Situation actuelle de l’excision au Sénégal

25 juin 2014

Par Rokhaya Gningue, sociologue s’intéressant au droit des enfants et des femmes, aux questions de genre (SENEGAL). Le principal obstacle aujourd’hui à l’éradication des pratiques d’excision est la pression sociale : « refuser un rite, c’est rejeter la société dans ce qu’elle a de plus profond ».

Une étude réalisée dans le cadre de notre mémoire de maîtrise réalisé en 2000, nous avait permis de constater que « grâce une déconstruction de ses représentations symboliques, l’excision est en voie de disparition. Les stratégies mises en œuvre par les ONGs pour lutter contre la pratique jouent un rôle déterminant dans ce processus d’abandon ».

Notons que c’était délibéré de notre part d’utiliser le terme d’excision(s) à la place de mutilation du fait de l’imprécision et de la connotation péjorative de ce dernier concept.

Cette étude a été réalisée dans une commune du Sénégal, Ndioum. Le choix de cette zone se justifie à deux niveaux :

  • 1. c’est une zone à majorité Halpulars. Ces derniers font partis des principales ethnies qui excisent au Sénégal.
  • 2. un chef religieux très influent chez les halpulars s’est ouvertement déclaré favorable à la pratique de l’excision et contre l’adoption de la loi contre l’excision votée le 29 janvier 1999.

130 femmes ont été enquêtées

Lorsque nous avons débuté ce travail, nous voulions d’une part connaître l’excision sous ses différents aspects et d’autre part étudier la situation actuelle de la pratique avec les nombreuses campagnes qui sont menées pour son éradication.

Chez les jeunes filles de moins de 25 ans, l’excision n’est plus une pratique entourée de représentations symboliques. On remarque chez elles une ignorance ou un oubli des origines, significations et fonctions de l’excision.

La nouvelle justification essentielle du maintien de la pratique est la pression sociale. En d’autres termes, c’est une tradition que les « vieilles générations » souhaitent continuer ou que la société leur impose. Dans ces sociétés comme l’affirme Henri Mendras « refuser un rite, c’est rejeter la société dans ce qu’elle a de plus profond ».

Ces jeunes filles dans leur majorité sont pour l’abandon de l’excision et ont avoué lors des entretiens qu’elles n’exciseront pas leurs filles. Cette nouvelle position face à la pratique de l’excision se traduit par un désir d’abandon des jeunes certaines pratiques culturelles traditionnelles perçues comme étant néfastes pour la femme.

Si dans la société traditionnelle, l’excision était une pratique obligatoire que toutes les filles devaient subir en vue de leur intégration sociale, aujourd’hui elle n’est qu’un mimétisme qui a perdu toutes les représentations (tirées de la religion ou des mythes) qui la justifiaient.

L’évolution des mœurs, la scolarisation, l’apparition de nouveaux modes de vie dues à l’urbanisation progressive de certaines zones ont beaucoup participé quant aux changements de la perception de l’excision des populations peuls de cette zone.

Cette pratique était présentée comme un rite indestructible. Mais comme l’affirme Ki Zerbo « toutes les cultures évoluent, tantôt mues par leur dynamisme interne, tantôt sous l’influence de facteurs extérieurs. Toutes ont intégré (sans exception), d’une manière insensible et continue ou à certains moments privilégiés de leur histoire des éléments étrangers qu’elles ont assimilés. Rien ne serait plus faux que de présenter les cultures de l’Afrique Noire comme stationnaires, non évolutives, préservées d’influences extérieures et monolithiques ».

Auteure : Rokhaya Gningue, sociologue s’intéressant au droit des enfants et des femmes, aux questions de genre. Autres thèmes d’intérêt : communication, microcrédit, gestion et suivi de projet, connaissances sur le conseil, accompagnement, les techniques d’animation de groupes.

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