Un Forum pour la coopération en matière de développement prometteur pour les droits des femmes

Fin juin 2010, le deuxième Forum biennal pour la coopération en matière de développement (FCD) a eu lieu au Siège de l’ONU à New York. Natalie Raaber et Anne Schoenstein de l’AWID y ont participé. Elles donnent des informations et livrent leurs réflexions sur cette réunion et ce qu’elle signifie pour la relation entre la coopération au développement et la progression des droits des femmes.

Depuis plusieurs années, l’AWID participe à des dialogues et au travail de sensibilisation en matière de coopération au développement dans le cadre du Women’s Working Group on Financing for Development (WWG on FfD – Groupe de travail des femmes sur le financement du développement) et de la plate-forme BetterAid. Le Groupe de travail des femmes sur le financement du développement est une alliance de réseaux et d’organisations de femmes qui plaident pour l’égalité de genre, les droits humains et les droits des femmes, dans les travaux de l’ONU relatifs au financement pour le développement et aux crises économiques et financières mondiales. BetterAid est une plate-forme de la société civile qui œuvre à la coopération au développement depuis janvier 2007 et s’attaque à l’agenda d’efficacité de l’aide.
AWID : Tout d’abord, qu’est-ce que le Forum pour la coopération en matière de développement (FCD) ?
Anne Schoenstein (A.S.) : Le FCD est un organe mandaté par l’Assemblée générale des Nations Unies au Sommet mondial 2005. C’est l’une des nouvelles fonctions du Conseil économique et social (ECOSOC), destinée à soutenir et améliorer la mise en œuvre des objectifs de développement adoptés au niveau international (Internationally Agreed Development Goals - IADG), y compris des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), en favorisant le dialogue.
Le FCD est ouvert à la participation de tous les protagonistes du développement, notamment les organes de l’ONU, des institutions commerciales et financières internationales comme la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce, les organisations régionales, les organisations de la société civile et des représentants du secteur privé. La nature plurielle du FCD, le fait qu’il privilégie le dialogue et la représentation paritaire de tous les pays (développés et en développement) en font un espace rare. La plupart des autres espaces internationaux qui se penchent sur de développement – dont l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le G20 (qui est un forum et non une organisation) – ne sont pas aussi inclusifs.
AWID et le WWG on FfD participent aux travaux du FCD depuis sa création en 2007. Le premier FCD biennal (en 2008) s’est attaché à examiner les tendances et les progrès réalisés en matière de coopération internationale au développement, étudiant notamment les questions de cohérence des activités de développement : une activité de développement ne doit pas en saper une autre et toutes doivent soutenir et assurer les droits humains. Cette année, le FCD portait sur la « Coopération au développement en temps de crise : nouveaux engagements pour atteindre les OMD » et s’articulait autour des thèmes suivants :

- Promouvoir une plus grande cohérence dans et entre les politiques et les pratiques de développement – ainsi qu’entre les politiques de développement/d’aide et les politiques en matière de commerce, de finances et d’immigration.
- Coopération au développement responsable et transparente.
- Rôle de différents modes de coopération notamment Sud-Sud et triangulaire – coopération entre deux pays en développement avec le soutien d’un pays développé.
- Impact des crises multiples, notamment financière, économique, climatique, des soins, de l’eau et du carburant.
- Atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) pour 2015.
AWID : Pourquoi le FCD est-il un espace important ?
Natalie Raaber (N.R.) : Le monde est confronté à de multiplescrises combinées, issues de l’échec d’un modèle néolibéral de croissance et de développement. Les femmessont différemment touchées par la crise – souvent de manière disproportionnée. L’aide au développement est alors très importante, pour la survie des pauvres, qui sont en majorité des femmes. L’architecture actuelle de l’aide internationale ne favorise pas le développement durable ni les droits de l’homme ou l’égalité des genres. En fait, dans sa configuration actuelle, la coopération internationale au développement sape trop souvent le développement national et les droits de l’homme, y compris les droits humains des femmes.
Dans l’optique de l’AWID et de l’avis du Groupe de travail des femmes sur le financement du développement, de la plate-forme BetterAid et de nombreux autres groupes de la société civile, l’ONU est actuellement la seule organisation véritablement participative, inclusive et multilatérale. À la différence de l’OCDE et du G20, l’ONU offre une représentation égale aux pays développés et en développement.
En outre, comme le FCD est basé sur le cadre réglementaire des droits de l’homme, c’est l’espace idéal pour élargir la discussion afin que la coopération dépasse la simple « efficacité de l’aide » (development cooperation to go beyond “aid effectiveness”), qui se contente souvent d’examiner les aspects techniques des prestations et de la gestion de la coopération au développement. La coopération au développement (dont l’aide n’est qu’une partie) doit viser et respecter les droits de l’homme, y compris les droits humains des femmes ; son effet doit être centré sur les droits de l’homme .
AWID : Pourquoi le FCD est-il pertinent pour les groupes des droits des femmes et autres organisations de la société civile ?
A.S. : Pour réaliser d’urgence la réforme nécessaire du cadre actuel de la coopération au développement, il faut impérativement impliquer les groupes de femmes, pour intégrer leurs voix, leurs expériences locales et régionales ainsi que des solutions alternatives dans les discussions, la définition de normes et l’élaboration de politiques de développement. Les groupes de femmes peuvent également communiquer des informations internationales à l’échelon régional, national et local, appuyant le travail de sensibilisation et les rôles de protection des groupes de femmes et autres à tous les niveaux.
AWID : Comme vous l’avez indiqué ci-dessus, le FCD est cité en exemple pour sa nature plurielle. Comment cela s’est-il manifesté au cours de cette conférence ?
A.S. : Il y avait sous-représentation des pays les moins avancés (PMA) et des pays du Sud mondial en général, plus précisément d’Afrique subsaharienne. Par ailleurs, la représentation de haut niveau – ministres et ambassadeurs des missions des pays auprès des Nations Unies – était minime, ce qui peut indiquer un manque de volonté politique ou d’engagement des gouvernements pour assurer le suivi de leurs promesses et de leurs obligations.
Néanmoins, par rapport au premier FCD, la possibilité pour les OSC, notamment les groupes de femmes, de prendre la parole dans des dialogues politiques officiels s’est considérablement améliorée. Toutefois, la société civile a participé surtout dans les rangs de l’assemblée, sans guère de participation des OSC aux panels officiels. À l’avenir, les OSC doivent obtenir des temps de parole dans les panels officiels et avoir des fonds suffisants pour se rendre au forum et participer de manière adéquate aux travaux préparatoires.
AWID : Quels ont été les points particulièrement importants dans les débats du FCD, en particulier dans une optique de droits des femmes ?
N.R. : Comme l’indique la récente déclaration au forum du Groupe de travail des femmes sur le financement pour le développement (WWG on FfD statement to the DCF), « les questions de coopération au développement ne peuvent pas être isolées du contexte politique plus vaste du commerce, des investissements, de la dette monétaire et extérieure, y compris des mesures d’austérité et d’incitation fiscale ». La cohérence de la politique a été abordée, mais la plupart des orateurs n’ont pas clairement évoqué un cadre de droits humains, ni fait référence aux documents clés sur les droits des femmes, tels que le Programme d’action de Beijing et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) au cours des discussions – il reste donc beaucoup à faire dans ce domaine.
L’accent a porté également sur la coopération au développement Sud-Sud – avec un débat animé sur son rôle, en particulier par rapport à la coopération Nord-Sud. La coopération au développement Sud-Sud peut renforcer une coopération Sud-Sud plus large et promouvoir des visions alternatives du développement. Il faut se garder toutefois de perpétuer les mêmes problèmes/relations de pouvoirs inégaux que dans la coopération Nord-Sud.
Enfin, nous avons également entendu des commentaires potentiellement problématiques concernant l’aide en tant que catalyseur pour stimuler la croissance et appuyer la création de nouveaux marchés, sans mentionner que l’aide doit se concentrer sur l’éradication de la pauvreté, le développement durable, la réalisation des objectifs de développement adoptés au niveau international (IADG), ainsi que la réalisation et l’affirmation des droits de l’homme.
AWID : Quels ont été les résultats de la conférence, quelles sont les suites prévues et comment les groupes de femmes peuvent-ils s’engager ?
A.S. : Dans le scénario actuel, le FCD ne produit pas de document final négocié. Il y a cependant un résumé officiel, dont les messages clés alimenteront le Sommet sur les objectifs du Millénaire pour le développement en septembre 2010. Ces prochains mois, le FCD se penchera sur son fonctionnement (doit-il se réunir tous les ans au lieu de tous les deux ans ; faut-il prévoir un document final ; mécanismes de participation de la société civile), ainsi que le contenu/les problèmes sur lesquels il sera centré au cours de la prochaine période (2011-2012). La cohérence de la politique et la responsabilité mutuelle resteront sans doute des thèmes principaux et la coopération au développement Sud-Sud occupera une place plus grande.
Les OSC participent actuellement au FCD par le groupe consultatif (Advisory Group (AG)) et l’équipe ONG du FCD. Le Groupe de travail des femmes sur le financement du développement et BetterAid font partie de cette équipe. En ce qui concerne le groupe consultatif, les OSC sont actuellement représentées par CIVICUS et ActionAid, qui agissent au nom de BetterAid.
La grande majorité des groupes de femmes qui suivent actuellement ces travaux œuvrent au niveau régional ou international. Il est donc essentiel de faire participer davantage les groupes qui travaillent au niveau national et local, dans la mesure où ce sont eux qui, au final, sont confrontés aux contradictions/tensions suscitées par les acteurs et les pratiques de la coopération au développement. À cette fin, plusieurs consultations de femmes ont été organisées dans le passé (par le Groupe de travail des femmes sur le financement du développement et les groupes pour les droits des femmes actifs dans BetterAid) ; il faudra faire davantage pour 2011, dans le cadre de la préparation au Forum de haut niveau de l’OCDE sur l’efficacité de l’aide, qui se tiendra en Corée fin 2011.
Ressources supplémentaires
La liste de diffusion du Groupe de travail des femmes sur le financement du développement (gender-in-ffd chez googlegroups.com) est un vecteur pour échanger des informations, des mises à jour et des analyses féministes sur les questions de financement pour le développement, et promouvoir les alternatives de développement. Pour s’abonner à la liste ou pour tout complément d’information, veuillez contacter : info chez dawnnet.org
Les OSC peuvent également s’inscrire à la plate-forme BetterAid et à la liste de diffusion (betteraid chez betteraid.org)sur le site Web www.betteraid.org ou en contactant Clare Birkett à comms chez betteraid.org.
Dans le cadre de la plate-forme, vous pouvez accéder/contribuer aux documents de synthèse de BetterAid et autres informations. Tout le monde peut s’abonner au bulletin d’information bimestriel ou le télécharger sur le site Web de BetterAid.

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Source : AWID

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