Plus de 140 femmes élues à l’Assemblée Populaire Nationale d’Algérie

Plus de 140 femmes ont été élues le 10 Mai 2012 à l’Assemblé Populaire Nationale d’Algérie. Un grand pas en avant, s’accordent à dire les défenseuses des droits des femmes. Mais elles mettent en garde les nouvelles députées sur les tentations et les dérives partisanes, portant préjudice à la condition de la femme.

Cet article est apparu sur El Watan, le 18 mai à 11h00
Les femmes ont remporté lors des dernières élections législatives 145 sièges dans la future Assemblée populaire nationale (APN), soit 31,38% des 462 sièges à pourvoir. Une première dans le pays où il y a encore quelques mois, la majorité des partis politiques s’opposait à réserver un quota de 30% aux femmes au sein de leur formation. Certains saluent cette consécration propulsant l’Algérie de la 122e place mondiale à la 26e. Un groupe de femmes dont Nacéra Merah, sociologue et militante pour les droits des femmes et Nadjia Zeghouda, syndicaliste et militante des droits humains, signataires d’une déclaration conjointe, affichent leur satisfaction. « Nous appelons les femmes à vous encourager, à imposer une vision et une pratique politique différentes, à refuser une position de potiches, réductrice, contraire à l’image des Algériennes, fières et dignes, qui ont lutté pour obtenir cette loi et atteindre le tiers de représentativité. Nous appelons les femmes à vous soutenir tout en restant vigilantes sur les éventuelles dérives, perversion de la loi organique et l’exclusion des femmes », exhortent-elles.
Les féministes, loin d’être euphoriques, émettent toutefois quelques réserves et dénoncent vigoureusement les propos discriminatoires et misogynes associant la féminisation de la vie politique à de la médiocrité. « Nous nous méfions des manipulations des dirigeants des partis politiques, de leurs choix et de leurs orientations, car ils ont contesté la loi organique qui les a contraints et forcés à présenter des candidates », mettent en garde les auteurs de la déclaration.
Nadia Aït Zaï. Directrice du Centre d’information et de documentation sur les droits de l’enfant et de la femme (Ciddef) : Appuyer les projets de loi en faveur des femmes.
Les députées femmes ont dû comprendre que leur élection n’est pas pour rien dans ce scrutin et c’est grâce à la société civile et les citoyens qu’elles ont pu obtenir leurs sièges. Pour cette raison, elles doivent répondre aux attentes de leurs électeurs et appuyer les projets de loi comme celui criminalisant la violence à l’égard des femmes. La société civile va également les interpeller à la rentrée, car une responsabilité majeure les attend à l’APN. Mais avant cela, la société civile est prête à les orienter, former et travailler avec elles afin d’avancer dans le même sens, dépassant les sensibilités politiques. Un forum dans lequel chacune d’elles doit apporter son savoir-faire pour la promotion des droits humains. Par ailleurs, la présence importante de femmes dans la future APN est un grand pas en avant, alors à ces députées d’être à la hauteur de cette avancée.
Nadjia Zeghouda. Syndicaliste et militante des droits humains : pousser les hommes à mieux se conduire !
C’est une grande victoire pour les Algériennes ! Et elle nous offre la première place dans le monde arabe ! Ces deux textes ont suscité de vives polémiques parmi les députés hommes qui les considèrent injustes. Presque tous les partis étaient contre ces réformes, mais dans leurs listes, il leur fallait des femmes pour passer ! La féminisation de l’APN n’est pas dégradante comme beaucoup le disent. Je pense, au contraire, que leur présence poussera les hommes à mieux se conduire et à revoir leur position vis-à-vis des problèmes des femmes et de la société. Les femmes battues, l’enfance abandonnée, l’accès des femmes aux postes supérieurs, les handicaps et surtout le code de la famille… tout cela doit figurer dans l’agenda de nos 145 députées. Objectif : débattre et trouver des solutions qui permettent aux femmes d’être des citoyennes à part entière !
Nacéra Haddad. Membre de l’Association des femmes chefs d’entreprise (SEVE) : démontrer que la société algérienne n’est pas rétrograde
Avoir autant de femmes au Parlement est une excellente nouvelle. Dans cette vague du Printemps arabe, la liberté et les droits des femmes algériennes sont menacés. Il ne faut pas oublier que la femme représente la première cible des islamistes qui ont pris le pouvoir dans les pays voisins. Mais la présence des femmes à l’APN nous donne une marge de manœuvre inespérée, un signal fort à l’international. Les femmes peuvent y croire dorénavant au lieu de s’enfermer et de se plier au bon vouloir du machisme. Elles peuvent démontrer que la société algérienne n’est pas rétrograde, comme on veut le faire croire à travers un discours obscurantiste. Nous espérons que ces femmes fraîchement élues porteront des messages novateurs en faveur de la femme, et pourront influencer l’APN pour changer la culture de certains partis appelant à réduire les inégalités hommes-femmes et préserver les grands acquis constitutionnels. Mais également, promouvoir la visibilité des femmes aux postes et fonctions de commandement dans la pratique quotidienne. Même s’il est à craindre que les députées de l’Alliance verte ne fassent que porter la voix de leurs partis respectifs, portant ainsi préjudice aux efforts consentis de part et d’autre afin de promouvoir la situation de la femme.
Nasséra Merah. Militante féministe : en finir avec l’image des femmes potiches en politique
L’élection de ces femmes est un pas vers une réelle représentativité, pour en finir avec l’image des femmes potiches en politique. Le nombre est une victoire pour nous. Le quota du tiers est une étape vers la parité et vers la qualité. Les partis ont toujours refusé les femmes sous plusieurs prétextes, dont celui que le peuple – qui n’a jamais été consulté – les aurait refusées. Et puis, on a tout entendu sur leur prétendue incompétence, incapacité à s’engager, leur manque de motivation… Donc, la contrainte de présenter des femmes est une victoire pour les luttes des femmes algériennes. Durant des années, nous avons été accusées de vouloir soumettre la souveraineté nationale au diktat des instances internationales, à leur ingérence.
Or, on remarque que les islamo-conservatrices, qui nous accablaient de tous les maux, se sont empressées auprès des partis les plus prometteurs. Mais les femmes présentes au Parlement sont comptables devant les citoyennes. Elles ont bénéficié de la loi sur les quotas, alors nous sommes en mesure de leur demander d’inclure dans leurs interventions les problèmes des femmes. Elles n’ont pas été proposées par la seule volonté des partis, mais imposées par la loi pour représenter les femmes. Aux femmes de faire pression sur elles pour qu’elles incluent les statut et condition des femmes dans leurs activités, en plus du programme de leur parti. Elles sont tenues d’apporter le plus que les femmes attendent d’elles, c’est-à-dire une vision et une pratique de politiques différentes de ce que nous avons connu.

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