Peut-on diriger une organisation féminine sans être féministe ?

Qu’est ce que le féminisme ? N’importe qui peut y répondre après avoir consulté un dictionnaire ou Internet. Mais il ne s’agit pas ici de la définition académique du terme. La question posée pourrait, à elle seule, occuper tout le forum d’AWID.

La majorité des sessions qui se tiennent depuis trois jours ont tourné autour du concept de féminisme. Un sentiment général s’en dégage : le 11ème forum d’AWID inaugure une nouvelle ère du féminisme en Afrique.

Cependant, comme l’a si bien souligné une participante venue d’Algérie, les nouvelles venues dans le mouvement associatif féminin ne doivent pas se comporter comme si elles lancaient le féminisme africain. Celui-ci existe depuis les années coloniales.

Les organisations de femmes ont été de tous les combats : des luttes pour les indépendances, à l’avènement de la démocratie, en passant par l’apartheid en Afrique du Sud. La raison à cela : lorsque les hommes sont opprimés dans un pays, les femmes le sont doublement, de par leur double position de faiblesse.

Certes, le contexte a changé et la lutte féministe concerne des domaines différents aujourd’hui, mais ses principes restent les mêmes. Plutôt que d’exacerber les conflits générationnels, les nouvelles féministes doivent simplement redéfinir les domaines d’intervention, et non pas prétendre "construire" le féminisme africain.
Les jeunes féministes sont aujourd’hui interpellées sur des sujets tels que la lutte contre le VIH/SIDA, la lutte contre la pauvreté, la négociation d’accords commerciaux et le réchauffement climatique. Mais pour faire entendre leurs voix et influencer les évènements, elles ont besoin, comme leurs aînées, de solidarité et de l’engagement de toutes.

Le challenge des féministes aujourd’hui est de mettre fin à la fragmentation des mouvements et à œuvrer, unies, sur la base d’une plate-forme et d’un agenda global communs.

En effet, on ne peut pas défendre la cause des femmes dans un seul domaine. Prôner la liberté et l’égalité, c’est lutter contre toutes les formes de discrimination. De même que, défendre les droits des femmes, c’est défendre la veuve et l’orphelin, mais aussi la lesbienne.

La seule chose qui peut différencier deux féministes, est le mode d’action utilisé par l’une ou par l’autre : l’une mènera des activités d’information, de plaidoyer et collaborera avec le Gouvernement, alors que l’autre organisera des marches, des "sit- in", et sera constamment en conflit avec les gouvernants. Cette diversité dans les méthodes a souvent été utilisé par les opposants au féminisme pour diviser les femmes. Certaines responsables d’organisations féminines en arrivent même à se dire anti-féministes, afin d’être bien vues de l’opinion publique patriarcale.

Mais comment peut-on diriger une organisation luttant pour l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, et renier le combat des féministes ?

Pierrette Oyane Nzue – ODEFPA - Gabon

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