Soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme

Retour sur le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Nombreux sont les progrès à célébrer même si le processus de matérialisation de ces droits a été extrêmement lent.

Source : AWID, décembre 2008

Par Kathambi Kinoti

Les origines

La Déclaration universelle des droits de l’homme a été signée le 10 décembre 1948, trois ans après la création de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Son adoption obéissait au fervent désir des membres de l’Organisation de ne plus jamais assister à la destruction massive et aux blessures provoquées par la deuxième guerre mondiale. La Déclaration universelle des droits de l’homme a été élaborée par la Commission des droits de l’homme, qui est l’organisme prédécesseur du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Cette Commission était présidée par une femme (désignée à l’époque comme Président) : Eleanor Roosevelt, qui a dirigé les travaux de la Commission durant tout le processus qui aboutit à la définition des droits qui devaient être consacrés dans la Déclaration.

Aujourd’hui, la Déclaration est reconnue pratiquement dans le monde entier comme la référence de base en matière de droits humains, malgré la réticence de certaines nations, en particulier parmi les pays traditionnellement capitalistes, à respecter les droits économiques, culturels et sociaux tels que le droit à un travail décent, au logement ou à un niveau de vie raisonnable. Les femmes sont souvent les principales victimes de la violation de ces droits.

Manque de volonté

Qu’ils soient animés par une réelle volonté, par des raisons politiques ou par le désir de faire bonne figure, les états signent volontiers les conventions relatives aux droits humains. Pourtant, les choses sont bien différentes dans la pratique. Au moment de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Grande-Bretagne et la France étaient encore des pouvoirs coloniaux. Cette même année, un autre membre des Nations Unies, l’Afrique du Sud, adoptait le régime de l’apartheid.

En soixante ans, l’oppression de l’état n’a pas disparu. Certains états et leurs agents continuent de commettre de graves violations des droits de l’homme. En Chine, la liberté d’expression est fortement restreinte. Dans le monde entier, les défenseurs des droits humains font l’objet de détentions arbitraires, sont emprisonnés, torturés et assassinés. Sur et hors de son territoire, le gouvernement des Etats-Unis détient des gens qu’il accuse de terrorisme et les soumet à la torture.
Les états ne violent pas seulement les droits de façon active ; ils permettent passivement que les violations de ces droits se poursuivent. C’est pourquoi la discrimination contre les femmes, les crimes d’honneur, les mutilations génitales féminines, les viols et d’autres atrocités restent courants.

Les coupables autres que les états

La Déclaration universelle des droits de l’homme a été rédigée sur la base du principe selon lequel les états sont les premiers responsables pour garantir la protection des droits de l’homme et, en termes de son interprétation, il est tacitement entendu que ce sont les états qui violent les droits humains. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ainsi que le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, tous deux inspirés de la Déclaration universelle des droits de l’homme, obligent les états à protéger, sinon respecter, les droits consacrés dans la Déclaration. Ceux-ci continuent, certes, de commettre des violations des droits humains mais le monde a beaucoup changé depuis l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Les états ne sont plus les seuls à violer les droits. La plupart des conflits actuels font intervenir d’autres acteurs qui défient le pouvoir des états et sont hors de la portée de leur système judiciaire. Les atrocités commises par l’Armée de Résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army) dans le nord de l’Ouganda étaient inconcevables au moment de la rédaction de la Déclaration. Outre le fait de provoquer des déplacements massifs, les milices non-étatiques sont coupables de toute une série de très graves violations de ces droits : des viols, des mutilations, l’esclavage et des meurtres. À l’exception des meurtres, les cibles sont, dans la plupart des cas, des femmes et des jeunes filles. Bien que la jurisprudence pénale internationale ait étendu sa compétence aux individus, la détention et la poursuite de ceux-ci en justice sont particulièrement difficiles.

La montée en force des grandes sociétés transnationales est un autre phénomène inconnu en 1948, au moment de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Des sociétés transnationales comme celles qui exploitent les richesses minérales de la République démocratique du Congo ou la richesse pétrolière en Colombie sont coupables d’une multitude d’abus. Dans tous les coins de la planète, les sociétés transnationales portent atteinte aux droits des plus pauvres de différentes façons qui vont du travail infantile et de la violation des droits de propriété intellectuelle à la torture, voire à l’assassinat.

Sur la voie du progrès

La Déclaration universelle des droits de l’homme consacre le principe des droits égaux pour tous mais il a fallu lutter pour mettre fin à la discrimination exercée à l’encontre des groupes désavantagés. Il a fallu 45 ans pour que les droits des femmes soient enfin proclamés comme des droits humains lors de la Conférence sur les droits de l’homme des Nations Unies tenue à Vienne.
Un groupe entièrement féminin de représentantes de quinze gouvernements a participé à la première session de la Commission de la condition de la femme en 1947. Mais ce n’est que trente ans plus tard que les états sont convenus qu’il était insuffisant de reconnaître l’égalité hommes-femmes et qu’il fallait également venir à bout des entraves qui font obstacle à la promotion des femmes. Ici encore, les états ne se sont pas montrés très pressés de progresser en la matière, malgré l’adoption de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

Il y a soixante ans, lors de la séance inaugurale de l’Assemblée générale des Nations Unies, Mme Roosevelt a lancé un appel aux gouvernements du monde afin qu’ils encouragent les femmes du monde entier à prendre une part plus active aux affaires nationales et internationales, et aux femmes, conscientes des opportunités qui leur sont offertes, afin qu’elles participent aux tâches de la paix et de la reconstruction comme elles l’ont fait pendant la guerre et dans la résistance. Nous entendons encore ce genre d’appels de nos jours car la situation n’a progressé que très lentement.

Références

1. Roosevelt, Eleanor ‘The Promise of Human Rights.’ Extrait de Foreign Affairs 26 (avril 1948) 470-477. http://www.udhr.org/history/113.htm
2. Brève histoire de la Commission de la condition de la femme : http://www.un.org/womenwatch/daw/CSW60YRS/CSWbriefhistory.pdf

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