Madagascar : une loi contre l’exploitation sexuelle des enfants

mercredi 29 août 2007

Selon de récents rapports, l’exploitation sexuelle des enfants est très répandue sur l’île de Madagascar, où dans le cadre d’un trafic à l’échelle nationale, des trafiquants emmènent leurs jeunes victimes des zones rurales pauvres jusqu’aux destinations touristiques les plus prisées.

UN Integrated Regional Information Networks

28 Juin 2007
Publié sur le web le 29 Juin 2007

Johannesbourg

Au cours d’une étude menée par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) dans deux villes - le port de Toamasina, à l’est, et sur l’île de Nosy Be, au nord-ouest des côtes malgaches- entre 30 et 50 pour cent des travailleuses du sexe interrogées avaient moins de 18 ans.

L’agence des Nations Unies a également rapporté plusieurs informations indiquant que certains trafiquants pourraient recruter des enfants issus de milieux ruraux pour effectuer des travaux domestiques dans les zones urbaines.

Les citadins promettent souvent d’offrir une éducation aux enfants pour convaincre leurs parents, issus de milieux ruraux et pauvres, de les leur confier.

Casimira Benge, directrice de la section Gouvernance pour les droits des enfants de l’UNICEF à Madagascar, a raconté l’histoire d’une fillette de 12 ans, sauvée d’un foyer d’Antsiranana, une ville du nord du pays, après qu’un voisin se fut plaint des coups régulièrement infligés à la fillette.

« En interrogeant l’enfant, nous avons appris que ses parents, qui vivaient dans un village situé à 90 kilomètres de la ville, avaient été persuadés par la ruse de laisser partir leur enfant ; les citadins leur ont en effet expliqué qu’ils voulaient les aider à élever leur fille, alors qu’en fait, ils avaient l’intention de l’utiliser comme domestique », a-t-elle raconté.

On soupçonne les trafiquants de fournir des enfants issus des communautés rurales à des fins d’exploitation minière forcée, de servitude domestique, d’exploitation sexuelle, et comme main d’Å"uvre pour les besoins des fruitiers ambulants, selon un rapport du gouvernement américain, publié ce mois-ci par le Bureau du Département d’État américain chargé de surveiller et de combattre le trafic des personnes.

Les enfants tombés aux mains des trafiquants seraient exploités à des fins de commerce sexuel, avec la complicité de membres de leur famille, de chauffeurs de taxi ou de pousse-pousse, d’amis, de guides touristiques ou de travailleurs hôteliers, peut-on lire dans le rapport du gouvernement américain.

Selon l’étude menée par l’UNICEF, les enfants sont vulnérables au trafic en raison de la pauvreté, d’une discrimination sexuelle profondément ancrée dans les pratiques, d’une mise en application laxiste de la loi, et des attitudes des populations, pour lesquelles une activité sexuelle précoce est moralement acceptable.

La plupart des filles interrogées au cours des enquêtes menées à Toamasina et à Nosy Be ont eu leur première expérience sexuelle à l’âge de 14 ans. Mme Benge de l’UNICEF a fait remarquer que les filles pouvaient se marier légalement dès l’âge de 14 ans, mais que « l’âge légal [serait] revu à la hausse cette année, et porté à 18 ans ».

Le gouvernement des Etats-Unis a noté que « du fait de la corruption, qui découle souvent des difficultés économiques, ou des pressions exercées par la communauté locale, ou bien encore par crainte de provoquer un incident international, la police et les magistrats des régions touristiques hésitent souvent à poursuivre les pédophiles étrangers ; plusieurs fonctionnaires ont notamment fait état de pressions considérables, exercées par certains parents, qui profitent des bénéfices que leur rapporte l’exploitation sexuelle de leurs enfants pour subvenir aux besoins de leur famille ».

Tourisme sexuel

Au moins deux affaires de pédophilie ont été signalées l’année dernière, selon le rapport publié par les Etats-Unis : à Nosy Be, deux touristes sexuels français, accusés de détournement de mineurs, ont été condamnés et extradés ; à la fin de l’année 2006, un touriste suisse a également été condamné à cinq ans de réclusion criminelle pour pédophilie.

Selon l’UNICEF, environ sept Malgaches sur 10 vivent dans la pauvreté, aggravée par une croissance démographique importante - trois pour cent - et des catastrophes naturelles fréquentes : le pays a en effet été frappé par quelque 30 cyclones au cours des trois dernières décennies, des catastrophes naturelles qui détournent bien souvent des ressources de développement déjà rares.

La loi malgache n’interdit pas le trafic à des fins d’exploitation sexuelle, mais « la loi est également en cours de révision cette année », a précisé Mme Benge.

« Le ministère de la Justice est en train de rédiger un projet de loi visant à la fois à protéger les enfants contre l’exploitation sexuelle, et à pénaliser les personnes reconnues coupables de tels actes », a-t-elle dit. « Le ministère mettra également en application plusieurs lois visant à prévenir le travail des enfants, et notamment la prostitution, l’esclavage domestique et les travaux forcés ».

L’UNICEF a appelé à instaurer l’obligation de signaler tout incident lié à la disparition ou à l’exploitation d’un enfant, et à mener une campagne intensive en vue de sensibiliser davantage les populations à ce problème.

Source : http://fr.allafrica.com/stories/200...

Partagez