Une réaction à l’édito sur le genre à Madagascar : flatter l’égo des hommes comme stratégie de genre

Un autre exemple malgache riche d’enseignements... pour la Grande Ile et au-delà.

Toujours un cas de Madagascar mais cette fois-ci sur les hauts plateaux. En fait, dans cette partie, peut-être que le problème de "miralenta" n’est pas aussi criard que dans le sud de l’île, n’empêche qu’il est également réel et se manifeste sous différentes formes.

Comme partout dans le monde (surtout rural), les activités reproductives reviennent "normalement" aux femmes. Lors des évènements sociaux organisés (mariage, fêtes au village, cantine scolaire...) ou circonstenciels (décès...), la population du quartier se divise en deux grands groupes : celui des hommes qui s’occupe des "activités d’hommes" (y compris s’asseoir et tenir compagnie aux invités en attendant le repas) d’une part et celui des femmes qui s’occupent du reste et surtout la préparation des repas.

Le projet VATSY mis en oeuvre par Intercooperation, sous financement de l’Union Européenne est un projet de sécurité alimentaire dont les partenaires sont les communautés scolaires constituées par des élèves d’écoles primaires, leurs enseignants et l’association des parents d’élèves. Les activités visent essentiellement l’amélioration des résultats scolaires par l’amélioration de l’environnement et des conditions scolaires des enfants.

La mise en place et la gestion de cantine scolaire pendant la période de soudure (3 à 4 mois dans l’année) constitue une des principales activités du projet. Les parents sont les premiers responsables de l’activité. Plusieurs activités sont greffées autour de cette activité principale (cantine scolaire) : mise en place de jardin potager au niveau de l’école pour produire des légumes à utiliser dans la cantine, mise en place et gestion d’activités génératrices de revenus (pisciculture, aviculture,...) pour constituer des sources de protéine à la cantine ou pour d’autres besoins, mais surtout aussi formation des parents en recettes culinaires afin que le repas servi dans la cantine soit plus varié et plus équilibré au point de vue nutritif. Par rapport à ces formations en recettes culinaires, le projet VATSY a pris les mesures pour que les hommes soient également impliqués dans les formations.

Il est actuellement courant (le projet est dans sa 5è et dernière année de mise en oeuvre), lors des séances de préparation des repas dans les cantines scolaires, de voir : des femmes et des hommes épluchant ensemble les pommes de terre, préparant ensemble des lait de soja .... alors que normalement ces activités reviennent aux femmes.

Certains points de vue avancent que justement parce que apprendre à faire du lait de soja, faire un plat avec des légumes variés, ou présenter une nouvelle méthode de cuisson du manioc sont quelque chose de nouveaux pour la communauté paysanne locale. Et tout ce qui est nouveau est flatteur et "revient normalement" aux hommes. C’est pourquoi ce n’est pas difficile de les faire participer aux formations en recettes culinaires.

On pourrait donc dire que flatter l’ego des hommes pourrait être un des moyens pour apporter un changement dans le partage de rôles et responsabilités. Mais le principal défi reste la pérennité : comment faire en sorte que cette participation dans les activités de reproduction perdure et devienne une réaction naturelle chez les hommes et non seulement le temps que l’activité devienne une banalité ? Les femmes y ont également des responsabilités à assurer.

Lina Raharisoavelohanta

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