Prostitution : les limites du consentement

Un discours courant visant à légitimer la prostitution tend à considérer celle-ci comme un droit à la liberté de ses actes et un exemple de la pluralité des conceptions du bien. Mais peut-on analyser la prostitution comme un simple consentement à un contrat établi, comme c’est souvent le cas dans les sociétés libérales, et faire abstraction des rapports de domination symbolique sur lesquels elle se base ? De plus, n’est-il pas dangereux de fermer les yeux sur la dimension affective et spontanée de la sexualité, la rendant si impropre à un « contrat » ?

Prostitution : les limites du consentement
par Rhéa Jean, doctorante en philosophie

La notion de consentement est souvent invoquée lorsque l’on aborde le phénomène de la prostitution et que l’on cherche à le défendre. La prostitution serait un phénomène socialement acceptable dans la mesure où, dit-on, les personnes s’y adonnant seraient consentantes. L’on pourrait donc ainsi faire une distinction très nette entre la prostitution dite forcée et la prostitution dite libre.

Dans la prostitution dite forcée, la personne ne consentirait pas aux rapports sexuels qu’on lui demande car elle serait sous l’influence d’individus cherchant à la tromper, la menacer et l’exploiter. La prostitution serait dite forcée également dans les cas impliquant des mineurs : on juge alors que le consentement n’est pas valide en raison de l’âge de l’individu. À l’inverse, dans la prostitution dite libre, les rapports sexuels rémunérés se feraient « entre adultes consentants », la personne prostituée s’exécuterait alors de son plein gré et considèrerait ce qu’elle fait comme un travail.

Ces deux conceptions de la prostitution sont commodes pour le philosophe ou le citoyen qui cherche à départager les relations sexuelles non problématiques des relations sexuelles exploitantes en se basant sur la rationalité et la notion de contrat. En effet, la question devient alors : la personne a-t-elle accepté les termes du « contrat sexuel » ou non ? Ou alors : est-elle dans une situation qui la force à accepter un rapport sexuel ou non ?

Si ces deux questions peuvent sembler au départ simples, nous croyons pourtant qu’une analyse philosophique de la notion de consentement, des conditions politiques dans lesquelles il s’obtient et de la validité d’un contrat dans le domaine de la sexualité peuvent remettre sérieusement en question la distinction simple que l’on peut faire entre une prostitution libre et une prostitution forcée.

Source et suite de l’article : Sisyphe

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