Sommet Mondial pour mettre fin aux violences sexuelles dans les conflits (1/2)

Le Sommet mondial pour mettre fin aux violences sexuelles dans les conflits s’est tenu à Londres du 10 au 13 juin. Compte-rendu par Annie Matundu Mbambi, présidente WILPF/RDC et trésorière de Genre en Action.

Sur invitation du ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, William Hague et de l’Envoyée spéciale du Haut-Commissariat des réfugiés (UNHCR), Angelina Jolie, le Sommet Mondial de Londres sur le thème : « Mettre fin aux violences sexuelles dans les conflits » a eu lieu à Londres du 10 au 13 Juin 2014, dans la grande salle de conférence Excel London.

Plus de 2000 participant-e-s venant de 123 pays au monde, furent représenté-e-s à ce sommet, comprenant quarante-huit ministres des Affaires étrangères, des survivant-e-s, des expert-e-s de la société civile, des membres des instances judiciaires et militaires, des organisations non gouvernementales, des religieux, et des associations humanitaires. Il s’agit de la plus importante rencontre jamais organisée sur la thématique. L’actrice Angelina Jolie et le chef de la diplomatie britannique William Hague ont présidé cet événement.

L’objectif du sommet était de « faire reconnaître les violences sexuelles comme étant des violations de la Convention de Genève ».

Le programme a été principalement consacré à des séances plénières suivies des allocutions et discours officiels. Les grand-e-s invit-e-és étaient pour la majorité issu-e-s d’institutions internationales, des gouvernements et quelques personnalités connues en la matière, comme Dr Mugwege et la lauréate de la paix Leymah Gbowee.
Outre les échanges officiels, plus de 300 sessions ont été organisées. L’événement a proposé un programme ouvert au public avec des ateliers, des conférences, des expositions et du cinéma muet, qui ont permis aux centaines d’expert-e-s de participer et d’échanger des expériences, de témoigner, de présenter des études ou recherches faites.

Les statistiques sur les violences sexuelles ont afflué, donnant la mesure d’un sujet longtemps considéré comme gérémiades des femmes. Le cas des violences sexuelles dont sont victimes les hommes et garçons, bien souvent ignorées et le recrutement des enfants ont été évoqués. En temps de conflit, les enfants sont mutilés, enlevés, recrutés par des groupes paramilitaires, privés de leurs droits à l’éducation et à la santé, victimes de violences sexuelles et ils sont parfois tués.

Nous avons participé à ces assises en partageant notre expérience sur le panel des veuves dans les conflits organisé par Widow’s Peace trough Democracy et sur la réflexion sur les relations de genre et la masculinité dans les conflits organisé par Women’s International League for Peace and Fredon (WILPF), en soulignant l’urgence de mettre fin à l’une des violations des droits humains les plus destructrices et les plus généralisées dans les pays touchés par des conflits.

Cette rencontre à haut niveau a aussi examiné, entre autres, les cas de la Somalie, de la République démocratique du Congo, du Sri Lanka, du Liberia, du Soudan, ainsi que la question de la réhabilitation des victimes de la RCA, de l’Egypte, de la Libye, du Nigéria, du Pakistan, de la Californie et de l’Inde.

Dès l’ouverture du sommet, certaines organisations ont dénoncé le manque de communication entre le gouvernement britannique et les organisations qui œuvrent dans la thématique du genre. Les associations de défense des réfugiés ont dénoncé l’opération de communication du gouvernement britannique. Elles ont critiqué dans un communiqué daté du 8 juin 2014, le double visage du gouvernement britannique : "D’un côté, beaucoup d’efforts sont faits pour les zones de conflits à l’étranger, mais de l’autre côté, quand les victimes de ces conflits arrivent sur le territoire britannique, c’est une autre histoire. Souvent, personne ne croit ce que racontent ces les survivantes. Et plutôt que de les protéger, le système d’asile les traumatise davantage." Parfois même, le Royaume-Uni renvoie les demandeurs d’asile victimes de viols dans leur pays. De nombreux Tamouls du Sri Lanka ont fait les frais de cette politique migratoire.

L’avant-dernier jour de la conférence, jeudi 12 juin 2014 à Londres, William Hague a présenté un protocole international qualifié d’"essentiel" par Angelina Jolie, pour mettre "fin à l’impunité" des violences sexuelles en zone de guerre. Le document de 146 pages, disponible sur le site du Foreign Office et qui sera traduit en plusieurs langues et diffusé dans le monde, établit des critères internationaux pour qualifier les violences sexuelles de crime. Ce protocole vise à harmoniser la manière d’enquêter et de rassembler des informations sur le terrain. il précise les modalités pour protéger les victimes et les témoins, que les procureurs, les forces de police, les forces de maintien de la paix et la société civile, en première ligne de ce combat, sachent comment consigner et enquêter sur les violences sexuelles en zone de conflit afin que les auteurs puissent être poursuivis, un document extrêmement important" qui jouera "un rôle essentiel pour briser la culture de l’impunité.

Quelques pays ont annoncé des dons en financement pour lutter contre ce fléau, c’est le cas du Canada qui verse actuellement 537 millions de dollars en appui aux projets liés à la sécurité, au développement et à l’aide humanitaire en Afrique de l’Ouest. Le premier jour du sommet, le Ministère du développement international de Grande-Bretagne a annoncé qu’il fournirait une nouvelle assistance pour aider les survivants et prévenir la violence sexuelle à hauteur de 5 millions de livres (8 millions de dollars).
Du Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki – Moon, en passant par Zainab Hawa Bangura, représentante chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit et en atterrissant par la procureure auprès de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, et autres, intervenant-e-s à la séance de clôture du sommet, tout-e-s ont confirmé leurs engagements à passer à l’action pour éliminer la violence sexuelle et promouvoir l’égalité des sexes, soulignant que "la violence contre les femmes relève de questions de paix et de sécurité".

L’un des aboutissements clés de la conférence de Londres, est la grande recommandation suggérée par le Secrétaire d’Etat Américain John Kerry, de demander à chaque gouvernement de refuser de servir de refuge à ceux qui ont commis des actes infâmes.

Ce Sommet a offert une opportunité sans précédent, en espérant qu’il permettra aux gouvernements de prendre conscience de l’ampleur de la tâche et de s’y atteler, pour que les violences sexuelles ne soient plus une réalité.

Mon point de vue, je crois, est partagé pas beaucoup de personnes avec qui j’ai eu l’occasion d’échanger. C’est la question de la mise en œuvre des engagements pris par différents gouvernements. Serait-ce un Sommet de plus ? ou bien une lueur d’espoir pour mettre fin aux violences sexuelles dans les conflits et non conflits ?
Comme dans tous les foras ou grandes conférences, nous attendons le rapport qui sera élaboré par les organisateurs, plus détaillé, pour venir en annexe au protocole international pour mettre "fin à l’impunité" des violences sexuelles en zone de guerre.

Par Annie Matundu Mbambi
Présidente WILPF (Women’s International League for Peace and Freedom) en République Démocratique du Congo, trésorière Genre en Action et membre du Conseil Consultatif de l’ONU Femmes en RDC.

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