Prix international de la plaidoirie - une avocate contre l’excision

vendredi 22 février 2008

A 31 ans, l’avocate belge Céline Verbrouck a remporté
un prix international de plaidoirie.
Elle y milite contre l’excision.

Le Soir, 5 février 2008, p.16

L’ACTRICE : Céline Verbrouck

"Tu sais, Maître Céline, avant,
moi, je croyais que toi aussi tu
étais excisée ! » C’est une des
phrases qui a sans doute ému le jury
du Concours international de
plaidoiries pour les droits de l’homme,
qui se tenait ce dimanche à
Caen.

Maître Céline Verbrouck, 31 ans,
citait Salimatou Diallo, 18 ans, arrivée en Belgique il y a deux ans, avec sa petite Aminata, 3 mois. Elle fuyait un mariage forcé. Et c’est en arrivant en Belgique qu’elle apprend que son excision est à l’origine de ses douloureux problèmes de santé. Et que, contrairement à ce qu’elle croyait, toutes les femmes du monde ne sont pas excisées.
Engagée auprès du Groupement
pour l’abolition des mutilations
génitales féminines (Gams –
Belgique), Céline Verbrouck a défendu
Salimatou dans sa demande
d’asile en Belgique.

A travers l’histoire de la jeune
Guinéenne, l’avocate plaidait en faveur
des 130 millions de femmes
excisées à travers le monde – trois
millions de femmes sont encore
menacées chaque année. Ses arguments
et sa sensibilité ont volé la
vedette à la dizaine d’avocats concurrents, issus du Brésil, du Cameroun, d’Israël, de Suisse, de France… Tous ont plaidé devant un parterre de 1.500 personnes et un jury composé de personnalités comme Françoise Tulkens (juge à la Cour européenne des droits de l’homme), Astrid Betancourt ou Luis Giullermo Perez (secrétaire général de la Ligue internationale des droits de l’homme). En 2007, ce prix avait déjà été remporté par un Belge, Alexis Deswaef. « Je pense que notre rigueur, notre travail scientifique séduisent, commente l’avocate. Mais surtout le fait que nous venons défendre de vraies causes.
À la fin de ma plaidoirie, il y a eu
un long blanc… Quelqu’un a crié
bravo et il y a eu un tonnerre d’applaudissements.
 » Elle a aussi reçu
le prix spécial du public. À trois
jours de la Journée mondiale de
lutte contre l’excision, ce 6 février.

Originaire de Namur, la jeune
avocate a effectué une partie de
son stage auprès de la juge d’instruction Patricia Jaspis, fondatrice du Gams. Celle-ci la lance dans l’univers de ces femmes africaines mutilées tant dans leur chair que dans leur âme. Et pour qui l’excision ne représente qu’une épreuve de plus dans une vie pleine de difficultés.
« Aminata n’a pas parlé de son excision
dans sa demande d’asile, a relaté
Me Verbrouck dans sa plaidoirie.
Elle n’y a pas pensé. Elle ne savait
pas que c’était important et
puis… on ne lui a pas posé la question.
 »

Céline Verbrouck défend plusieurs
dizaines de dossiers similaires.
Avec coeur, avec passion. « Elle
se bat vraiment, commente Khadidiatour
Diallo, présidente du
Gams et Femme de l’année 2005.
Elle connaît les arguments. Elle sait
poser aux femmes les bonnes questions
qui lui permettront de les défendre.
Mais aussi de dépister les
éventuelles fausses déclarations. »

La jeune femme est une militante
de la première heure. « À 17 ans,
je militais déjà pour une ONG qui envoyait des jeunes sur des chantiers de reboisement en Afrique. Cela prenait tous mes week-ends et tous mes congés. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai fait le droit plutôt que la médecine. Parce que je voulais garder du temps pour cela… À l’unif, je n’ai d’ailleurs jamais eu le temps pour une seconde session… ». Eric, qui a partagé les chaises rétractables des auditoires, confirme : « Céline faisait partie des très bons élèves. Avec en plus cette fibre portée vers la défense des minorités ».

Après des passages dans différents
grands bureaux d’avocats,
qui lui ont « ouvert les yeux sur la
réalité des entreprises et offert le
sens du travail et de la rigueur », Céline Verbrouck entre au bureau Blanmailland. Elle y exerce le droit des étrangers, le droit international privé et le droit familial. Elle est aussi membre de la commission juridique du Mrax et de la commission « étrangers » de la Ligue belge des droits de l’homme.

« Elle connaît les arguments.
Elle sait poser aux femmes
les bonnes questions qui lui
permettront de les défendre »

Elle s’occupe par ailleurs des grévistes de la faim de la rue Royale.
« Aucun avocat ne défend la grève
de la faim, mais nous comprenons
la douleur de ces personnes. Et nous
réclamons des critères de régularisation clairs. » Mais Me Verbrouck est aussi maman d’une petite Eloïse, 16 mois.
« Quand je change délicatement sa
couche en échangeant avec elle des
grimaces, il m’arrive de penser à Salimatou, dit-elle, terminant sa plaidoirie.

Je suis une mère, comme elle.
Comme tout parent, nous rêvons
du meilleur pour notre enfant. Salimatou sait maintenant comme moi que nous sommes chargées de prendre soin du jardin secret de nos fillettes pendant quelques années… Au nom de quoi le sort d’Aminata et d’Eloïse pourrait-il être différent ? ».

1976
Naissance le
28 mai à Namur.
1994
Entame ses secondaires
au collège
Notre-Dame de la
Paix, à Erpent.
1999
Licenciée en droit
(UCL), avocate au
barreau de Bruxelles.
2000
Lauréate du prix
Boels, concours
de plaidoiries
pour les stagiaires
du barreau.
2001
Avocate au bureau
Blanmailland.
2008
Ce 3 janvier, premier
prix du Concours
international
de plaidoiries
pour les droits de
l’homme, à Caen.

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