« Si le développement est empoisonné, pourquoi les femmes en voudraient-elles une plus grosse part » ?

Cette phrase prononcée par Gita Sen, membre du comité exécutif de DAWN, a reçu un accueil triomphal du public. Mardi 19 avril à 9h, Forum de l’AWID : le grand auditorium du Haliç Center d’Istanbul rayonnait de l’enthousiasme de plus de 2200 femmes du monde entier présentes pour assister au 12ème forum de l’association du droit des femmes et du développement qui fête cette année ses 30 ans.

Du 19 au 22 avril, Istanbul réunit des femmes de tous horizons, cultures, générations, religions, nationalités, classes, ou orientations sexuelles, unies autour d’une réflexion commune : comment inscrire la lutte pour les droits des femmes dans une dynamique de développement ?

Pour ces militantes féministes du monde entier, le forum est l’occasion d’échanger sur leurs pratiques mais aussi de renouveler le débat et l’engagement. Pour la directrice de l’AWID, Lydia Alpizar Duran, le forum permet la reconstruction de processus collectifs mondiaux et donne l’opportunité de « créer ensemble et non plus seulement réagir » face aux inégalités. Telle est l’ambition de ce 12ème forum dont le thème est la transformation du pouvoir économique pour avancer les droits des femmes et la justice.

En quoi le pouvoir économique est-il important et comment le comprendre dans le contexte actuel mondial ? Est-ce si essentiel de prendre part à un système économique qui participe à la paupérisation et aux inégalités femmes-hommes ? Les féministes proposent une nouvelle définition du développement dans lequel les femmes peuvent s’inscrire. Au niveau mondial, la vision féministe du développement économique prend en compte des dimensions oubliées des calculs économiques comme le travail domestique, le « double fardeau » des femmes ou la pauvreté du temps. Car les politiques économiques et les droits des femmes sont liées. Le cas de la Turquie le prouve puisque sa politique économique a des conséquences négatives sur les femmes. D’après Ipek Ilkkaracan Ajas, professeure à l’université technique d’Istanbul, ces politiques impactent les droits à l’intérieur même du cadre familial en favorisant les violences domestiques.

C’est pourquoi le choix d’organiser le forum à Istanbul n’est pas anodin. Lydia Alpizar Duran, directrice de l’AWID, nous rappelle que le but était de rapprocher les femmes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, et ceci prend tout son sens après les "révolutions arabes". Plusieurs intervenantes ont d’ailleurs évoqué les effets de ces révolutions sur les droits des femmes et leurs implications au niveau mondial. Bochra Haj Hmida de la cour Suprême de Tunisie rapporte que les femmes ont été présentes dans les rues pendant les révolutions, s’associant aux hommes dans la lutte pour des changements sociaux. L’impact de ces révolutions est mondial puisqu’il relance la question de la situation des femmes dans différents contextes culturels et
religieux.

Les différents fondamentalismes et conflits menacent aujourd’hui les droits des femmes. Adopter une vision féministe du développement économique permet de mettre en lumière non seulement les inégalités dont sont victimes les femmes mais aussi les populations marginalisées par leur race, classes ou orientations sexuelles. Les revendications féministes s’inscrivent donc dans une dynamique de changement sociétal global. Car, comme nous le rappelle Maria Poblet, directrice de Causa Justa « ce qui est bon pour les femmes est bon
pour toute la communauté
 ».

Emmeline Guérin

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