Rencontre des femmes en résistance : renforcement des liens pour la mobilisation sociale

Le 26 avril dernier, 200 femmes (dont moi-même) sont arrivées dans la ville de Oaxaca (Mexique), venant de différents endroits géographiques avec une caractéristique commune : notre participation dans les luttes pour la démocratie et les droits humaines. Nous - participantes de 10 états du Mexique, migrantes des États Unies et de 7 pays invités d´Amérique Latine - nous sommes réunies pour partager des expériences, reconnaître nos accomplissements et contributions a la mobilisation sociale, définir quels sont les obstacles et défis, trouver des stratégies pour travailler ensemble.

Par Fernanda Hopenhaym

On a travaillé dans des sessions plénières, avec des présentations sur différentes expériences de résistance et de mobilisation, et on a travaillé aussi dans des petits groups, dans lesquels on a eu des échanges et débats plus profonds.

En regardant les contributions que les femmes font aux mouvements sociaux, toutes les participantes ont pensé que nous apportons des éléments spécifiques et différents. Les femmes amplifient le programme d’action de ces mouvements, en apportant des questions comme celle de l´équité et l’égalité des sexes, l´inclusion, le pouvoir dans les relations entre les hommes et les femmes, l´importance d´abattre le système patriarcal. Dans le même sens, les femmes travaillent infatigablement, ont la capacité de faire plusieurs activités en même temps, avec engagement ; elles peuvent lier les sentiments avec la politique, elles savent que le personnel est politique, elles peuvent transformer la colère et la souffrance en énergie. De même, les femmes donnent de la légitimité aux demandes des autres femmes et défendent leurs cultures sans violence. Un autre apport important est que les femmes sont celles qui provoquent des changements, d´une génération a une autre, dans leur rôle de femmes au sein des sociétés.

Nous avons aussi identifié des accomplissements importants dans nos luttes ; entre autres une plus grande participation et d´organisation des femmes, la présence des femmes dans les espaces de décision, les alliances que nous avons créées entre femmes en reconnaissant qu´il y a des savoirs diverses, la possibilité d’inclure dans le débat publique des questions comme celle de la santé sexuelle et reproductive – et dans le cas de la Ville du Mexique d’obtenir la légalisation de l’avortement – et d’obtenir la formulation de nouvelles lois et politiques pour améliorer la situation des femmes.

Cependant, nous avons décelé quelques obstacles à notre travail, dans les familles, les organisations et l’espace publique. Dans les familles, nous avons mentionné que plusieurs hommes ont des difficultés pour accepter un rôle différent pour les femmes (on peut voir ça dans les couples mais aussi chez les collègues des organisations mixtes). D’autres participantes ont dit qu´elles souffrent parce que leurs familles ne les appuient pas et que dans ces communautés la participation politiques des femmes est considérée comme une chose négative. Dans les organisations, il y a des problèmes entre les dirigeants, qui plusieurs fois ne soutiennent pas le leadership des femmes. Enfin, au niveau publique, nous avons souligné qu´il existe des obstacles dans nos villes et pays, surtout l´autoritarisme des gouvernements, les défaillances des systèmes de justice, la répression des mouvements sociaux. En outre, les medias n´informent pas sur la situation des femmes, il y a de la discrimination et du racisme.

Mais malgré ces difficultés, le sentiment général des participantes est qu´on doit faire face aux défis et surmonter les obstacles pour augmenter et consolider nos accomplissements. Il y a plusieurs défis : nous voulons changer le modèle néolibéral, en transformant les relations politiques et économiques ; promouvoir des politiques publiques et savoir que nos demandes ne finissent pas avec le simple vote d’une loi ; modifier le système patriarcal et les représentations culturels ; former les enfants et les hommes afin qu´ils soient conscients de nos droits ; améliorer nos moyens de communication, l´accès à l´information et les relations entre nous ; réfléchir sur notre relation avec le gouvernement, les partis politiques, les autres mouvements et savoir comment demander des comptes à l´Etat ; travailler à notre formation politique, systématiser les expériences, intégrer nos plans d´action, élaborer des projets ; reconnaître la diversité et la pluralité des femmes, avoir confiance en nos collègues du mouvement, les inclure toutes ; enfin, nous devons maintenir, malgré tout, notre manière pacifique de résistance.

A partir de toutes ces questions, les participantes ont fait quelques propositions sur des axes stratégiques à suivre ensemble en plus de quelques actions concrètes. D´une part, nous avons proposé l´articulation de nos plans d´action et de nos processus sociaux, de faire un travail de sensibilisation avec toute la société. Nous avons parlé de la nécessité de créer des espaces pour des débats et des ateliers avec une perspective de genre, le renforcement des capacités, des réunions et des rencontres, et aussi d’établir des engagements de solidarité et des mécanismes de prévention, de sécurité et d’alerte pour la mobilisation sociale. D´autre part, en regardant les stratégies de communication, nous avons souligné l´importance de partager l´information (par exemple, avoir un calendrier de nos activités), d’encourager l´accès aux nouvelles technologies, d´aller vers les medias et de faire des campagnes. En plus, nous avons discuté de la manière de continuer notre travail d´influence dans la sphère juridique et de collecter des fonds pour développer des projets, pour chacune de nos organisations mais aussi collectivement. En particulier, pour mettre en œuvre quelques mécanismes de communication et établir le lien entre les participantes, nous avons proposé par exemple la création d’une page internet.

Tout ce dont nous avons discuté durant ces journées d’intenses travaux a eu comme base notre conviction de que « les luttes pour la démocratie et l´exercice des droits humains seront possibles seulement si les femmes ont de meilleures conditions de participation et d’influence politique ». (1)

C’est pour cela qu´il est fondamental de renforcer nos mouvements et de nous renforcer nous-mêmes. Du point de vue de la construction des mouvements, cette rencontre a été cruciale pour encourager l´échange et le débat collectif entre des femmes qui travaillent dans des environnements très diverses, sur différentes questions et dans des réalités très inégales. Le fait de nous rencontrer physiquement et de partager nos expériences nous ont permis de penser concrètement sur la création d´alliances, l´articulation de nos plans d´actions et d’examiner la possibilité de faire des actions ensemble à l´avenir. De la même manière, toutes les participantes ont quitté la rencontre avec du courage et de l’inspiration pour poursuivre notre travail et pour continuer à construire un solide mouvement de femmes qui inclut la diversité au Mexique. Mais nous voulons aussi construire un monde où nous pouvons vivre et où on respecte nos droits :

« Nous commencerons chaque jour en décidant où nous voulons aller :
A l´université pour étudier la planète et les plantes curatives, l’informatique ou les arts, le náhuatl ou l´anglais.
Nous irons au travail créatif, à nos propres commerces, au travail bien payé, pour recevoir le même salaire que les hommes pour le même travail.
Nous irons au marché avec nos bourses, nous pourrons acheter des chaussures et des robes, des livres et de la musique. Nous écouterons la radio ou achèterons les journaux, avec la sécurité de trouver de bonnes nouvelles.
Nous aurons la possibilité de choisir si nous voulons aller à l´hôpital ou vers les médecins traditionnels, nous prendrons plaisir à notre sexualité et déciderons avec qui, quand et comment avoir ou ne pas avoir des enfants.
Nous aurons des familles et des relations affectives équitables, avec des partenaires respectueux.
Nous organiserons des fêtes où tous les membres de nos peuples peuvent chanter et danser jusqu’à l’aube et le matin suivant il y aura dans chaque maison suffisamment de nourriture pour prendre le petit-déjeuner et nos enfants irons a l´école habillés avec des livres de couleurs et des lettres sages, avec ces cahiers blancs pour écrire leur propre histoire.
Et quand viendra le coucher du soleil, nous irons à nos réunions avec les autres femmes, au rendez-vous avec les autorités, avec la puissance qui nous permet de régir nos corps, nos municipalités, nos pays.
Nous sortirons pour marcher dans la rue sans peur, avec un sourire parce qu´il est beau de vivre la vie ». (2)

Notes
1. Document élaboré par les organisations Espacio Feminista y Colectivo Huaxyacac qui ont organisé la rencontre
2. Une partie de la déclaration finale de la rencontre

Source : AWID Carrefour Vol.6 N°20/[AFARD Togo] RESSOURCES N°73

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