PARTICIPATION FRANCOPHONE AU 11EME FORUM DE L’AWID

Pour la première fois, les francophones ont été représentés au Forum de AWID, qui s’est tenu du 14 au 17 novembre 2008 à Cape Town en Afrique du Sud, par une forte délégation composée de près d’une centaine de personnes.

Voir aussi les autres articles sur le Forum d’AWID 2008

Le forum d’AWID, qui a lieu tous les trois ans, est un haut lieu de rencontre des militant-tes des droits des femmes venant du monde entier. Le dernier forum, 11ème édition, vient de se dérouler au Cap (Afrique du Sud) du 14 au 17 novembre 2008, autour du thème : « Le pouvoir des mouvements sociaux ». Il a réuni près de 2200 personnes issues des organisations et mouvements sociaux venant des cinq continents. Pour la première fois, les francophones ont été représentés par une forte délégation composée de près d’une centaine de personnes.

Ce progrès a pu se faire grâce au concours du Réseau Genre en Action (GeA, accueilli depuis sa création au CEAN) en partenariat avec l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), (appuyés par d’autres organismes dont la Coopération Suisse et AWID) qui ont pris en charge 51 personnes (dont 3 hommes) en provenance de 21 pays francophones.

Les quatre jours du forum ont vu défiler 4 sessions plénières, 146 sessions interactives, 22 caucus, des sessions de lancement de livres, des réceptions, des soirées festives, des classes de danse, la réunion des membres d’AWID, le forum des bailleurs où les résultats de l’étude 2008 d’AWID sur « Où est l’argent pour les droits des femmes ? » ont été présentés. Une marche à travers certains quartiers du Cap a été également organisée dont le but était de dénoncer la violence envers des femmes en Afrique du Sud et de réclamer la justice.

Une place importante a été accordée aux jeunes féministes. En effet, elles ont pu se réunir quotidiennement pour partager leurs visions, leurs expériences mais surtout pour étudier les moyens de renforcer l’activisme des jeunes féministes à travers le monde. Ces rencontres ont été également destinées à édifier des stratégies afin d’interpeller les aînées à céder la place aux plus jeunes en vue de la continuation et de la redynamisation du mouvement féministe. Ainsi, un foulard rose a été choisi par les jeunes féministes comme symbole d’indentification et de ralliement avec leurs aînées.

Parallèlement au forum, le carrefour FTX (Feminist Tech Exchange) s’est tenu. Il a été assuré par la plate-forme FTX, créée à la demande des mouvements féministes et des mouvements pour les droits des femmes, désireux de mieux comprendre les nouvelles technologies pour améliorer l’impact de leurs activités de promotion des droits des femmes. Genre en Action avait négocié avec FTX l’utilisation de leur plateforme afin d’assurer une couverture média quotidienne en français du forum. Des participant-es profanes de l’équipe GeA/OIF ont pris la plume sous la coordination de deux professionnel-les de la communication. Malgré le peu de moyens consacrés, ces articles ont permis de faire vivre le forum à des milliers de francophones qui n’ont pas pu y assister (voir www.genreenaction.net/spip.php?rubrique35). Cette activité a rencontré un franc succès et a même reçu une mention spéciale de la part des organisatrices du forum qui ont particulièrement apprécié les efforts pour assurer une meilleure diversité linguistique dans un environnement dominé par l’anglais et les associations anglo-saxonnes et au sein d’une structure où il a toujours été difficile de mobiliser les francophones.

Lors de ce forum, AWID a assuré des interprétations simultanées en quatre langues – anglais, espagnol, arabe et français (70 des 150 sessions ont bénéficiées d’une traduction dans la langue de Molière, à qualité malheureusement variable…), pour permettre aux participants non anglophones de profiter au maximum du forum.

Pour leur part, l’équipe francophone de GeA/OIF avait préparé un atelier et deux caucus en langue française. Ces trois activités ont permis de tirer certaines conclusions. Le caucus portant sur les nouvelles modalités de l’aide a montré que les francophones ne sont pas suffisamment informés des enjeux et des opportunités, notamment à cause du déficit d’informations en français, situation que les participant-es ont déploré. Mal formés également, la plupart d’entre eux ne possèdent pas non plus les compétences suffisantes pour concevoir un bon dossier. Le 2e caucus sur les indicateurs de genre dans les mouvements sociaux a fait ressortir la non-compréhension et la non-maîtrise de la notion d’indicateurs de genre. Quant à l’atelier portant sur les liens entre féminismes et mouvements sociaux dans différents espaces linguistiques, celui-ci a démontré qu’aucune différence majeure n’existe dans les approches francophones, anglophones et lusophones (qui ne sont pas homogènes respectivement), même si les contextes socio-économique, politique et historique peuvent jouer un rôle. Les seules distinctions des francophones résident dans l’absence de réels mouvements féminins et l’utilisation du mot « féminisme » qui demeure un terme à connotation négative ou vieillot, même chez certain-es militant-es.

Moins explicitement, un clivage s’est fait sentir au sujet sensible de l’homo- et transsexualité. Dans le milieu anglophone, l’approche genre prend en compte quasi-systématiquement ces minorités qui souffrent eux aussi d’une discrimination sur la base de constructions sociales. Certain-es des francophones (mais pas uniquement) étaient visiblement mal à l’aise face à ce sujet qui reste encore largement tabou dans bon nombre de sociétés africaines et quelques réactions hostiles se sont fait entendre (« qu’elles aillent se faire soigner » ; « elles n’ont qu’à venir au Darfour, elles n’auront plus envie d’être lesbiennes… »,…). D’autres tensions – au delà des groupes linguistiques – étaient perceptibles, comme un certain malaise face à la présence du mouvement politique des travailleur-euses de sexe ou lorsqu’un des hommes (francophone) s’est fait interdire la parole dans un atelier de la part d’une féministe radicale… Juste pour ne pas oublier qu’il faut bel et bien parler des mouvements féministes et/ou des droits des femmes au pluriel.
Toujours en marge du forum, des initiatives ont été lancées, comme une pétition de la part des femmes du Kivu en RDC. Elle avait pour but de dénoncer l’oppression et l’indifférence de la communauté internationale à l’égard des violences subies par les femmes et les fillettes dans cette région de l’Est de la RDC. Un collectif officiel pour le soutien à l’appel des femmes du Kivu a même été créé le 5 Décembre 2008, s’il n’était encore que provisoire au mois de Novembre .

Pour conclure, on pourrait affirmer que ce 11ème forum d’AWID fut un grand succès, vu les appréciations positives venant des participant-tes. Chacun(e) est rentré(e) dans son pays, enrichi(e) des expériences des autres et la tête remplie de nouvelles idées. Pour ce qui est des francophones, ce forum 2008 fut une grande première, compte tenu de la participation et des activités entreprises. Au terme de cette expérience, chaque partie se doit de faire un bilan. Les responsables de la coordination ont par exemple remarqué que l’organisation d’un événement d’une telle envergure nécessite plus de moyens financiers mais également la contribution de plus de personnel. De même, elles ont admis le défaut d’accompagnement des intervenant-tes dans les caucus, ce qui a plus ou moins handicapé le bon déroulement de ces derniers. Pour leur part, les participant-tes sont conscient-es du manque de visibilité, au niveau mondial, des efforts menés par les francophones en raison notamment de la segmentation et du manque de coopération entre les différentes organisations promotrices des droits de la femme. D’ailleurs, les participant-tes ont souhaité que de telles initiatives puissent perdurer et être améliorées afin que les organismes francophones puissent se renforcer au contact des autres mouvements, tout en partageant leurs spécificités et leur savoir faire.

Mina RAKOTOARINDRASATA (participante de Madagascar)
Elisabeth HOFMANN (coordinatrice, Réseau Genre en Action)

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