Séminaire : le genre en situation coloniale et post-coloniale

La New-York University à Paris I (Panthéon - Sorbonne) accueillera à partir du 13 octobre 2010, tous les seconds mercredis du mois de 18H00 à 20H00, les séances du séminaire dédié à la question du genre en situation coloniale et post-coloniale. Il y sera établit un large état des lieux de la question (sur la longue durée) en privilégiant l’approche interdisciplinaire et trans-coloniale et trans-impériale et dans un souci de va-et-vient chronologique qui prenne le passé comme moyen privilégié d’éclairer, d’analyser, et de comprendre, le présent de la France mais aussi des anciens territoires colonisés.


Coloniser a toujours été perçu comme un acte essentiellement masculin. C’est sans doute pour cette raison que l’histoire de la colonisation (et de la décolonisation) - qui, jusqu’à une date récente, était le plus souvent écrite par des hommes - n’a fait que peu de place aux femmes, aux rapports sociaux de sexe, à la construction des identités de genre et plus encore à l’histoire de la sexualité en situation coloniale.

Considérées comme quantités négligeables dans les périodes belliqueuses (de guerre ou de pacification), les femmes (et par extension le genre et les questions sexuelles) n’ont certes pas eu une visibilité plus importante en temps de paix alors même qu’elles se trouvent, comme agents d’un mission civilisatrice française dont le triptyque fondateur est « éduquer, moraliser, convertir », au cœur de l’affirmation de la puissance nationale et de la domination coloniale. Au point que l’on peut à juste titre se demander aujourd’hui si la colonisation française a bien eu, à un moment de son histoire, un genre ?

Pour répondre à cette question, le séminaire mensuel « Le genre en situation coloniale et post-coloniale » se propose de faire, dans un premier temps, un état des lieux de la question sur la longue durée (des débuts du second Empire colonial français au XIXe siècle à ses prolongements post-coloniaux d’aujourd’hui) en privilégiant l’approche interdisciplinaire et trans-coloniale (pour éviter la surexposition d’une partie de l’Empire au détriment des autres) et trans-impériale (en n’hésitant pas à recourir au comparatisme pour expliquer tant la gestion coloniale que post-coloniale des politiques genrées/et sexuelles) et dans un souci de va-et-vient chronologique qui prenne le passé comme moyen privilégié d’éclairer, d’analyser, et de comprendre, le présent de la France mais aussi des anciens territoires colonisés.

Dans cette perspective, on s’efforcera tout particulièrement de mettre en commun de nouvelles sources, de nouvelles problématiques et de nouvelles approches (liant par exemple micro-histoire et histoire sociale, subaltern studies et post-colonial studies aux gender studies) dans le but de circonscrire un territoire émotionnel et politique (le genre en situation coloniale et post-coloniale) qui semble chaque jour, au regard des très nombreuses polémiques qui sont en lien avec (collaboration charnelle, tortures et viols pendant le guerre d’Algérie, violences sexuelles de la guerre civile en Algérie, affaire des viols collectifs dans les quartiers difficiles, question du voile et de la laïcité, « qualités essentielles » et virginité dans le mariage en France…) prendre plus d’importance, aussi bien dans ce qui fut l’Empire colonial français, qu’en France post-coloniale.
Programme des séances 2010-2011

- Mercredi 13 octobre 2010 : Delphine Peiretti, « Corps et sexualité de l’Africaine dans le discours médical français au XIXe siècle ».
Delphine Peiretti, est Agrégée d’histoire, doctorante à l’Université d’Aix-Marseille en première année de thèse, spécialisée en histoire contemporaine, chargée de cours et professeur dans le secondaire cette année, et ATER à partir de septembre 2010 à l’Université d’Aix-Marseille.

- Mercredi 10 novembre 2010 : Annpôl Kassis, « Les femmes déportées en Australie : outils d’une colonisation de peuplement forcé ? ».
Annpôl Kassis est Docteur en anglais de l’Université Paris III et écrivain. Dans ce contexte, elle a écrit Les disparues de l’Amphitrite : des femmes déportées en Nouvelles Galles du Sud, Paris, 2010.

- Mercredi 8 décembre 2010 : Jocelyne Dahklia, « Le harem, nouvelles approches historiographiques ».
Jocelyne Dahklia est Directrice d’études au Centre de Recherches Historiques de l’EHESS. Elle a publié de nombreux ouvrages dont : Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerranée, Actes Sud, Arles, 2009 ; L’empire des passions : l’arbitraire politique en Islam, Paris, Aubier, 2005 ; et Le Divan des Rois. Le politique et le religieux dans l’Islam, Paris, Aubier, 1998

- Mercredi 12 janvier 2011 : Jennifer Boittin, « L’homme noir : La masculinité des Africains et Antillais en France pendant l’entre-deux-guerres ».
Jennifer Boittin est Professeur assistante de Français, d’Etudes Francophones et d’Histoire à l’Université de Pennsylvanie En 2010, elle a publié son premier livre, intitulé Colonial Metropolis : The Urban Grounds of Anti-Imperialism and Feminism in Interwar Paris aux Presses Universitaires du Nebraska. Depuis peu, elle a débuté des recherches à Dakar, Angers, Aix-en- Provence et Paris pour son deuxième livre, une étude comparative des féministes et colonisatrices françaises en Indochine et AOF. Un premier article lié à cette problématique, intitulé “Feminist Mediations of the Exotic : French Algeria, Morocco and Tunisia, 1921-1939,” vient d’être publié, en avril 2010, par Gender & History. Elle vient aussi d’éditer un volume spécial de la revue French Historical Studies avec le Professeur Tyler Stovall (Berkeley University), sur le thème des intersections entre les questions de race et de genre dans l’histoire française.

- Mercredi 9 février 2011 : Laura Schuft, « Couples interethniques à Tahiti : vitrine des rapports de genre, d’ethnicité et de statuts socioéconomiques dans un contexte postcolonial ».
Laura Schuft est Sociologue américaine (Tufts University) rattachée à l’Unité de Recherche « Migrations et Société » (URMIS, Université de Nice). A partir de cinq ans de terrain de doctorat en Polynésie française, ses recherches portent sur le genre, l’ethnicité et les rapports (post)coloniaux.

- Mercredi 9 mars 2011 : Julie Castro, « Le gouvernement de la prostitution au Mali : traces coloniales et reconfigurations post-coloniales ».
Julie Castro est Médecin, Doctorante en sciences sociales EHESS-IRIS/IRD-URMIS rattachée au projet IRD « Les dynamiques de mobilisations collectives au temps des ARV en milieu urbain d’Afrique francophone » et Allocataire ANRS (2009-2012). Elle prépare actuellement une thèse dont le titre (provisoire) est « Prostitution" et sida au Mali : construction des sujets, mobilisations collectives et agency ».

- Mercredi 13 avril 2011 : Salima Amari, « Lesbiennes ET « maghrébines » : du fantasme colonial aux réalités postcoloniales ».
Salima Amari est Doctorante en sociologie au Centre d’Etudes Féminines et Etudes de Genre à l’université Paris 8 sous la direction de Jane Freedman, rattachée au laboratoire de recherche CRESPPA-GTM. Sa thèse porte sur « La question lesbienne chez des femmes maghrébines migrantes et descendantes de parents maghrébins en France ». Elle est titulaire d’un DEA de Paris 8 qui porte sur « Les algériennes arrivées seules en France ces dernières années (1990-2000) ».

- Mercredi 11 mai 2011 : Dimitra Douskos, « Insuffisance maternelle et violence raciale : figurations genrées de l’esclavage dans l’art de Kara Walker ? »
Dimitra Douskos a obtenu un Doctorat de psychologie à l’Université Catholique de Louvain, en Belgique, avec un texte sur l’art et la psychanalyse intitulé « L’épisynthèse en corps ». A partir d’un exposé antérieur présenté au colloque Challenging cultures of death du Centre for Gender and Women Studies, Trinity College, Dublin, elle tentera d’éclairer le (dys)fonctionnement des fantasmes dits « matriciels »(B. Ettinger) dans les images de Kara Walker."

- Mercredi 8 juin 2011 : Julien Gaertner, « Conquérir, soumettre, enfermer, libérer, émanciper. Les images cloisonnées des « femmes arabes » et de l’homosexuel maghrébin dans le cinéma français (1921-2010) »
Julien Gaertner est docteur en histoire contemporaine des universités Nice-Sophia Antipolis et Mohamed V-Agdal de Rabat et chargé de cours au département des études cinématographiques de l’université de Montréal. Auteur d’une thèse de doctorat soutenue en 2010 et financée par la Commission européenne sur L’image de l’« Arabe » dans le cinéma français de 1970 à nos jours, il en prépare actuellement l’adaptation au format documentaire (La Nouvelle vague. Le cinéma sous influence immigrée, JEM productions). Il est par ailleurs l’auteur de : « Troublantes relations sur grand écran », dans Yvan Gastaut, Driss El Yazami, Naïma Yahi, Générations. Un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France, Éditions Gallimard, Paris, 2009 ; et « Les images de l’immigration dans le cinéma québécois : des étrangers sacrifiés pour une identité régénérée », dans la revue Migrance, n°34, 1er semestre 2010.

P.-S.

En cas de problème tel : +33 (0)1 53 92 50 80.

Dans la même rubrique :

Communauté

  • Devenir membre
  • Se connecter
  • Nos membres
  • Le genre se bouge
  • Publier un article

infoGENRE

S'abonner à la newsletter