Zimbabwe : les femmes principales victimes des violences politiques

"Nous connaissons trop bien les violences qui ont été infligées à bon nombre d’entre nous, depuis 1890 lorsque les colonialistes sont arrivés dans notre pays jusqu’aux élections les plus récentes. La principale forme de ces violences est la violence sexuelle, et sa conséquence concomitante, l’infection du VIH. Des femmes zimbabwéennes ont actuellement l’espérance de vie la plus courte à l’échelle mondiale à cause du VIH/SIDA — 34 ans".

Ceci provient de la déclaration publiée par le Feminist Political Education Project’(FePEP) le 10 avril 2008, lorsque le pays attendait toujours les résultats inexplicablement retardés de l’élection présidentielle du 29 mars 2008. Le FePEP a exprimé l’opinion selon laquelle, indépendamment de qui a gagné, ni Tsvangirai ni Mugabe ne pourrait rassembler toutes les parties et avancer dans l’intérêt de tout le pays.

"Des femmes souffrent le plus dans ces violences [politiques]", a affirmé Netsai Mushonga, la coordinatrice de la Coalition des femmes du Zimbabwe, une organisation qui chapeaute des organisations de femmes zimbabwéennes. "D’après ce que nous avons rassemblé jusqu’ici, nous estimons que le nombre des cas de viol triplera. Nous devons cependant nous asseoir en tant qu’organisation pour faire une analyse détaillée de la situation".

Selon Alouis Chaumba, président du Zimbabwe Peace Project’(Projet de paix du Zimbabwe), une ONG qui fournit des renseignements sur des incidents de violence politique, la plupart des hommes supporters de l’opposition ont fui les zones rurales, laissant les femmes plus vulnérables.

"Pour obliger les hommes à retourner, les milices de la ZANU-PF ont tendance à kidnapper des femmes et des enfants. Il y a plusieurs cas de femmes et d’enfants qui sont considérés comme des rançons et sont détenus de force dans des bases jusqu’à ce que leurs pères ou maris retournent dans leurs villages. Des femmes sont agressées, torturées et victimes du harcèlement sexuel", a dit Chauma.
Martha Marime (ce n’est pas son vrai nom), une femme de 29 ans originaire du village de Chaona, dans la Province centrale de Mashonaland, Chiweshe, a raconté comment elle a été enlevée à la fin-mai et violée à plusieurs reprises par la milice de la ZANU-PF pendant des heures.

La responsable d’une importante organisation de femmes, qui a refusé d’être nommée, a dit que la plupart des femmes étaient harcelées parce que leurs maris, fils ou parents hommes étaient soupçonnés d’être des partisans de l’opposition.
"Nous continuons de compiler les détails, mais nous avons eu un exemple récent où Abigail Chiroto a été enlevée et horriblement assassinée parce que son mari est un militant du MDC. Pour empirer les choses, il semble qu’ils ont fait tout ceci pendant que son fils de quatre ans regardait. Les choses sont vraiment mauvaises pour les femmes, mais la plupart d’entre elles ne sont pas assez courageuses pour se montrer ouvertement par crainte de représailles", a indiqué cette responsable.

Abigail Chiroto, l’épouse du maire nouvellement élu de Harare, Emmanuel Chiroto, a été enlevée à son domicile à Hatcliffe, Harare, et a été retrouvée plus tard morte dans une ferme à la périphérie de la capitale. Son fils était indemne.

Des femmes candidates sont également victimes de violence

La candidate perdante à la députation dans la circonscription électorale de Mt Pleasant, Trudy Stevenson — de la faction du MDC dirigée par Arthur Mutambara — a vécu dans la clandestinité pendant ces quelques dernières semaines, suite aux tentatives répétées des partisans suspects de la ZANU-PF d’attaquer sa maison.

Stevenson a déclaré : "Je suis dans un lieu sûr, mais évidemment, je suis très inquiète que cet endroit sera attaqué à tout moment, étant donné ce scénario répété plusieurs fois, avec des gens étant enlevés, torturés et assassinés et les maisons bombardées avec des cocktails Molotov. La plupart de mes collègues ne sont pas non plus en sécurité".
Theresa Makone, la députée nouvellement élue dans le nord de Harare et présidente de la Ligue des femmes du MDC, vit dans la clandestinité depuis plus d’un mois maintenant. Son chauffeur, Beta Chokururama, a été assassiné par des milices suspectes de la ZANU-PF le 13 juin.

Source : All Africa

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