Renforcer le rôle économique des femmes dans les pays en développement : Pour le changement des institutions sociales

Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes n’est pas une vision du monde imposée par l’Occident aux pays en développement. Une publication en ligne de l’OCDE.

RENFORCER LE RÔLE ÉCONOMIQUE DES FEMMES DANS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT : POUR LE CHANGEMENT DES INSTITUTIONS SOCIALES

par Johannes Jütting et Christian Morrisson

Cahier de politique économique N 27

● Des institutions sociales profondément enracinées - normes,
codes de conduite, lois et traditions - entraînent une
discrimination entre les sexes.

● La religion n’est pas systématiquement le vecteur d’une telle
discrimination. Toutes les religions dominantes font preuve
de flexibilité dans l’interprétation du rôle des femmes dans la
société.

● Les Objectifs du Millénaire pour le développement plaident
pour le changement des institutions sociales discriminatoires,
en complément des sept priorités stratégiques identifiées par
l’équipe de travail des Nations unies sur l’éducation et l’égalité
des sexes.

● Les bailleurs de fonds doivent redéfinir leurs stratégies,
pour s’attacher simultanément non seulement à améliorer
les compétences et les capacités des femmes mais aussi à
surmonter la résistance des hommes vis-à-vis des réformes en
faveur de l’égalité des sexes.

Introduction

De récentes recherches du Centre de développement (Morrisson et
Jütting, 2004, 2005 ; Morrisson et Friedrich, 2004) ont démontré que le cadre
institutionnel était essentiel pour comprendre le rôle économique des femmes
dans les pays en développement. Pourtant, ce cadre n’a pas encore reçu
l’attention qu’il mérite. Ce Cahier de politique économique propose une synthèse
des enseignements tirés de cette recherche et d’autres travaux afin de répondre
à trois grandes questions : tout d’abord, en quoi les institutions sociales sont-elles
si importantes pour l’égalité des sexes ? Ensuite, quels sont les obstacles aux
réformes des institutions sociales discriminatoires et pourquoi si peu de progrès ?
Enfin, quelles leçons de politique en tirer pour les bailleurs ?

Les études féministes insistent depuis longtemps sur le rôle majeur des
institutions dans l’inégalité des sexes (Elson, 1991 ; Marchand et Parpart, 1995 ;
Parpart, 1993). Selon elles, les structures patriarcales perpétuent cette inégalité.
Pour y remédier, les femmes doivent remettre en cause les relations de pouvoir
en place et faire évoluer ou disparaître les institutions patriarcales. Une étude de
la Banque mondiale sur l’égalité des sexes (2001), qui a fait date, souligne aussi
l’urgence de réformer les institutions afin d’instaurer l’égalité des droits et des
chances entre les hommes et les femmes. Dans le cadre institutionnel global, les
institutions sociales et les pratiques culturelles - lois, normes, traditions et codes
de conduite - sont souvent à l’origine, dans les pays en développement, d’une
discrimination durable à l’encontre des femmes. La polygamie, l’inégalité des
droits à l’héritage, les obstacles à la liberté de mouvements ou encore les mariages
précoces imposés par la famille aux adolescentes en sont des exemples.

Là où les traditions pèsent encore largement sur les comportements, les
politiques habituelles de promotion de l’égalité des sexes (multiplication des
écoles, octroi de micro-crédits aux femmes, etc.) sont importantes mais
insuffisantes. Lorsque la coutume interdit aux filles nubiles de sortir seules de
chez elles, on ne voit pas vraiment ce qu’une nouvelle école pourrait changer à
la donne. Et quant à l’octroi de micro-crédit aux femmes des zones rurales, alors
qu’elles n’ont accès ni à la terre, ni à la technologie ni à l’information, il n’a guère
de chance de produire les effets escomptés.
Trouver des solutions à l’inadéquation des cadres institutionnels présente un
immense défi. Réformer à la hâte ou faire des plans détaillés resteront inopérants,
voire contre-productifs. L’intervention des bailleurs de fonds au niveau des institutions
sociales est particulièrement délicate, puisque toute initiative peut rapidement être
taxée d’« impérialisme culturel ». L’édition 2004 du Rapport mondial sur le développement
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Centre de développement de l’OCDE - Cahier de politique économique N° 27
humain s’attache à définir la liberté culturelle et ses rapports avec les institutions
sociales. « […] Ni la liberté culturelle ni le respect de la diversité ne devraient être
confondus avec la défense de la tradition. La liberté culturelle est la faculté donnée
aux individus de vivre et d’être ce qu’ils choisissent, en ayant réellement la
possibilité de considérer d’autres options. » (PNUD, 2004, p. 4). La promotion
du changement des institutions sociales n’est pas une disposition préjudiciable à
la liberté culturelle ; au contraire, elle permet aux femmes de décider pour elles mêmes.
Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes n’est pas
une vision du monde imposée par l’Occident aux pays en développement. Les
191 États membres des Nations unies ont adopté cet objectif à l’unanimité dans
le cadre de la déclaration des Nations unies sur le développement (troisième
Objectif du Millénaire pour le développement).

L’article est à télécharger sur le site de l’OCDE en cliquant ici

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