Rapport global 2007 du BIT sur l’égalité au travail

En dépit d’avancées majeures dans la lutte contre les discriminations au travail, l’ampleur des inégalités en matière de revenus et d’opportunités ainsi que l’importance et la persistance de la discrimination au travail et l’émergence de nouvelles formes sont un sujet d’inquiétude croissante, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par le Bureau international du Travail (BIT).

Nouveau Rapport global du BIT sur l’égalité au travail, 2007 - Malgré des progrès, les discriminations au travail persistent et prennent de nouvelles formes

GENÈVE (Nouvelles du BIT) – En dépit d’avancées majeures dans la lutte contre les discriminations au travail, l’ampleur des inégalités en matière de revenus et d’opportunités ainsi que l’importance et la persistance de la discrimination au travail sont un sujet d’inquiétude croissante, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par le Bureau international du Travail (BIT).

Dans son rapport le plus complet réalisé sur la discrimination et intitulé : L’égalité au travail : relever les défis (Note 1), le BIT dresse un tableau global de la discrimination liée au travail, pointant progrès et échecs dans la lutte contre la discrimination depuis ses formes les plus traditionnelles – sexe, race ou religion – jusqu’à ses nouvelles formes fondées sur l’âge, l’orientation sexuelle, la santé, la séropositivité.

« A l’échelle mondiale, la lutte contre la discrimination se caractérise par un mélange de progrès majeurs et de reculs », indique le rapport, pointant les progrès effectués depuis sa première édition publiée il y a quatre ans (c.f. : L’heure de l’égalité au travail, BIT, 2003) et notant que la plupart des 180 pays membres de l’OIT ont ratifié ses deux conventions fondamentales sur la discrimination et se sont, de ce fait, engagés à créer des lois et des politiques antidiscrimination.

L’un des thèmes majeurs du rapport est la persistance des écarts hommes-femmes au regard de l’emploi et des salaires, et la nécessité de politiques qui intègrent à la fois des mesures contre la discrimination sexuelle en matière de rémunération et contre la ségrégation sexuelle en entreprise, tout en réconciliant travail et responsabilités familiales. A titre d’exemple, le rapport établit que, dans l’Union européenne, l’écart entre les gains horaires bruts moyens des hommes et ceux des femmes demeure élevé – 15 pour cent – dans tous les établissements.

Le taux d’activité des femmes a continué de croître d’une façon significative, pour se situer actuellement à 56,6 pour cent, de sorte que l’écart avec les hommes s’est réduit. Cependant, le rapport souligne que les progrès sont inégaux selon les régions : on trouve le taux d’activité des femmes le plus élevé en Amérique du Nord à 71,1 pour cent, taux qui passe à 62 pour cent dans l’Union européenne, à 61,2 pour cent en Asie de l’Est et Pacifique, et atteint 32 pour cent au Moyen-Orient et Afrique du Nord.

La proportion de femmes occupant des postes de responsables politiques, de hauts fonctionnaires ou de cadres supérieurs est considérée comme une indication de la qualité des emplois auxquels les femmes ont accès et des progrès réalisés pour réduire les barrières discriminatoires. Les femmes n’occupent encore qu’une minorité de ces postes dans le monde (28,3 pour cent). Là encore, le pourcentage des postes dits « à haute responsabilité » occupés par des femmes a augmenté de façon inégale selon les régions : il s’élève à 41,2 pour cent en Amérique du Nord, 35 pour cent en Amérique latine et les Caraïbes, 30,6 pour cent dans l’Union européenne. C’est en Asie du Sud qu’il a le plus augmenté où il a presque doublé en neuf ans, mais c’est aussi dans cette région qu’il y a le moins de femmes à occuper des emplois de ce type.

Notant les efforts significatifs réalisés par les Etats Membres de l’OIT pour juguler la discrimination au travail le rapport reconnaît : « Aujourd’hui, la discrimination dans l’emploi et la profession est presque universellement condamnée, et quasiment tous les pays se sont engagés à y remédier ». En 2007, neuf Etats membres sur dix ont ratifié la convention (n° 100) sur l’égalité de rémunération, 1951, et la convention (n° 111) concernant la discrimination (emploi et profession), 1958, les deux normes fondamentales sur la question, s’engageant ainsi à promouvoir des lois et des politiques anti-discrimination (Note 2).

Néanmoins, le rapport souligne que l’urgence à lutter contre la discrimination au travail est plus grande encore qu’il y a quatre ans « dans un monde où montent les inégalités, l’insécurité et les incertitudes », ajoutant que « des inégalités importantes et persistantes en matière de revenus, d’avoirs et de possibilités affaiblissent l’efficacité de toute action visant à combattre la discrimination. Cela peut engendrer une instabilité politique et des bouleversements sociaux qui nuisent à l’investissement et à la croissance économique ».

Progrès et revers

Sur les plans juridique et institutionnel, beaucoup de pays ont enregistré des résultats notables. Plusieurs ont récemment révisé leurs codes du travail pour y inclure des dispositions contre la discrimination et en faveur de l’égalité. Le rapport évoque des initiatives nouvelles telles que Le Recueil de directives pratiques du BIT sur le VIH/SIDA et le monde du travail, qui a révolutionné la réponse du secteur privé et public face au Sida sur le lieu de travail.

En dépit de ces évolutions encourageantes, « beaucoup de problèmes demeurent », dit le rapport. L’application de la loi demeure insuffisante, et les organismes créés ad hoc pour lutter contre la discrimination manquent de ressources. Tandis que les mesures de lutte contre la discrimination se développent dans l’économie formelle, les politiques publiques doivent aussi cibler l’économie informelle, de plus en plus importante, pour faire tomber les barrières qui empêchent des centaines de millions de personnes de bénéficier de l’égalité des chances au travail, selon le rapport.

Le rapport fournit de multiples exemples de discriminations fondées sur la race, la religion, l’origine sociale, la caste, l’appartenance à un peuple indigène ainsi qu’à l’encontre des travailleurs migrants. Et il attire l’attention sur les conséquences de la discrimination à l’encontre des travailleurs jeunes et âgés, ainsi que sur les inégalités basées sur l’orientation sexuelle, la séropositivité, ou le handicap.

Avec environ 470 millions de personnes handicapées en âge de travailler, la discrimination à l’encontre des personnes ayant un handicap est une préoccupation croissante. Le rapport établit que la probabilité qu’une personne handicapée trouve un emploi est inversement proportionnelle à son niveau de handicap. En Europe, une personne âgée de 16 à 64 ans a 66 pour cent de chances de trouver un emploi ; ce taux tombe à 47 pour cent pour une personne modérément handicapée et à 25 pour cent pour une personne gravement handicapée.

Ces obstacles à l’égalité peuvent empêcher des sociétés de réaliser le plein potentiel de l’économie mondialisée d’aujourd’hui. Promouvoir l’égalité des chances et le travail décent pour tous, femmes et hommes, sans distinction de race, de religion, de handicap, d’âge ou d’orientation sexuelle est un moyen d’avancer dans cette direction, dit le rapport.

Le rapport relève également l’émergence récente de pratiques qui pénalisent « les personnes génétiquement prédisposées à développer certaines maladies ou qui ont des modes de vie considérés comme malsains ». L’évolution rapide de la génétique et des nouvelles technologies connexes a facilité l’obtention d’informations sur le statut génétique. Les tests génétiques ont des conséquences importantes pour le lieu de travail, car, par exemple, les employeurs pourraient avoir un intérêt à exclure ou à licencier les travailleurs qui ont une prédisposition à contracter telle ou telle maladie La discrimination génétique sur le lieu de travail a été prouvée et contestée avec succès devant plusieurs tribunaux dans le monde entier.

Le rapport global recommande une série d’étapes pour combattre la discrimination et pour réaliser le plan d’action proposé de l’OIT. Celles-ci impliquent notamment de promouvoir l’égalité hommes-femmes à travers une action globale plus intégrée et mieux coordonnée ; intégrer la non-discrimination et l’égalité dans les programmes par pays de promotion du travail décent en tenant compte des besoins spécifiques des différents groupes ; améliorer les législations et leur application ; améliorer l’efficacité des initiatives d’ordre non réglementaires telles que la passation des marchés publics, les politiques de prêt et d’investissement ; et aider travailleurs et employeurs à faire de l’égalité une réalité sur le lieu de travail au moyen d’accords de négociation collective et de codes de conduite.

Le rapport fait partie d’une série d’études publiées annuellement sur les thèmes fondamentaux de l’OIT en vertu du suivi de la Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail, adoptée par la Conférence internationale du Travail en 1998. La Déclaration est axée autour de quatre principes fondamentaux : la liberté d’association, l’abolition du travail des enfants, l’élimination du travail forcé et de la discrimination.


Note 1 - L’égalité au travail : relever les défis, Rapport global en vertu du suivi de la Déclaration de l’OIT relative aux principes et les droits fondamentaux au travail, Conférence internationale du Travail, 96e session 2007, Bureau international du Travail, Genève. Ce rapport peut être consulté en ligne (www.ilo.org/declaration) ou téléchargé (http://www.ilo.org/global/What_we_do/Publications/Officialdocuments/lang—fr/docName—WCMS_082608/PDF). ISBN 978-92-2-218130-8, ISSN 0251-3218.

Note 2 - Pour une liste complète des conventions de l’OIT et de leur statut, veuillez consulter http://www.ilo.org/public/french/standards/norm/index.htm.

Dans la même rubrique :

Communauté

  • Devenir membre
  • Se connecter
  • Nos membres
  • Le genre se bouge
  • Publier un article

infoGENRE

S'abonner à la newsletter