Quand le 8 mars, le genre entre en ACTION

Claude Viguié-Kressmann, membre du réseau, partage ses impressions sur différentes manifestations pour célebrer le 8 mars.

Premières impressions avant même le jour J et plus encore le jour même :

Une saturation d’animations réclamant pour les personnes concernées

- une ubiquité impossible à tenir,

- des mises de fonds publics bien nécessaires pour les actions au long cours…

une saturation d’informations vers le grand-public

- sur les acquis, menaces…

- sur les inégalités, persistantes…

Ce 8 mars, voire le mois de mars, serait-il, pour les acteurs politiques, voire économiques et les médias l’occasion de se dédouaner d’une certaine mauvaise conscience face au peu de crédit accordé à la cause des femmes tout au long de l’année ??? Eternel débat sur l’utilité de ces « journées de commémoration » lesquelles n’ont, pour moi, de sens que si, portées tout au long de l’année, elles sont occasion de réflexion, de bilans et d’interpellations plus générales permettant de renforcer les prises de conscience, les outils et le nombre d’acteurs-trices…
Encore faut-il qu’elles ne renforcent pas un sentiment de déjà dit sans que rien ne bouge pour autant… Ainsi, pour qui s’en tiendrait là, en va-t-il de l’accès des femmes aux pouvoirs politique, économique voire universitaire -du local au national ou international- où la France figure toujours en piteuse position parmi ses collègues, ou encore particulièrement dans les pays non industrialisés des soins de base nutrition, santé et éducation… Quant aux violences faites aux femmes, elles sont diverses, mais prégnantes partout et dans tous les milieux, quels que soient la culture et l’environnement ambiants…

Mais, pour moi, ce 8 mars 2006 a eu une note particulière d’analyse générale, notamment des fonctionnements de nos sociétés… Le colloque tenu à la Bibliothèque Nationale par le MFPF et l’IEP de Paris a permis d’entendre quelques grands témoins de la première heure et quelques chercheurEs. Il a montré aussi, au travers de la présentation des cinquante ans d’Histoire du Planning familial Français, l’interaction entre humanisme, courage personnel et militantisme dans le cadre d’actions pour le droit à la contraception, puis à l’avortement, d’emblée hors la loi…

L’action du Planning s’est développée dans une mixité alliant initialement un petit groupe de femmes à quelques hommes solidaires issus de tous horizons idéologiques et spirituels, essentiels dans.la construction de réseaux d’échelle locale, nationale et internationale, et dans le passage à l’acte professionnel en un temps où les médecins et les politiques étaient quasi uniquement des hommes. Mais ces hommes, à la création de la Maternité Heureuse, ont symboliquement laissé lors de la constitution de l’association le pouvoir aux femmes. Il est intéressant à ce sujet de retrouver la configuration de l’alliance entre agnostiques et protestants étayés de quelques catholiques qui avait présidé à la mise en œuvre de la laïcité en France au sein de l’éducation et la santé, ou encore le passage du suffragisme de quelques unes à une revendication plus multiforme du féminisme…

Plus tard, poussant leur analyse de la démocratie en choisissant un fonctionnement collectif sans présidence personnelle -avec l’obligation de 3 heures de militantisme personnel pour les salariéEs-, les responsables du MFPF ont marqué leur refus du pouvoir individuel, médical ou hiérarchique. Le Planning indiquait ainsi sa volonté d’œuvrer pour la responsabilisation personnelle de chaque être humain, puis un peu plus tard son refus des violences, alliées à la formation et à l’information de chacunE , mises en œuvre et reprises au sein même des lois.

C’était une bonne introduction aux tables-rondes sur la contribution des femmes au développement, initiées ce 8 mars par Madame GIRARDIN, Ministre déléguée à la Coopération, au Développement et à la Francophonie et auxquelles j’ai eu le privilège d’assister au nom du réseau Genre en Action.

Dans le cadre de la table-ronde « femmes et développement », un proverbe africain cité par l’une des intervenantes, Mme Bakonaré, dit « la poule sait que le jour se lève, mais elle laisse le coq chanter ». En termes de genre, c’était une manière de dire que les femmes ne veulent pas faire pas la guerre aux hommes et que toutes les distributions de rôle entre le masculin et le féminin ne sont pas forcément remises en cause…
Hourya Benis Sinaceur, franco-marocaine et professeur émérite à Paris I, a présenté les acquis révolutionnaires du Code de la Famille promulgué en 2004 au Maroc
(1) désacralisation du lien du mariage avec la création du mariage civil,
(2) âge légal de 18 ans pour tous (avant c’était 15 ans et moins encore)
(3) suppression officielle de la tutelle masculine, rendant ainsi la femme Sujet, libre de parler et d’acter (avant, mineure à vie, elle ne pouvait pas s’exprimer et vivait sous la tutelle du père, oncle, frère voir fils en cas de 2ème mariage). La polygamie, soumise à condition, est de fait plus difficile…
(4) droit de la femme à demander le divorce SI C’EST INSCRIT PRÉALABLEMENT DANS L’ACTE DE MARIAGE… Donc il y a encore du chemin à faire pour que toutes les femmes puissent en bénéficier selon leur volonté.
Mais, Hourya a dit aussi les résistances du tissu social (les femmes ayant particulièrement peur de lâcher ce qu’elles croient être la proie pour l’ombre et les hommes ayant besoin d’être convaincus ). Mais les associations mènent des campagnes de sensibilisation des hommes pour qu’ils acceptent ce nouvel équilibre des relations entre les femmes et les hommes. Pour éviter d’affronter les droits des femmes aux droits culturels, elle a lancé un appel pour que les lycées forment des acteurs locaux, sociologues et anthropologues, pour faire prendre la greffe, POUR QU’ILS INSÈRENT DE NOUVEAUX REPÈRES SYMBOLIQUES, trouvent des stratégies substitutives, des images alternatives, afin que les gens s’y retrouvent…
Elle a rappelé aussi que l’égalité formelle des droits acquis par les femmes et leur possession réelle ne suffisent pas, parce qu’il faut aussi CHANGER LES MENTALITES, LE REGARD DIFFÉRENT PORTÉ SUR LA FILLE ET SUR LE GARÇON, LE REGARD DES MÈRES NOTAMMENT… L’égalité doit être décrochée de la notion de différence, car il n’y a pas de légitimation biologique d’un rapport social entre les sexes, lequel est légitimé culturellement et non génétiquement. Puisque le rapport homme-femme n’a pas de fondement biologique, il faut préparer les petits garçons à accepter la différence. Et Hourya d’insister sur le travail à faire en ce sens à l’école dès la petite enfance…
En conclusion, elle a souligné que les femmes par le fait de l’enfantement ont un pouvoir immense. Dans une logique de compassion et par ce que notre planète est en danger, et l’humanité avec, elles prennent le pouvoir parce qu’elles n’ont pas le choix afin que l’être humain soit remis au centre de la Mondialisation, des moyens de la planète.

Dans le cadre de la table ronde « femmes et santé », l’ex-ministre de la Santé Michèle Barzach a souligné combien « il s’agit là d’un sujet particulièrement révélateur de la situation des femmes dans le monde, sensible à la volonté politique (elles représentent 70 % de la population vivant avec moins d’un dollar par jour) premières atteintes en termes d’extrême pauvreté, de faim et d’accès à l’éducation et aux soins. Rappelant que la parité politique est loin d’être atteinte, elle a appelé aussi les hommes et les femmes ensemble à faire le bout de chemin restant à accomplir …

Au niveau mondial l’objectif de réduire de moitié la pauvreté en 2015 ne sera pas atteint avant 2165, si rien n’est fait. Sont en corrélation la réduction de l’extrême pauvreté, de la faim et l’éducation, la mortalité des enfants de moins de 5 ans, la santé, sujet politique par excellence, avec ses combats contre le paludisme et le sida (catalyseur des révélations comme quoi la santé a des répercussions avec les enjeux du développement, de société, de l’économie, de la démographie, de la sécurité ). Pour atteindre l’objectif il faut donc promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomie des femmes.

L’accès à la santé fait partie des inégalités Nord Sud et nécessite d’avoir des stratégies économiques de gouvernance internationale des politiques : la convention internationale 1972 pour l’accès de tous à la santé n’est pas appliquée, notamment l’équité entre garçons et filles, femmes et hommes dans l’accès aux soins et traitements. Cet accès privilégie encore largement le sexe masculin en raison des nécessités économiques ou des coutumes (rappel des 130 millions de femmes concernées par les mutilations génitales et des 771 millions de femmes analphabètes)… L’autonomie financière des femmes, leur droit à la propriété, sont des impératifs pour qu’elles puissent seulement aller consulter, et rechercher les résultats…Le droit fondamental à la santé est lié au développement et au statut des femmes : LES CHOIX ET LES ENGAGEMENTS POLITIQUES SONT LIES.

Introduisant la marocaine Hakima HIMMICH, présidente de l’agence de lutte contre le sida, envoyée spéciale des Nations Unies à Rio en juillet 2005 et auteure de « Femmes et filles une espèce en voie de disparition », la journaliste Martine Allain-Regnault a insisté sur le fait que les lieux de santé sont le reflet des niveaux de vie,
Pour Hakima, 90 % des femmes atteintes par le VIH sont Africaines, via les « rapports secs » et les mutilations génitales. Elle a précisé que la situation des femmes empire chaque fois que des intégristes sont au pouvoir. Elle a relevé plusieurs facteurs, notamment ceux qui sont
1) biologiques, au travers des mariages avec des hommes plus âgés déjà contaminés, ou des conditions des accouchements et notamment des transfusions…
2) sociaux, les règles de rapports de pouvoir inégaux entre les femmes et les hommes, leur dépendance économique liée à l’analphabétisme des femmes et à leur ignorance vis-à-vis de la sexualité, la valeur morale et sociale accordée à la virginité, croyance pour certains hommes plus âgés d’une guérison de leur séropositivité, conductrice pour certains jeunes à la pratique de relations anales (plus risquées en termes de séropositivité) empêche les femmes d’imposer aux hommes et notamment aux conjoints des préservatifs. Les femmes séropositives, stigmatisées, subissent 2 fois plus de violences conjugales.
3) Politiques : si, au Maroc, le parti islamiste a la majorité en 2007, a-t-elle dit, il interdira les préservatifs.

La sénégalaise Awa-Marie Coll-Seck, ancienne ministre de la Santé, et secrétaire exécutive du partenariat « Faire reculer le paludisme » dit que celui-ci est une maladie négligée et banalisée alors qu’elle atteint 40 % de la population mondiale dont 1 à 2 millions, avec beaucoup d’enfants(première cause de mortalité) et de femmes enceintes, meurent chaque année ce qui correspond à l’effectif de 4 à 8 tsunamis !
Le paludisme est considéré comme la maladie des pauvres, des pays en développement, alors que tout le monde est concerné. C’est un réel problème de développement : le paludisme accentue la pauvreté, l’absentéisme et entraîne une diminution de revenus de l’ordre de 12 milliards de dollars par an. Il existe, grâce au Fonds Mondial de lutte des moyens de traitement mais, les femmes, absorbées par leurs tâches quotidiennes de subsistance et d’entretien, ont, là aussi, beaucoup moins accès que les hommes aux traitements…Elle a lancé un appel pour que, via les associations, il y ait d’autres apports financiers pour étendre les traitements.

La dernière table ronde, « femmes et entreprises » fut beaucoup plus tonique. Le rôle des femmes dans les pays en développement a été notamment présenté par la Camerounaise Françoise Foning. Fondatrice de l’association du JEFA première association africaine affiliée (10 aujourd’hui) à l’association mondiale des Femmes chef d’entreprise dont elle est devenue Présidente mondiale en octobre 2005 lors de leur congrès en Argentine, elle expliqué comment, à partir de « tontines » (micro-crédit) elle a réussi à créer 15 sociétés en se passant du soutien des banques locales, comment elle a aidé à dépasser les blocages propres aux femmes, sur la base de la confiance en soi et dans les autres, du partage des expériences et de la solidarité. S’autonomisant avec ses consoeurs, chefs d’entreprise ou non, ces femmes, qui apprennent à s’entr’aider, ont besoin de très peu de moyens pour créer et développer leurs entreprises et faire avancer leur économie. nationale. Elle a lancé aussi un appel à la Banque mondiale pour qu’elle soutienne en passant du 40 au 60 % les femmes entrepreneurEs qui réussissent à diminuer la pauvreté…

Après elle, Philisiwe BUTHELEZI, Chief executive officer au Fond National pour l’Emploi en Afrique du Sud, a démontré comment l’arrivée de l’ANC au pouvoir a amené une recherche de solutions pour améliorer la qualité de vie et le statut des femmes d’Afrique du Sud (80 % de femmes noires et les noirs représentaient 1 % de l’économie).
Le gouvernement a commencé par introduire un code de bonne conduite et une responsabilisation liée à de grands objectifs macroéconomiques , via l’instauration de la parité via la responsabilisation des femmes d’une part, et de l’autre en poussant ministères et organismes privés à prendre en compte les besoins des femmes.
Elle a montré que les discours ne suffisent pas. Le gouvernement, en tant que plus grand acheteur de biens et de services, auteurs de lois et accordant des licences, (utilisées pour la transformation des mentalités en lien avec le Fonds National) pèse pour l’intégration des femmes. Ainsi le Fonds impose-t-il de montrer la part donnée aux femmes (actions, nombre de dirigeantes, % du budget consacré à la formation des femmes dans les dossiers de demande de subvention) et surveille le niveau des postes-clés.
Aujourd’hui, dans l’économie sud-africaine, 42 % des affaires sont dirigées par des femmes. Le calcul du pourcentage dédié aux femmes a changé la donne non seulement dans les sociétés sud-africaines mais aussi dans les multinationales. Maintenant la volonté gouvernementale est de les intégrer dans les secteurs clés et pas seulement dans les PME-PMI, avec la mise en place de quotas pour les femmes afin qu’elles atteignent 10 % des 26 % de la population noire du secteur économique en 2014.

Dernière intervenante, Catherine Ferrand, directrice de la diversité et de l’innovation sociale chez Total, entreprise ayant sa part la plus importante dans les pays de l’OCDE, en rappelant la nécessité d’assurer la promotion des cadres locaux et notamment des femmes, la diversité entraînant la créativité au sein de l’entreprise, a souligné les stéréotypes : quand les hommes se définissent comme étant des cadres, mais définissent les femmes cadres comme des femmes. Elle a aussi rappelé la nécessité d’identifier les freins à la promotion des femmes, par exemple par rapport à la mobilité, notamment internationale, vue différemment selon qu’il s’agit d’un ingénieur ou d’un fraiseur ou d’une femme (considérée comme dépendante de sa famille)…
D’où :

-  l’importance d’un travail d’impulsion, pour que chaque filiale, chaque branche s’approprie la démarche,

-  la nécessité d’avoir des indicateurs mesurant par exemple la présence des femmes dans les postes internationaux, dans la formation de dirigeants,

-  l’accord sur l’égalité des chances réalisé, grâce à la loi avec la création du Haut Conseil de la Diversité qui concerne non seulement les femmes mais aussi les handicapés et tient compte de la nécessité d’un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, la présence de crèches et la flexibilité dans les temps de travail…
Depuis 3 ans de cette politique les femmes sont passé de 24 à 31 % et de 12 à 16 % comme cadres potentielLEs, en termes d’évolution de carrière. La maternité ne devant pas briser leur carrière, un entretien systématique a lieu avant et après la naissance . Elle a suggéré qu’en France une neutralisation salariale de la maternité par une augmentation individuelle égale à celle des 3 dernières années serait intéressante pour la pédagogie des hommes, face aux dénis de prévision.
Elle conclue en soulignant que
1) la féminisation au sein de l’entreprise ne se fera pas sans les hommes mais avec eux,
2) la féminisation ne doit jamais s’arrêter.

Comme en post scriptum, nous avons eu,le privilège de recevoir deux invitations de la Délégation Interministérielle à la Ville pour sa première rencontre nationale adressée aux femmes agissant dans les quartiers, placée sous le patronage du premier ministre, animée par la journaliste d’RTL Elisabeth Martichoux et intitulée « Quand les femmes s’engagent » qui a rappelé le rôle des associations, lieu de liberté et des possibles qui font bouger les choses, leurs idées étant reprises par les pouvoirs publics à qui elles apportent le travail de terrain.
Lors de son discours d’ouverture , M. Azouz Begag, ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances, a insisté sur l’apport des femmes où que ce soit : Quand il y a manque de femmes, il y a manque de démocratie.
Il a dit que la lutte contre les discriminations est un combat de tous les jours qui concerne non seulement les hommes et les garçons, mais aussi les femmes et filles, les handicapéEs, et les nouveaux Vieux (50 ans et +), tous les « oubliés » qui font 80 % de la population française et que les femmes sont au cœur des changements de l’égalité des chances.
L’obligation du CSA de rendre compte des changements et de rendre visible l’égalité des chances par des personnes qui incarnent ce concept s’ajoute à la décision de nommer un Préfet à l’égalité des chances aidé de 100 femmes-relais, et cent million d’euros pour le « tricotage du lien social » au sein d’une société de consommation ou règnent l’urgence, l’immédiateté et la superficialité, quand la construction demande le sens de la durée, de la patience, de la profondeur, de la tendresse, de l’amour, toutes qualités ressenties par M. Begag comme éminemment féminines…
Il prône une troisième voie entre guerre des sexe et égalitarisme et conseille de s’appuyer sur la lecture du Monde des Femmes d’Alain Touraine et de Mon histoire des femmes de Michelle Perrot pour redéfinir la place de chacun qui, aujourd’hui, n’est plus affaire privée mais fait de société.
Il revenait ensuite à Françoise Hébrard, de Veyrinas, ex ministre et adjointe aun maire de Toulouse, de présenter le rôle de l’éluE au sein de l’atelier Femmes dans la Cité :
1) comprendre, connaître et faire connaître
2) faire des choses pour le respect des femmes rien ne pouvant se faire sans un retour et sans prendre les choses dans leur complémentarité.
Elle prend l’exemple d’un bus pour une sortie de filles caillassé à son retour par leurs frères lesquels habituellement, et en dépit d’une mixité proposée, profitent exclusivement des sorties organisées
- il faut discuter

***

Claude Viguié-Kressmann

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