« Sorcières, 1976-1981, étude d’une revue féministe »

Caroline Goldblum est titulaire d’un master en histoire contemporaine obtenu entre 2009 et 2010 à l’université de Lille III, sous la direction de Florence Tamagne. L’article qu’elle nous propose est intitulé « Sorcières, 1976-1981, étude d’une revue féministe » et présente le mémoire de Master 1 qu’elle a soutenu en juin 2009.

L’aventure « Sorcières » est une véritable épopée ; celle d’une revue de femmes qui voit le jour en 1976 au beau milieu de la décennie dite des femmes et en plein cœur de l’explosion de la presse féministe.
« Sorcières » fut fondée par Xavière Gauthier dans le but de donner ou rendre la parole aux femmes pour qu’elles puissent exprimer leur créativité :
« Je voudrais que « Sorcières » soit un lieu ouvert pour toutes les femmes qui luttent en tant que femmes, qui cherchent et disent (écrivent, chantent, filment, peignent, dansent, dessinent, sculptent, jouent, travaillent) leur spécificité et leur force de femme (…). »

La revue comporte 24 numéros tirés à 7500 exemplaires. Jusqu’en mai 1979, sa parution bimensuelle est régulière. La revue possède des rubriques ; celle des livres, son courrier des lecteurs. A partir de mai 1979 et jusqu’au dernier numéro en septembre 1981 « Sorcières » change, elle devient trimestrielle et les rubriques laissent la place à des textes plus fournis.

« Sorcières » est une revue à thème. Chaque numéro est consacré à un sujet particulier auquel les femmes sont invitées à participer. Et, de fait, des dizaines et des dizaines de femmes ont fait partie de l’aventure « Sorcières ». La majorité des femmes qui participent à un thème ne le font qu’une fois. Bien sûr, « Sorcières » compte des personnalités et s’inscrit dans le champ du ou des féminisme(s) des années 1970. La revue est clairement de tendance différentialiste, et justifie une essence féminine d’où découlerait certaines valeurs.
Les thèmes choisis pour faire la « une » sont ceux débattus en parallèle dans les assemblées du MLF mais pas seulement, « Sorcières » est un espace de création indépendant et innovateur, en témoigne la variété et l’originalité des thèmes abordés : la nourriture (n°1) ; la voix (n°2) ; se prostituer (n° 3) ; Enceintes, porter, accoucher (n°4) ; Ecritures (n°7) ; Le sang (n°9) ; L’art et les femmes (n°10) ; Espaces, Lieux (n°11) ; La mort (n°18) ; Sorcelleries (n°22).

La revue est un lieu d’échanges et de rencontres. Bien que ses locaux et bon nombre des collaboratrices de « Sorcières » soient parisiens, des expériences ont été réalisées en province et à l’étranger (au Québec notamment).
L’étude de la vie d’une revue révèle les relations des collaboratrices entre elles, les différentes tensions qu’il put y avoir entre les personnalités et les « anonymes », les parisiennes et les « provinciales ».
La particularité de « Sorcières » comparée à la myriade de revue féministes nées dans les années 1970 est le travail fait sur l’écriture, celle des femmes, que la majorité des collaboratrices souhaite débarrassée des scories et de l’emprise masculine. Elles sont convaincues que l’écriture est genrée mais toutes les voix (voies) sont libres de s’exprimer en son sein et « Anne », une collaboratrice, n’hésite pas à rejeter violemment cette hypothèse :
« Le jour où il nous sera accordé une « écriture féminine », elle risque fort de se retrouver du côté de la dentelle et de la tapisserie. »
Néanmoins, « Anne » est assez isolée et le travail fait sur l’écriture des femmes (également appelée écriture féminine) à « Sorcières » est inédit. Ses figures de proue sont : Chantal Chawaf, Hélène Cixous, Marguerite Duras, Luce Irigaray, Julia Kristeva ou encore Annie Leclerc ; chantres de l’écriture féminine. Cette écriture nouvelle et indéfinie est une quête initiée par les collaboratrices de « Sorcières » à une époque charnière du féminisme.

L’étude d’une revue de femmes permet de poser un autre regard sur le mouvement de libération des femmes des années 1970. Grâce aux thèmes développés, aux débats rapportés, aux œuvres conseillées on comprend mieux quels furent les enjeux et les préoccupations du féminisme de l’époque.

***
Pour en savoir plus, vous pouvez contacter Caroline Goldblum : krogoldblum chez hotmail.com

Dans la même rubrique :

Communauté

  • Devenir membre
  • Se connecter
  • Nos membres
  • Le genre se bouge
  • Publier un article

infoGENRE

S'abonner à la newsletter