Rencontre avec Sendasal/Anacaonas, partenaire latino-américain

Kemly Camacho Jeménez est une femme brillante, à l’inspiration contagieuse. Nous l’avons rencontrée pour échanger autour d’Anacaonas.net, le centre de ressources latino-américain sur le genre ("Sendasal" de son ancien nom), cousin d’Observ’action. Elle est présidente de la coopérative auto-gérée Sulá Batsú (San José, Costa-Rica) en charge de gérer le projet.

Depuis 2013, Genre en Action est partenaire de BRIDGE (le département « genre » de l’Institut des Etudes de Développement britannique - IDS, Université de Sussex) autour du projet « Observ’action » : il s’agit d’un centre de documentation numérique sur le genre et le développement qui centralise et diffuse des ressources en français, issues prioritairement des pays d’Afrique francophone.

Ce partenariat trouve son origine dans le contexte plus large des programmes de BRIDGE, dont le fil rouge est de soutenir et faciliter l’appropriation des connaissances scientifiques sur le genre, en anglais, mais aussi en espagnol et en français, d’autant plus qu’il existe un retard important dans les régions hispanophones et francophones. Favoriser les échanges des savoirs d’un continent à l’autre, d’une langue à l’autre est également une approche privilégée par BRIDGE dans ce projet.

C’est dans ce contexte que nous avons rencontré Kemly Camacho Jeménez, présidente de la coopérative auto-gérée Sulá Batsú (San José, Costa-Rica), à qui revient la mission de gérer le centre numérique Sendasal (sendasal.org), le cousin latino-américain d’Observ’action.

Les utopies de Kemly Camacho Jeménez

Multi-casquettes, à la fois professionnelle des NTICS – elle a travaillé comme ingénieure dans le développement de systèmes informatiques - et diplômée en anthropologie, Kemly Camacho Jeménez est une femme de leadership à l’énergie contagieuse. Chaque jour, elle met ses utopies à l’épreuve, et réussit, avec la coopérative Sulá Batsú, à changer les réalités des femmes ici et maintenant, tout en bâtissant les fondations de la société égalitaire de demain.

Sulá Batsú, une coopérative auto-gérée

Sulá Batsú est une coopérative du Costa-Rica créée en 2005 par 12 personnes ayant décidé de s’impliquer dans le développement de leurs communautés. Souhaitant s’émanciper des aides au développement, elles ont choisi le modèle de l’auto-gestion et de l’autonomie économique. La coopérative compte aujourd’hui 18 associé-e-s et propose de nombreux services professionnels qui assurent la pérennité des activités. Le domaine principal est celui de la communication et l’informatique, en particulier les nouvelles technologies, dont l’usage principal est destiné à améliorer les conditions de vie des femmes : dans le domaine de l’éducation, de la vie domestique, des activités génératrices de revenus, etc.

En prenant en compte la réalité des femmes dans le développement et l’appropriation des nouvelles technologies, Sulá Batsú montre que ces outils ne sont pas « naturellement » l’apanage des hommes mais peuvent, au contraire, contribuer grandement à l’émancipation des femmes. Un des projets de la coopérative, soutenu par ONU Femmes, est ainsi d’encourager les jeunes étudiantes à s’orienter vers des carrières dans le secteur informatique.

Sulá Batsú combat deux clichés : que les nouvelles technologies sont une affaire d’hommes, et qu’elles n’ont rien à faire dans les zones rurales.

Moins de 8% des applications mobiles sont créées par des femmes alors qu’elles en sont les plus grandes utilisatrices. En effet, les femmes sont la cible n°1 de l’industrie de consommation, via les applications mobiles, les accessoires pour téléphone, le merchandising, etc.

Partant de ce constat, Sulá Batsú travaille à ce que davantage de femmes, en particulier des femmes vivant dans les zones rurales, prennent part au développement de services technologiques, car « créer une application, c’est apporter sa vision ». On connaît le poids des constructions de genre dans la façon de penser le monde, et donc les outils et les services. Sulá Batsú a ainsi observé que les applications mobiles, quand elles sont développées par des femmes, sont davantage connectées avec les réalités quotidiennes : lutter contre le harcèlement, mettre à disposition des services de secours en cas de violences, des services d’information pour la santé de enfants (avec un calendrier des vaccins par exemple), ou encore une application pour soutenir la communcation d’enfants handicapé-e-s, etc. Ce travail a été récompensé par une invitation à la « Mobile Learning Week », organisée par l’UNESCO et ONU FEMMES, où les jeunes développeuses costa-ricaines ont présenté leur travail : elles ont montré comment l’apprentissage des métiers de la communication mobile peut générer des activités rémunératrices pour les femmes vivant dans des zones rurales. (En savoir +)

Sulá Batsú gère également un Centre Culturel très fréquenté à San José : « Nous croyons beaucoup à l’art et la culture pour le changement des mentalités et la lutte contre les stéréotypes ». Parmi les nombreuses activités de cette coopérative bouillonnante, notons également l’organisation d’ateliers de formation à la sécurité en ligne, auprès de femmes activistes, pour qu’elles apprennent comment protéger leur identité quand elles utilisent Internet lors de leurs actions militantes…

De Sendasal à Anacaonas

C’est donc à la coopérative Sulá Batsú que revient la gestion du centre numérique latino-américain Sendasal, lancé depuis l’Uruguay en 2011. De nouvelles dynamiques sont être mises en place, dans le but de favoriser les échanges et l’interconnexion avec les mouvements sociaux et les acteurs/trices locales. Désormais le projet s’appelle « Anacaonas », du nom d’une jeune femme du XVIè siècle, connue pour avoir résisté à la colonisation espagnole sur l’île d’Hispaniola (Haïti et République dominicaine).

Anacaonas et Observ’action partagent le même objectif de rendre accessibles les connaissances sur le genre pour renforcer le plaidoyer en faveur de la justice de genre. L’un en espagnol, basé en Amérique-Latine, l’autre en français, avec un public africain, et pourtant de nombreuses perspectives communes ! Notre agenda post-2015 à nous sera de traverser les frontières, dépasser les barrières de langue et de mener des actions communes… A suivre !

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