Quand le genre devient opérationnel : exemple en région PACA

Béatrice Borghino décrit les enjeux et les limites de l’opérationnalisation du genre dans le territoire de la Région PACA.

Quand le genre devient opérationnel, enjeux et limites pour le territoire de la Région PACA

Montagne. Méditerranéenne. N°19 - Juillet 2004

Béatrice BORGHINO
Délégation régionale aux droits des femmes et à l’égalité Préfecture de Région PACA

Le texte suivant relate un entretien auprès de la Délégation Régionale aux Droits des femmes et à l’égalité ; il se veut un retour d’expériences sur la traduction opérationnelle de la dimension de genre auprès des acteurs du territoire. En Région Provence-Alpes Côte d’Azur, le principe du "mainstreaming" a trouvé un mode d’applicabilité dans les contrats de ville et dans la création d’activités. Les propos expliquent la difficulté à instaurer une dynamique collective autour de la dimension de genre auprès des acteurs qui ont du mal à se l’approprier. En effet, il est délicat d’en estimer les moyens, les objectifs et d’autant plus les retombées politiques, territoriales et professionnelles.

Je travaille depuis très longtemps à la Délégation Régionale aux Droits des Femmes et à l’Egalité et avant, je faisais partie du tissu associatif féministe.
J’ai découvert l’approche de mainstreaming de genre en allant à une rencontre européenne, à Bruxelles, en 1997.
En lisant l’argwnent et les titres d’interventions annoncées, j’ai senti que quelque chose de très nouveau était en train de se passer dans la pensée de la relation sociale hommes/femmes. Sur place, j’en ai eu confirmation. Tout un nouvel horizon s’ouvrait devant moi pour repenser cette question.

A partir de cette rencontre européenne, je me suis mise au travail pour comprendre ce qui se passait dans cette nouvelle appr he qui m’avait tant bousculée. Et petit à petit, en y mettant énormément de mon temps personnel, le week-end notamment, j’ai lu, lu et lu... et me suis déplacée dans certains colloques ou séminaires pour cerner ce concept de genre.
En effet, assez vite, m’est apparu ce que le mainstreaming (ou approche intégrée) réalisait comme formidables déplacements de cette question de l’égalité entre les hommes et les femmes, (cf l’article écrit dans la revue du CODIF de l’hiver 98-99 : "L’approche intégrée de la dimension de genre : un changement de focale"). J’ai mis beaucoup plus de temps à m’approprier ce qu’impliquait le "genre" (et, je pense, je n’en ai pas encore fini avec lui). Sans doute, que ma formation universitaire et à la recherche m’a aussi permis de faire ce travail. Et j’ai très vite ressenti le manque d’un maillon, d’une interface, entre les recherches théoriques, très nombreuses, en fait, surtout si l’on remonte aux travaux sur le rapport social de sexe à partir des années 70 (bien qu’à l’époque on ne parlât pas de "genre") et l’opérationnalité sur des terrains et dans des politiques publiques.
Je pense toujours, d’ailleurs, que cette place de "passeurs" entre la recherche et les praticiens, manque cruellement, et que nous devons travailler à les faire émerger (et donc à les former).

Question : Comment cela se réalise en Provence Alpes Côte d’Azur ?

Nous avons peu à peu intégré ce mainstreaming de genre dans l’équipe régionale de façon vraiment transversale : chacune d’entre nous (certaines plus que d’autres, mais c’est l’orientation de toutes) se questionne sur la comparaison action positive/approche intégrée et ce, dans le maximwn de dossiers, quel que soit le sujet. Ensuite, il faut trouver la bonne façon de faire pour que quelque chose passe auprès de nos partenaires.
Le niveau régional, intervenant de surcroît dans les Bouches-du-Rhône, est celui qui est le plus avancé et peut, dans un certain nombre de lieux, parler maintenant publiquement en termes de "genre".

Un exemple ?

Je vais en donner deux ou trois qui s’appliquent soit à une politique territoriale, soit à des processus de sensibilisation/formation beaucoup plus élargis.

1. La politique de la ville
A l’occasion de la signature des contrats de ville en 2000, la ville de Marseille a été choisie comme lieu d’intervention principal (très gros contrat de ville dans les Bouches-du-Rhône et proximité géographique), pour pouvoir être présente dans de nombreuses réunions.
L’idée est toujours, vu la petitesse de nos moyens (actuellement, nous sonunes trois en Délégation Régionale et c’est le niveau régional qui est, en plus, compétent pour le département des Bouches du Rhône, le plus gros de la région), de mener des actions un peu pilotes, de façon à fabriquer en quelque sorte "des bonnes pratiques", avec l’espoir qu’elles se diffusent ensuite.

Une très forte implication dans la période qui a précédé la signature 2000-2006 de ce contrat a abouti à :

- d’une part, faire inscrire d’une façon transversale (donc dans le préambule) l’égalité Honunes/Fenunes conune principe et,

- d’autre part, à décliner cet objectif, de façon précise, dans un certain nombre de thématiques.
Dans les thématiques où la Délégation Régionale aux Droits des Femmes n’était pas présente, rien, je dis bien rien, n’est inscrit de cette égalité !
A partir de là, et notamment en 2003 à l’occasion de l’évaluation à mi-parcours, nous avions un appui légitime, pour revenir, sans cesse, avec notre question de l’égalité homme/femme (le texte signé par tous les partenaires au contrat.

Ceci dit, parfois (ou souvent) nous avons l’impression
d’avoir affaire au rocher de Sisyphe. Il faut être très "optimiste" dans ce métier, ou plutôt, je pense, avoir quelque chose de très profond et personnel "chevillé au corps" sur cette question des fenunes et des relations hommes/femmes.

2. L’égalité hommes/femmes en politique de la ville en matière de création économique
Sur la base du contrat de ville signé, à l’évaluation à miparcours, le chargé de mission emploi/développement économique de la ville de Marseille fait le constat d’un
certain nombre d’objectifs inscrits au contrat de ville et non réalisés, dont l’égalité hommes/femmes.
Une réunion a lieu ; j’y vais avec des propositions pour que nous progressions ; un groupe de travail est décidé.
La première année (2003) débouche sur trois actions que nous faisons émerger (et financer) dans ce champ :
a)-la recherche / synthèse / mutualisation de ce qu’il y a de déjà fait, d’un point de vue théorique, sur la création d’entreprise, quand on est fenune, fenune de l’inunigration bien souvent, et fenune inscrite dans ces territoires et venant souvent de certains milieux sociaux ; pas les mieux placées, donc, pour cette création économique.
b-Est confié à une couveuse d’entreprises, le fait d’aller à la rencontre de fenunes habitant ces territoires, porteuses d’idées et de projets et de les accompagner vers cette création.
c -une troisième association présente une action de réflexion sur "la réussite au féminin".
Nous échouons, cette année là, sur un autre axe sur lequel nous voulions travailler, celui d’une réflexion sur la création d’activités économiques, non pas individuelle mais collective.
Nous sonunes actuellement dans l’année n+1. Le principe d’un rendu en public des résultats des trois missions confiées est posé. Le but est, qu’à cette occasion, tout le "tour de table", constitué des professionnels de la création d’entreprise de Marseille, (enfin, tous ne viennent pas aux réunions !) se voit questionné par une approche réflexive de genre, appliquée à la création d’entreprise.

Là où nous en sommes actuellement est que : cette problématique va être prise en compte dans les appels d’offres de la politique de la ville de Marseille pour les projets 2005, une formation à l’approche de genre dans ce domaine va émerger, sur crédits 2005 aussi, et une réflexion s’est engagée sur la création collective d’entreprises par des fenunes "de quartiers" ; une réunion spéciale là dessus a eu lieu et nous avons fait intervenir l’ADEL, association parisienne, qui travaille sur ce sujet depuis de très longues années et a réalisé des études pour le Service des Droits des Femmes et de l’Egalité et pour la DIV.
Nous espérons qu’un projet local, accompagné éventuellement par l’ADEL, va pouvoir en ressortir, à présenter sur crédits politique de la ville 2005, si possible. Il y a un porteur potentiel : le centre de ressources femmes du 3ème arrondissement.
J’analyse cette forme d’intervention comme un processus de sensibilisation/fonnation des acteurs, processus qui s’intègre aux modes de fonctionnement habituels de nos partenaires. C’est une des façons de réaliser du mainstreaming.
Le troisième exemple va en montrer une autre.

3. Interventions
Nous sommes là sur un autre versant : il consiste à organiser des journées de fonnation sur l’approche intégrée de genre : en présenter la méthode, en expliquer l ’historique, en présenter des exemples.
Nous nous sommes appuyées, dans un premier temps, sur des organismes extérieurs à la Délégation Régionale aux Droits des Femmes et à l’Egalité : Algoé en Rhône Alpes et le CREF (Carrefour rural européen femmes) dans les Alpes Maritimes.

Ces organismes conviennent (chacun avec leurs atouts et leurs défauts) pour un démarrage et une première sensibilisation/fonnation.
Après, pour aller plus loin, il n’y a pas de ressource fortement organisée. Après, pour appliquer, chacun dans son domaine, il faudrait autre chose, des outils, des méthodes... qui manquent.
Il peut aussi nous arriver de faire des interventions en public pour expliquer en quoi consiste ce que nous proposons : Ex. : participation des deux chargées d’études de la DRDFE au colloque régional "Genre et démocratie locale" organisé par le GRAIFF, colloque où nous avons participé également à l’élaboration de la problématique.

(Le texte : "Le genre comme révélateur et outil" est disponible sur demande, à la DRDFE. PACA et un des journaux du GRAIFF, Agor’elles , consacré à cette rencontre, peut être demandé à l’association : info chez graiff.org).

Enfin en 2003-2004, nous nous sommes engagées dans une série de rencontres/colloques bâtis autour du concept : "L’égalité des hommes et des femmes : une question de genre", et nous essayons de montrer en quoi une lecture de genre modifie fondamentalement la façon de voir le réel.
Nous nous sommes appuyées là, sur un partenariat avec le CIDF Phocéen et un cofinancement DRDFE/FSE.
En décembre 2003, le thème en était "Un droit à la ville pour tous : comment ?". Cette demi journée à eu pour objectif de montrer comment les rapports aux temps et aux espaces n’étaient pas les mêmes, pour les femmes et pour les hommes, dans une ville et les questions que cela posait en terme d’égalité d’accès et de fréquentation (les actes en sont disponibles auprès de : cidfphoceen chez wanadoo.fr).

Souvent, en ce qui concerne cette approche de genre, me vient l’image du jeu de go : si beaucoup de territoires sont "gagnés", alors cette approche et ce regard auront un avenir.

Ce ne sont pas "les femmes" qui sont le problème, comme c’est souvent vécu, mais le rapport social tel qu’il existe entre les hommes et les femmes.

Ceci dit, et j’ai pourtant l’impression que nous en faisons pas mal, mon sentiment est qu’on en est encore aux gouttes d’eau dans l’océan. Le niveau de surdité de notre société sur ce questionnement est effarant ! Le jeu de go n’en est qu’à quelques pions placés.

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