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En Inde, personne n’aime rencontrer une veuve sur son passage...


L’Inde, connu et parfois montré en exemple pour ses "self-help group" où des femmes discutent et luttent pour l’empowerment, connait aussi toujours des discriminations contre les veuves, témoignant de la détermination du statut de la femme en fonction de son mari qui reste une réalité.



LE MONDE | 28.05.05 | 12h53

Islamabad de notre correspondante en Asie du Sud

Dans un pays qui se projette comme la grande puissance du XXIe siècle, l’immolation par le feu de Ram Kumari, 75 ans, sur le bûcher où finissait de se consumer le corps de son mari, fait tache. Avant même l’intervention de la police, le bûcher funéraire de Ram Kumari était devenu un lieu de pèlerinage.

Interdite par le colonisateur britannique en 1829, la pratique de la sati voulait que la veuve se sacrifie sur l’autel funéraire de son époux. Elle se pratique encore exceptionnellement (un cas par an peut-être) dans les Etats les plus pauvres et les plus défavorisés du pays.

A Banda, petit village de l’Uttar Pradesh, personne ne s’était aperçu de la disparition de Ram Kumari, le 7 mai. "Lors du dîner, après la crémation du vieil homme, la femme a quitté sa maison, personne ne l’a vue. Elle est allée se brûler elle-même sur le bûcher" , a affirmé Pappu, un voisin, sur une télévision privée.

Avertie, la police avait d’abord, selon une source locale, demandé aux villageois de garder le silence dans l’espoir d’étouffer l’affaire. La venue des pèlerins l’a contrainte à agir, car, selon le code pénal indien, la sati est punissable par la loi seulement si la mort de la femme sur le bûcher funéraire de son mari est accompagnée de célébrations publiques.

Etre veuve en Inde reste une tare, et, généralement, la belle-famille rend la femme responsable de la mort de son mari. La coutume veut qu’une veuve n’assiste jamais aux célébrations de la naissance d’un enfant, de peur qu’elle n’apporte le "mauvais oeil" . "Personne n’aime rencontrer une veuve sur son passage" , affirme Saroj, une jeune femme au foyer.

Dans l’Inde ancienne, écrit Louis Frédéric dans son Dictionnaire de la civilisation indienne ! , "la veuve se trouvait pratiquement déchue de ses droits familiaux et sociaux. Elle devait mener une vie d’austérité, dormir sur le sol et se vêtir de vêtements simples et blancs" .

Aujourd’hui encore, près de 20 000 veuves (sur les 33 millions que compterait l’Inde), rejetées par leur famille ou belle-famille, vivent en mendiant sur les bords du Gange dans les deux villes saintes de Bénarès et Vrindavan, cette dernière appelée communément "la cité des veuves" .

Les conditions de vie de ces femmes sont épouvantables, et les plus jeunes sont contraintes à la prostitution pour survivre. En 2000, un film de la cinéaste Deepa Metha, Water, basé sur l’histoire d’une veuve-enfant de Varanasi (Bénarès), avait provoqué la colère des extrémistes hindous, qui avaient obtenu l’interdiction du tournage en Uttar Pradesh.

Considérée d’abord comme la "propriété" d’un homme (père, mari, frère, cousin), la femme, en Inde, a encore un long chemin à faire pour accéder à l’égalité de statut que lui reconnaît la Constitution, mais que lui dénie encore très souvent la société.

Françoise Chipaux Article paru dans l’édition du 29.05.05

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