauvres, et une femme pourrait ne pas dire non aux rapports sexuels si elle pense pouvoir retirer quelque chose de cela’’.

Ochaya faisait allusion au phénomène de ’’sugar daddies’’ (papa sucre) qui est relativement courant en Ouganda, où une jeune femme a volontairement des relations sexuelles à long terme avec un homme plus âgé qui lui donne de l’argent et des biens matériels en échange.

L’équité de genre et l’émancipation des femmes est l’objectif numéro trois des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Selon le dernier rapport du PNUD intitulé ’Rapport sur les progrès du pays sur les OMD’ (2003), les femmes sont désavantagées par les travaux domestiques, le mariage précoce et la grossesse.

La pauvreté, la culture et la religion imposent aux parents ougandais de marier toujours les enfants avant qu’ils n’aient l’âge de 18 ans.

’’Je pense que nous devrions donner aux femmes et aux filles plus de choix dans la prise de décisions les concernant. Malheureusement, l’abstinence ne permet pas aux femmes et aux filles de prendre des décisions’’, souligne Kimbugwe de l’UWONET.

L’année dernière, des activistes avaient exhorté vivement le gouvernement à promulguer le Projet de loi sur les relations conjugales (DRB) et le Projet de loi sur les délits sexuels en souffrance depuis longtemps. Le premier traite de la polygamie, du prix de la dot, de la cohabitation, du viol de la femme par son époux, de la mutilation génitale de la femme.

En juin 2005, l’ONG ’Human Rights Watch’ basée à New York a également exhorté le parlement ougandais à débattre du DRB. Sa disposition sur le ’’viol de la femme par son époux en particulier, est exactement le type de réforme que quiconque ayant à cœur l’arrêt de la propagation du VIH/SIDA et la promotion des droits des femmes, devrait soutenir’’, indique le rapport.

’’Ayant moisi au parlement pendant plus d’une décennie, il est temps d’agir au sujet du DRB’’. (FIN/2006)

Source : http://www.ipsnews.net/fr/_note.asp?idnews=3110

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