Violences envers les femmes : enjeux scientifiques, politiques et institutionnels

A l’occasion du 8 mars, Journée internationale des femmes, le Relais de Sénart, association féministe qui accueille, accompagne, et héberge les femmes victimes de violences conjugales, associé à l’Institut de Recherche Interdisciplinaire sur les enjeux Sociaux (Iris), organise une journée d’étude sur les enjeux scientifiques, politiques et institutionnels soulevés par les violences envers les femmes depuis les années 1970, en particulier dans le contexte français.

Cette journée d’étude intitulée « Violences envers les femmes : enjeux scientifiques, politiques et institutionnels », organisée par le Relais de Sénart et l’IRIS, initialement prévue le 8 mars 2013, est déplacée au 26 février 2013 et se tiendra à Fontainebleau-Avon (77).

Tisser des liens entre deux mondes autonomes apparaît comme une expérience riche tant pour les associations, en leur permettant de bénéficier d’un autre regard sur leur travail et leurs outils, que pour la communauté scientifique, dont les recherches peuvent ainsi se nourrir, de façon plutôt inhabituelle dans le paysage académique français, du point de vue des professionnel-le-s. Le partenariat scientifique et associatif permettra ainsi d’explorer la manière dont les associations s’approprient (ou pas) les outils issus du champ académique, et réciproquement.

Qu’est-ce qu’une approche féministe des violences ? Et quel est l’apport d’une analyse des violences en termes de genre et de rapports de pouvoir ? S’il ne s’agit pas d’opposer militantisme et institution, comment l’institutionnalisation a-t-elle transformé la question des violences d’une part, les actrices de la lutte et leurs modalités d’intervention d’autre part ? Dans quels espaces institutionnels (justice, social, médico-social, etc.) les luttes contre les différentes formes de violences ont-elles pu s’ancrer, et comment ? Comment ces ancrages, différents selon la forme de violence, ont-ils évolué depuis les années 1970, et quelle place les recherches scientifiques ont-elles joué dans cette histoire ?

Le moment est venu de faire un état des lieux des savoirs et des pratiques qui se sont constitués aussi bien dans les réseaux associatifs que dans le monde de la recherche depuis les années 1970 autour de la lutte contre les violences envers les femmes, au croisement de l’analyse des mouvements sociaux, des professions, des politiques publiques et des études sur le genre.

Nous invitons des chercheurs/euses, en particulier jeunes chercheurs/euses, doctorant-e-s et non-titulaires, à proposer des contributions en sciences sociales et à présenter des travaux tant empiriques que théoriques, qui porteront sur trois axes principaux :

  • Axe 1 : Lutte contre les violences envers les femmes : histoire, professionnalisation et institutionnalisation En entrecroisant principalement sociologie et histoire, il s’agira ici de comprendre quels sont les rouages de la professionnalisation et de l’institutionnalisation de la lutte contre les violences envers les femmes depuis la fin des années 1970, et par là même, le rapport entre les associations spécialisées, le militantisme et les pouvoirs publics. Cet axe interrogera également les mécanismes de spécialisation du traitement du problème, des liens ou des cloisonnements qui se sont bâtis entre plusieurs types d’acteurs et d’actrices, ainsi que les ressorts de l’émergence de « nouveaux » problèmes publics, comme les mariages forcés ou les mutilations sexuelles féminines. Outre l’impact des institutions nationales, on se penchera sur l’implication des instances transnationales et les répercussions de leurs directives dans le monde associatif.
  • Axe 2 : Diffusion de la recherche et appropriation des savoirs Les processus de construction, de circulation et d’appropriation de savoirs seront ici mis en regard avec les pratiques féministes développées dans le cadre de la lutte contre les violences envers les femmes. Les outils, théoriques et pratiques, mobilisés par les actrices du monde associatif pour faire reconnaître, présenter et expliquer le problème des violences envers les femmes, ou encore pour accompagner les femmes victimes seront contextualisés, et il s’agira de retracer leur trajectoires, entre les mondes politiques, institutionnels, académiques. Quel sont les apports et les problèmes épistémologiques d’une approche féministe des violences dans le champ scientifique ? En outre, qu’est-ce qu’une pratique féministe de la lutte contre les violences et comment les salariées articulent-elles engagement et professionnalisme ? Une attention particulière sera donc portée à la formation des concepts utilisés, à leur circulation d’un monde à l’autre, et à leur transformation consécutive.
  • Axe 3 : Penser et comprendre les violences envers les femmes L’un des enjeux de cette journée sera de mettre en perspective la lutte contre les violences envers les femmes en interrogeant la définition et la terminologie utilisée pour qualifier et comprendre les violences. On se penchera alors sur le genre, et sur ce que sa conceptualisation a pu apporter à la définition des politiques publiques notamment, mais aussi sur la manière dont les autres rapports sociaux sont pris en compte. Peut-on parler de perspective intersectionnelle ? La notion de "double violence" laisserait-elle suggérer une perspective plutôt additionnelle des rapports sociaux ?

Comité scientifique :
Marc Bessin, Sociologue, Chargé de recherche au CNRS, Directeur de l’IRIS.
Natacha Chetcuti, Sociologue et docteure en anthropologie sociale, CESP/Inserm et GTM-CRESPPA.
Pauline Delage, Doctorante, IRIS, Ehess.
Eric Fassin, Sociologue, Professeur à Paris VIII, Iris.
Elisa Herman, Docteure en sociologie, IRIS, EHESS.
Annik Houel, Professeure émérite Université Lyon 2, Institut de Psychologie
Maryse Jaspard, Socio-démographe, Maîtresse de conférence à l’Ined.
Véronique Le Goaziou, Sociologue, chercheuse associée au CNRS, Lames.
Hélène Tanné, Sociologue, cheffe de projet et responsable du Pôle Formation au Relais de Sénart.

Pour en savoir plus :

Téléchargez l’appel à communications.

Les propositions (3000 signes) seront envoyées à Hélène Tanné et Pauline Delage avant le 31 octobre 2012 :
helene.tanné@lerelais77.com
pauline.delage chez voila.fr

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