POLITIQUES, PROGRAMMES ET DROITS EN MATIÈRE DE SANTÉ DE LA REPRODUCTION

Les réformes des systèmes de santé se suivent depuis de nombreuses années dans les pays en développement : aux programmes verticaux de lutte contre certaines maladies ont succédé, avec des succès divers, la stratégie des soins primaires en 1978, insistant sur la mise en oeuvre d’un « paquet » de soins essentiels offerts au plus grand nombre, le programme de la maternité sans risques depuis 1987, des programmes de lutte contre les MST et le VIH/SIDA, etc…

Arlette GAUTIER
agautier°u-paris10.fr
IRD, UR 91

S’y sont ajoutés de plus en plus souvent des services de planification familiale car les politiques de réduction de la fécondité, menées par 5 pays dans les années 1950, le sont désormais par 85 pays sur 193 en 1999 et que tous les pays en développement sauf deux soutiennent l’accès à la contraception (United Nations, 2000 : 201). Cette multiplicité de programmes verticaux ou l’insistance sur certaines interventions même dans les programmes intégrés ont été critiquées aussi bien par les mouvements pour la santé des femmes que par l’OMS et certains chercheurs des institutions de planification familiale (Bonnet et Guillaume, 1999). En Égypte, par exemple, des médecins faisaient passer l’impératif démographique avant la santé de leurs patiente en donnant des pilules à des femmes hypertendues ou en installant des stérilets à des femmes souffrant de descentes d’organes (Zuraik, Younis et Khattab, 1994). Globalement, la santé des femmes a été négligée, ce qui a pour conséquences des niveaux très élevés de mortalité maternelle mais aussi reproductive, qui représenteraient jusqu’au tiers des années de vie perdues par les femmes (World Bank, 1993). De nombreuses femmes reconnaissent souffrir de maladies gynécologiques : 40% en Inde par exemple (NFHS 2000), pourcentage qui augmente de façon très notable lors d’entretiens avec des médecins et encore plus à la suite d’examens cliniques. En effet, une « culture du silence » entoure ses maladies, que le traitement reçu dans certaines institutions de santé ne fait que renforcer. Le développement de la pandémie du Sida a été l’occasion de mettre à jour ces dysfonctionnements, car il est devenu impératif qu’une véritable prévention soit développée.
Le concept de santé reproductive reprend les éléments des principaux programmes (santé materno-infantile, planification familiale, prévention des maladies sexuellement transmissibles), en insistant sur la nécessité de programmes intégrés mais il étend aussi le champ sanitaire couvert puisqu’il intègre la prise en compte des cancers cervicaux et du sein, l’infertilité (qui peut avoir des conséquences redoutables dont la répudiation et la mise au ban de la collectivité), les maladies gynécologiques, les violences faites aux femmes, y compris les mutilations sexuelles. Il insiste aussi sur la nécessité de prendre en compte toute le cycle de vie, notamment l’adolescence et la ménopause. Les hommes doivent être aussi inclus dans le cadre de la prévention des MST mais aussi en raison de problèmes spécifiques, comme le cancer de la prostate. La question de la qualité des services a également été mise en exergue, car de nombreuses clientes refusaient d’aller dans des services sales, sans équipement et sans matériel, où elles étaient mal traitées et où leur désir d’intimité n’était pas respecté.
Le concept de santé reproductive est au cœur du programme d’action du Caire (PAC) ratifié en 1994 par 179 pays. Pour mesurer les progrès réalisés depuis 8 ans, la présentation des principaux éléments du PAC sera suivie de celle de trois types de mise en oeuvre des programmes de santé reproductive.

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