Où sont les femmes ?

Dans le nouveau gouvernement français, les femmes brillent par leur absence quasi-totale... Dans sa chronique dans le Monde, Eric Fottorino commente.

par Eric Fottorino
LE MONDE | 08.06.05 | 14h18

Les femmes sont partout. Dans la rue. Dans les stades et sur les courts de tennis. Dans les universités et dans les entreprises. En robe noire au barreau, en robe blanche les jours de noce. Dans l’actualité. Dans l’excellence souvent. A la devanture des librairies, à la "une" des journaux. Dans les labos, dans les bureaux. Dans les pensées des hommes, surtout au printemps. Elles sont partout, les femmes. Sauf au gouvernement.

En décortiquant la liste des ministres estampillés Villepin, on ne peut que faire un simple constat : cette équipe de choc dédiée à la lutte pour l’emploi a mis le sexe dit "faible" au chômage. Ce n’est pas la première fois que les femmes font les frais des grandes lessives politiques au sommet de l’Etat.

On a gardé le souvenir des Juppettes du temps où l’ancien maire de Bordeaux se voyait sur orbite présidentielle à Matignon. Un remaniement les avait éliminées sans grand ménagement. La nouvelle donne qui a suivi le non au référendum du 29 mai montre que les moeurs des politiques n’ont pas changé.

On a beau en France se gargariser avec les notions de parité ou de non-discrimination entre les sexes, il apparaît tout le contraire. Le pouvoir resserré sur ses ego pas très égaux fait la part belle aux mecs. La patrie est en danger, les femmes et les enfants dehors, zallez voir comment on va lui tordre le cou, au taux de chômage à deux chiffres. Reculez, mesdames, des fois que vous prendriez un mauvais indice sur le coin du nez. Laissez-nous à la manoeuvre, ergots acérés, pas question d’ergoter, montrez- vous compréhensives, la situation est assez difficile comme ça.

Au final, deux femmes seulement ont rang de ministre : Michèle Alliot-Marie, qui rempile à la défense, et Nelly Olin, qui troque l’intégration, l’égalité des chances et la lutte contre l’exclusion pour s’occuper, noble mission, de l’écologie et du développement durable. Sans ces deux rescapées, la liste des vrais ministres serait donc exclusivement masculine. Pour un peu, on aurait eu un gouvernement passant par-dessus ce qui fait la substance de nos sociétés depuis l’école maternelle : la mixité. Ne parlons donc pas de parité, l’idée n’a visiblement pas effleuré les responsables du dernier casting officiel.

Quatre femmes occupent des postes de ministre délégué : au commerce extérieur, à la coopération, aux affaires européennes et à la cohésion sociale. C’est mieux que rien. Mais ce n’est pas beaucoup plus que rien.

Sous la plume de notre confrère Patrick Roger, nous avons pu lire hier la fureur de Roselyne Bachelot, la déception de Gisèle Halimi (Le Monde du 8 juin). Triste anniversaire pour les cinq ans de la loi sur la parité, pour les dix ans de l’observatoire du même nom.

Est-ce à dire que nos dirigeants, non contents d’afficher une incompétence et un égoïsme frisant l’indécence, baignent encore dans un fond de misogynie, estimant que la politique, à un certain degré de cynisme, est trop sérieuse pour être confiée aux femmes ?

Des combats restent à mener que les hommes seraient bien inspirés de conduire aux côtés de celles qui, chaque jour et partout, font preuve d’un discernement, d’une sagesse, d’une créativité, en un mot d’une liberté, qui les place en première ligne des grands équilibres de notre pays.

éric fottorino
Article paru dans l’édition du 09.06.05

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