GENRE et SEXE : quelques éclaircissements

mercredi 28 septembre 2005

Le débat sur la légitimité du terme "genre" n’est pas récent. En 1999, Béatrice Borghino a tenté d’éclaircir les différences entre "genre" et "sexe".

« Le concept de genre utilisé pour nommer la différence des sexes nous vient de l’anglais. Les auteurs (ou autrices) anglophones utilisent « gender » parce que « sex » en anglais renvoie beaucoup plus strictement qu’en Français à une définition biologique du masculin et du féminin. Gender renvoie à la dimension culturelle de la sexuation du monde à laquelle correspondent les termes français de masculin et féminin » (Anne-Marie Daune-Richard).

Le terme « genre » renverrait donc plus directement à cet « ensemble de règles implicites et explicites régissant les relations femmes/hommes et leur attribuant des travaux, des valeurs, des responsabilités et des obligations distinctes. Ces règles s’appliquent à trois niveaux : le substrat culturel (normes et valeurs de la société), les institutions (famille, système éducatif et de l’emploi... etc) et les processus de socialisation, notamment au sein de la famille.
Par opposition, le « sexe » renverrait aux caractéristiques strictement biologiques qui distinguent les femmes et les hommes » (Cf. 100 mots pour l’égalité - publication de la Commission Européenne - 1998).

Cette distinction entre sexe et genre émerge à la fin des années 60 chez les féministes anglo-saxonnes et recouvre une évolution majeure de la pensée :
« La distinction sexe/genre visait donc à mettre en question la réalité de la puissance explicative du sexe biologique, du lien, jusque là considéré comme évident et inéluctable, entre les différences biologiques et les différences psychologiques et sociales ».

« On voit donc l’enjeu tant scientifique que politique de la distinction sexe/genre : montrer que la notion de sexe n’est pas aussi explicative qu’on l’avait prétendu et démontrer la validité d’une approche de la réalité en terme de rapports sociaux de sexe plutôt qu’en termes d’une présumée « nature » (M.C. Hurtig - M. Kail - H. Rouch)

En France, on parlait plutôt, à cette époque, en terme de « rôles sexuels » et de « catégories de sexe » (Cf. N.C. Mathieu - 1971).
Le mouvement féministe français des années 70 contient « en germe » le concept de « rapports sociaux de sexe » (Cf. D. Combes, A.M. Daune-Richard, A.M. Devreux) mais à ce moment là, le « rapport social » est utilisé surtout pour les classes sociales.
Ce n’est qu’un peu plus tard que le concept de « rapport social » sera repris pour l’analyse des sexes.
Il semblerait que « gender » ait été officiellement repris en « genre » dans les travaux des féministes françaises à partir d’un article de Joan SCOTT paru dans les Cahiers du G.R.I.F., en 1988, si l’on en croit une émission d’histoire de France Culture (lundi 4 janvier 1999) où cette question a été discutée.

Pour autant, le questionnement n’est pas clos sur ces notions de sexe et genre.

Un excellent compte rendu de colloque : (« Sexe et genre - De la hiérarchie entre les sexes », Editions du CNRS, 1991, malheureusement épuisé ! ) s’est proposé de faire un peu le tour de ces questions, en faisant bien ressortir à quel point chacun de ces concepts avait des limites et notamment pour le « genre », le risque de faire « oublier » le corps et la sexualité.

Ce colloque est à lire aussi, si l’on veut se rendre compte à quel point des évidences qui nous sont présentées comme allant tellement de soi sont en fait des constructions sociales qui peuvent connaître de sacrés accrocs : que ce soit, par exemple, l’article qui tend à nous démonter qu’au Néolithique, il y aurait eu non division sexuelle du travail et utilisation des flèches et des haches aussi bien par les femmes que par les hommes, ou encore le superbe article ethnologique de Nicole Claude Mathieu où l’on voit que le sexe peut subvertir le genre et inversement : on peut alors y rencontrer des femmes-mari, des petits garçons à identité féminine, l’apparition d’un « troisième sexe » où une femme peut devenir un « homme social »....... etc.
Jusqu’à la contribution très novatrice et provocante (mais difficile) de Christine Delphy que je laisserai les curieuses découvrir (dans les bonnes bibliothèques et les centres de documentation spécialisés, malheureusement). Elle soutient la position qu’il est faux que le sexe précède et explique le genre !

Béatrice BORGHINO, le 7 janvier 1999

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