Rwanda : des mères démunies jettent leurs bébés

Au Pays des Mille Collines, des mères ne pouvant subvenir aux besoins de leurs nourrissons, décident de les jeter dans la rue, en espérant qu’ils y seront recueillis. Face à la recrudescence de ces situations, un service rapproché a été mis en place par la mairie de Butaré afin d’éviter l’abandon des enfants. Récit d’une problématique sociale dans laquelle les victimes sont les femmes et les enfants.

Pauvreté et violences


Poussées par la pauvreté, des mères de Huyé, au sud du Rwanda, souvent des bonnes ou des femmes rurales aux très nombreux enfants, se débarrassent de leurs bébés à la naissance. Pour les en dissuader, la mairie de Butaré a organisé un service de suivi rapproché des femmes enceintes.
Tous les deux mois, on trouve au moins un bébé jeté dans les rues de Butaré, la grande ville du sud du Rwanda, selon les sources officielles. "Ces bébés sont jetés par des mères sans moyens pour les nourrir et des femmes qui n’ont pas respecté le planning familial", explique Justin Habyarimana, coordonnateur de la cellule de Busemi, un quartier de Butaré. Depuis qu’elle est à la tête de la mairie, il y a 7 mois, quatre femmes ont déjà été arrêtées et mises en prison pour ce délit. Parmi elles, deux bonnes.
A Butaré, les bonnes touchent un salaire de misère, environ 5 000 Frw (9 $). "Avec moins de dix dollars par mois, une bonne ne peut pas élever un enfant", explique l’une d’elles rencontrée sur son lieu de travail. Selon Justin Habyarimana, "certaines sont rendues grosses par leurs patrons". La plupart des cas qu’il gère sont d’ailleurs des différends entre les bonnes et leurs patrons. "Ils abusent d’elles en échange d’argent", s’indigne Joséphine Nyemba, une psychologue de Tumba (quartier pauvre de Butare), chargée du traitement psychosocial de ces femmes. Lorsqu’elles accouchent, certaines de ses filles jettent leurs bébés, "elles les font avec l’espoir qu’ils soient ramassés et pris en charge par un centre, au lieu qu’ils crèvent de faim à la maison", ajoute-t-elle.
"De nombreuses familles vivent avec moins d’un dollar par jour, ce qui pousse des femmes à jeter leurs enfants", déclare aussi Joséphine Nyemba. Celle-ci encadre environ 300 familles pauvres regroupées au sein de la Restauration Church, une Église de Réveil. Outre la pauvreté, les jeunes filles ont aussi peur d’être rejetées par la société et d’amoindrir leurs chances de mariage. "Dans notre culture, les jeunes garçons n’aiment pas épouser des filles mères", explique Jean Paul Maniraho, journaliste à Salus, une radio locale de Butare.

Suivre les femmes enceintes


Eugénie Wamaguro, une femme de Tumba, qui s’exprimait timidement devant sa bonne, a beau dire "Tomber enceinte n’est pas une fatalité, il serait mieux de garder l’enfant", les cas de nourrissons abandonnés sont nombreux et loin d’être tous connus. "Certains centres ou familles les récupèrent sans en informer les autorités", confirme la psychologue. Trois parmi eux ont ainsi été récupérés à l’orphelinat La miséricorde, de Kaba, un quartier de Butare.
Pour inciter les jeunes domestiques à garder leur enfant, "nous faisons du porte à porte et leurs faisons savoir que l’enfant d’une bonne peut devenir Président de la République, explique Rachid Kabundi, animateur du centre sanitaire de l’Université nationale du Rwanda. Nous leurs disons que désormais, toute femme qui cache sa grossesse sera traduite en justice."
De même, dans les villages où les enfants sont très nombreux et la pauvreté croissante, les autorités de Huyé ont récemment renforcé le suivi des femmes enceintes Dans chaque centre de santé, depuis trois ans, deux animateurs sanitaires suivent les femmes de la grossesse à l’accouchement. "Depuis le début de cette année, nous leur apprenons à planifier les naissances selon leurs moyens financiers, explique Rachidi Kabundi, un agent de santé communautaire. Les femmes sont tenues de se rendre à la consultation prénatale pour qu’elles soient vues de tous. Cette stratégie donne des résultats. "Aucun cas d’abandon d’enfants n’a été enregistré ces deux derniers mois", confirme Aloysie Nyiransabimana, vice -maire chargée des affaires sociales de Butare.
Deux femmes qui ont jeté leurs bébés croupissent actuellement en prison. "C’est une sanction pour décourager les autres femmes", souligne Aloysie Nyiransabimana. Mais cela ne résout pas le problème, essentiellement lié à la pauvreté. Pour Justin Habyarimana,"les bonnes doivent se regrouper en association pour mieux défendre leurs droits".


Le 12 mars 2009,
par Nekwa Makwala, Régine Kapinga Kabwe

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Source : Syfia Grands Lacs

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