Symposium sur le genre 2012 : Genre et Changement climatique en Afrique

Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) organise un symposium sur le genre du 26 au 28 novembre 2012 au Caire (Egypte). Le forum annuel portera cette année sur le thème Genre et Changement climatique en Afrique. Date limite pour les candidatures : 17 septembre 2012.

La question du changement climatique est aujourd’hui au cœur des préoccupations politiques, aussi bien au niveau local que global. Sa gestion requiert une réponse collective. Toutefois, les réponses et réactions collectives à ce fléau pour sauvegarder le futur de l’humanité ont du mal à être trouvées, de sérieuses difficultés sont observées dans le processus et la volonté d’élaborer et de mettre en pratique consensuellement des politiques et des stratégies d’intervention ayant pour objectif d’atténuer l’impact du changement climatique (Convention-cadre de Rio, Protocole de Kyoto, Conférence de Copenhague, Conférence de Durban). Cette difficulté est consécutive à la non mise en question du modèle de développement en cours, lequel est générateur d’inégalités, de vulnérabilités mais surtout de risques avec le changement climatique, compte tenu de son impact sur les écosystèmes, ses conséquences sociales et les problèmes éthiques qu’il pose, tels que mis en exergue par l’UNESCO. Les négociations qui ont conduit à ces différents protocoles reflètent en premier lieu les points de vue, les priorités et les intérêts des pays du Nord.

La réflexion sur le thème Genre et changement climatique en Afrique tire sa légitimité de deux faits qui sont aujourd’hui incontestables.

D’une part, le changement climatique est producteur de précarité, de vulnérabilité, voire de risque. Il contribue notamment à accentuer les écarts entre les riches et les pauvres. Il affecte certes tous les pays mais les plus pauvres sont paradoxalement les plus touchés, alors qu’il est reconnu par ailleurs qu’ils sont ceux qui contribuent le moins aux émissions de gaz à effet de serre. Alors que l’Afrique ne contribue que pour 4% au phénomène d’émission de gaz à effet de serre, le continent africain est l’un des plus vulnérables au changement climatique avec un impact négatif sur son agriculture (95% de son agriculture est une agriculture sous pluie), sur sa sécurité alimentaire, sur son économie et sur la santé de ses populations. La population vivant à 100 kilomètres des côtes est exposée aux risques d’inondations côtières liés à l’élévation du niveau de la mer. Le coût du changement climatique serait évalué à 5 à 10 % de son PIB.

D’autre part, le changement climatique est aussi producteur d’un impact différencié sur les hommes et les femmes. Il a une incidence sur le rapport que les populations entretiennent avec leur environnement, sur les connaissances endogènes par rapport à cet environnement, sur leurs positions sociales et économiques et donc nécessairement sur les relations de pouvoir que les hommes et les femmes entretiennent dans la société. Aujourd’hui, les individus les plus vulnérables et les plus marginalisés sont les plus confrontés aux impacts du changement climatique ; du fait de la féminisation de la pauvreté et de la prégnance des valeurs patriarcales, les femmes ont les capacités et les opportunités les plus faibles pour faire face aux impacts du changement climatique ou pour participer aux négociations sur les questions relatives à leur atténuation. Comment décrypter cela dans les ménages et dans la sphère socio-économique en termes d’éducation et d’emploi, d’habitat et de santé, de sécurité alimentaire, de qualité de vie ? L’impact du changement climatique étant différencié et sensible aux inégalités de genre, il contribue aussi à les amplifier. Comment l’impact du changement climatique compromet-il la réalisation des OMD avec les nouvelles contraintes dont il est porteur ?

Dans une économie forestière et agricole, les femmes jouent un rôle central notamment en ce qui concerne la gestion de la biodiversité et la sécurité alimentaire. Les femmes africaines, plus particulièrement, sont impliquées dans 70 % des activités agricoles ; et 80 % des petits exploitants agricoles sont des femmes à qui reviennent les charges d’approvisionnement en eau et en bois. Or, cette agriculture est largement dépendante des variabilités de la pluviométrie, de l’érosion des sols ; de surcroît, les femmes qui disposent de manière générale de peu de ressources financières sont aussi attributaires des terres les moins fertiles et de plus petites dimensions. Alors que leur rôle de reproduction est resté intact, le changement climatique a complexifié et alourdi leur rôle productif. Ces catastrophes climatiques provoquent des migrations dites climatiques, et contribuent à la séparation des familles, ce qui rend encore les femmes plus vulnérables. Ainsi, tenir compte de la dimension genre dans le changement climatique impose de ne pas se limiter à l’aspect strictement environnemental, mais aussi de prendre en charge la dimension socio-économique. Par ailleurs, il a été constaté que les catastrophes climatiques comme les inondations et les glissements de terrain, en plus de séparer les familles, contribuent véritablement à exposer les femmes au trafic d’êtres humains.

S’interroger sur le changement climatique et appréhender sa complexité imposent aussi de voir comment concevoir et promouvoir des stratégies d’adaptation chez les populations africaines confrontées à de multiples contraintes et disposant de capacités d’adaptation faibles. Il est reconnu que l’impact majeur du changement climatique est subi par les couches les plus vulnérables et les plus marginalisées ; elles sont par conséquent celles qui ont le plus besoin de stratégies d’adaptation à ces changements climatiques.

Toutefois ces stratégies d’adaptation doivent prendre en considération la dimension genre qui traduit les relations de pouvoir entre hommes et femmes dans la société. La nature patriarcale des sociétés africaines et le statut qui y est conféré aux hommes permettent à ces derniers d’avoir accès à des informations cruciales pour les stratégies d’adaptation et d’atténuation du changement climatique. L’ancrage des femmes dans la sphère domestique et leur faible autonomie expliquent leur relatif manque d’informations et d’opportunités pour renforcer leurs connaissances dans les stratégies d’adaptation au changement climatique. L’application de l’approche genre aux instances de délibération et de prise de décision pour rendre effectives les réponses d’adaptation et d’atténuation au changement climatique est également importante. Ces considérations posent également la question de savoir comment les instances internationales, très actives sur toutes les questions touchant au changement climatique, s’assurent d’une représentation de genre équitable afin de prendre en charge les besoins et préoccupations des hommes et des femmes.

En outre, dans le domaine de la gouvernance des ressources naturelles, le rôle de l’Etat en Afrique a été relégué au second plan. Quel doit être le rôle de l’Etat pour assurer un accès égal selon le genre aux ressources en eau, en nourriture et en énergie qui se font de plus en plus rares ? Les femmes sont absentes des processus de décision concernant le changement climatique et les débats concernant les changements climatiques refusent d’aborder la marginalisation des femmes ou l’intégration de ces dernières dans les politiques environnementales. Au contraire, ces débats sont en train de perpétuer la sous-évaluation et la non-compréhension de la contribution des femmes dans la gestion de l’environnement. Comment assurer aux femmes productrices que leurs intérêts soient effectivement défendus dans les instances de gouvernance, aussi bien dans les formes de gouvernance coutumières, l’Etat national que les institutions internationales telles que le FMI ou la Banque mondiale ? Comment s’assurer que les nouvelles unités de commerce économique telles que celle sur l’émission du gaz carbonique intègre la dimension genre pour incorporer le rôle moins important des femmes dans les émissions de gaz carbonique ? Ces questions et d’autres encore permettent de dégager un certain nombre des problématiques qui peuvent être synthétisées dans les sous-thèmes suivants :

1. Changement climatique, inégalités sociales et genre ;
2. Les interventions des femmes et en faveur des femmes concernant le changement climatique ;
3. Genre, stratégies d’adaptation et d’atténuation au changement climatique ;
4. Changement climatique, santé et genre ;
5. Genre, agriculture et changement climatique ;
6. Genre, changement climatique et utilisation de l’eau ;
7. Les impacts du changement climatique sur le travail salarié et non salarié ;
8. Les femmes face aux désastres causés par le changement climatique ;
9. Genre et conflits sur les ressources naturelles ;
10. Genre, changement climatique et le rôle des organisations régionales africaines ;
11. Genre, changement climatique et rôle de l’Etat.

Ces problématiques, et d’autres encore qui ne sont pas mentionnées ici, seront au cœur des réflexions qui seront menées durant l’édition 2012 du Symposium annuel sur le genre du CODESRIA qui se tiendra au Caire (Egypte) du 26 au 28 novembre 2012.

Cette manifestation sera une opportunité pour les chercheurs africains de présenter leurs recherches sur cette thématique et d’échanger avec leurs pairs afin de construire ensemble une perspective africaine. Tous ceux qui sont intéressés par le thème du Symposium sont invités à envoyer un résumé (2-3 pages) de leur contribution au plus tard le 17 septembre 2012. Si ce dernier est accepté pour présentation, la contribution qui en découlera devra parvenir au CODESRIA au plus tard le 22 octobre 2012 pour évaluation, avant une confirmation de la sélection définitive par le CODESRIA.

***

Pour plus d’informations sur le Symposium annuel sur le genre, édition 2012 ou pour participer, contactez le programme à l’adresse suivante :

Symposium annuel sur le genre 2012,
CODESRIA, BP 3304, CP 18524 Dakar, Sénégal.
Tel : +221 33 825 98 22/23
Fax :+221 33 824 12 89

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