Tchad : les femmes et les enfants victimes des combats de début-février

Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estime que 70 à 75 % de femmes et d’enfants figurent parmi les quelque 30.000 réfugiés tchadiens recensés à
Kousseri, une ville du nord du Cameroun, séparée de N’Djamena par le fleuve
N’Guéli, après les combats de début-février dans la capitale tchadienne.
Qualifiés de "catégories les plus vulnérables" par Sophie de Caen,
coordinatrice du système des Nations Unies au Cameroun, les femmes et les
enfants réfugiés paient un lourd tribut de la crise politico-militaire qui
a ébranlé la capitale tchadienne il y a deux semaines.

Avec 58 cas déjà recensés la semaine dernière, la situation des orphelins
est considérée encore comme la plus préoccupante, selon Abdellahi
Boumediane, chef de la section protection à la représentation camerounaise
du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Yaoundé, la capitale
du Cameroun."Ils sont actuellement logés par une association. Le système des Nations
Unies leur apporte un appui nutritionnel. Il y aura un site uniquement pour
eux, où ils bénéficieront d’un appui psychosocial, traduit par l’aménagement
d’un espace de loisirs, en attendant de voir les mesures qui devront être
prises pour leur éducation"
, a-t-il expliqué à l’Agence Inter Press Service (IPS),
IPS.

Au moins 160 civils ont été tués lors des combats à N’Djamena, selon les
Nations Unies. Kousseri, que l’on atteint également par la nage, s’était imposé comme le
lieu de refuge par excellence pour les habitants de N’Djamena qui tentaient
d’échapper aux violents combats des 2 et 3 février entre les soldats de
l’Armée nationale tchadienne (ANT) et les combattants de l’Union des forces
de la résistance (UFR), la coalition de trois mouvements rebelles. Cette
coalition cherchait à renverser le régime du président tchadien Idriss Deby
Itno.

Des campements provisoires

Certes, d’autres villes camerounaises comme Maroua, chef-lieu de la
province de l’Extrême-Nord, et même Yaoundé, la capitale, ont pu accueillir
des réfugiés. Mais, d’après les chiffres officiels, c’est dans cette ville
frontalière entre le Cameroun et le Tchad que s’est concentré le gros des
effectifs des réfugiés tchadiens. En fait, Kousseri permet de relier
N’Djamena à pieds ou en voitures par le pont sur le fleuve N’Guéli.

Avant certains mouvements de retour signalés vers N’Djamena depuis le début
de la normalisation dans la capitale tchadienne la semaine dernière, les
30.000 réfugiés avaient été provisoirement installés sur deux sites, avec
le concours des autorités camerounaises : l’Ecole normale des instituteurs
de l’enseignement général et le collège d’enseignement technique,
industriel et commercial, dans le quartier Madana, à Kousseri.

Situé tout près de la frontière, Madana a été choisi juste pour servir de
site de transit, selon Jacques Franquin, représentant résident du Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR) au
Cameroun. Maltam, une localité distante de 32 kilomètres de Kousseri, à
l’intérieur du Cameroun, sur la route de Maroua, est devenu le site
définitif où la réinstallation des réfugiés a commencé samedi dernier. "L’opération va durer sept jours à peu près. Vendredi, nous avons
préenregistré 4.645 familles. Ce n’est pas sûr que tous ces gens vont aller
à Maltam. Nous sommes en train de monter les tentes pour 10.000 personnes,
soit 4.000 à 5.000 tentes"
, a indiqué Franquin à IPS.

Des conditions de survie

Mais pendant deux semaines, les réfugiés tchadiens ont dû affronter, en
plein air, le rude climat caractérisé par l’harmattan, un vent sec et froid
qui sévit en ce moment dans la partie septentrionale du Cameroun. A cet
égard, le HCR a fait état de problèmes respiratoires, dus notamment au vent
et à la poussière.Toutefois, la situation sanitaire est jugée globalement bonne. "Il y a très
peu de cas de malnutrition, car nous avons affaire quand même à une
population urbaine"
, a affirmé Franquin.
Mais Dr Clément Djuimo, spécialiste de la survie de l’enfant à
UNICEF-Cameroun, a fait état de cas de traumatismes, de paludisme, de
diarrhée, de lésions cutanées, liées notamment à l’effet de la chaleur chez
ces réfugiés.

Les Nations Unies ont entrepris mercredi dernier une campagne de
vaccination de cinq jours en faveur des enfants. Au premier jour, indique
Djuimo, 2.234 enfants âgés de zéro à cinq ans ont été vaccinés contre la
polio, et 4.503 autres âgés de six mois à 15 ans contre la rougeole.
Par ailleurs, la vitamine ’A’ a été distribuée à 2.239 enfants de six mois
à cinq ans. Une autre campagne a été entreprise, consacrée à l’hygiène et
l’assainissement, dont l’objectif est de prévenir d’autres maladies de la
promiscuité.

L’intervention des ONG

Dans l’ensemble, l’assistance humanitaire des Nations Unies aux réfugiés
fait intervenir 13 organisations non gouvernementales (ONG), selon Maurizio
Giuliano, chargé de l’information publique et des rapports au Bureau de la
coordination des affaires humanitaires (OCHA) à N’Djamena, rencontré à
Yaoundé.

En plus de la Croix-Rouge, Médecins sans frontières (MSF-France) et
Médecins du monde figurent parmi les ONG qui apportent un appui médical et
technique à l’hôpital de district de Kousseri. Pour sa part, l’ONG française ’Première urgence’ a fourni des bâches
servant de tapis à coucher aux réfugiés. "Ce sont de grandes bâches
plastiques, de huit mètres sur 12. Elles sont épaisses, imperméables et
étanches. Parallèlement, nous avons construit des abris communautaires"
,
explique à IPS, Damien Laporte, le chef d’équipe de cette ONG.

La présence des réfugiés tchadiens au Cameroun fait craindre aux autorités
de ce pays d’Afrique centrale des risques d’insécurité. Car, en dehors de
ceux qui sont installés dans les camps de réfugiés, beaucoup d’autres
Tchadiens ayant fui les affrontements armés à N’Djamena, dont des
combattants ou des soldats l’armée nationale, se confondent désormais avec
les habitants de Kousseri, selon un officier de police camerounais qui a
requis l’anonymat.

Toutefois, plusieurs réunions se tiennent entre les responsables des
Nations Unies chargés de la sécurité sur le site des réfugiés d’une part,
et les autorités camerounaises d’autre part, pour réfléchir aux mesures de
prévention des actes d’agression ou de violence ordinaire.

***

Source : ips international

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